Le retour de la cour d’école

Oui, c’est bien une photo de ma cour d’école du secondaire. Un endroit magnifique, en plein coeur du Vieux-Québec.

Deux collègues humoristes, sans le savoir, m’ont écrit cette semaine pour la même raison. Et me demander conseil.

« J’ai reçu des messages de haine. Je suis désemparée. Comment fais-tu pour dealer avec ça? »

Ma réponse :

Les premiers font mal. Tu ne dors pas de la nuit. Tu te dis que tu ne pourras jamais continuer ton travail sans vivre dans la peur. T’angoisses.  Mais c’est une réaction démesurée. C’est comme se faire rentrer dans une case et s’imaginer que l’école au complet veut ta mort. C’est le retour, dans ta vie d’adulte, de la terreur de la cour d’école.

On se bâtit une carapace tranquillement, avec le temps. Il faut surtout se concentrer sur les commentaires positifs ou constructifs, des gens de bonne foi. C’est maintenant impossible de faire l’unanimité et on va toujours être confronté aux gens qu’on irrite. En tant que fille, c’est pire, les gens doivent s’habituer à ta présence, ta personnalité, mais ils finissent par s’adapter. Faut surtout pas s’adapter aux gens pour leur faire plaisir, laisse-les s’adapter à toi. C’est le secret du succès. Reste toi-même, les gens vont t’adorer pour ce que tu es et ceux qui ne t’aiment pas ne t’auraient pas aimé de toute façon.

Y’arrive un moment où, après avoir traversé les tweetfight, les hipsters bien-pensants qui t’abordent avec condescendance, les bandes d’auditeurs d’une radio quelconque qui te sautent dessus en bloc, les quelques madames que tu as offensé et les messieurs qui aimeraient mieux te voir dans une cuisine que dans leur télé, et bien…tu finis par te foutre de tout ce beau monde qui a décidé un beau matin, de te faire savoir ce qu’ils pensent de toi.

Parce que tu dois décider qui tu laisses gagner. Ceux qui t’aiment ou ceux qui te détestent. À qui exactement, t’as le goût de donner de l’importance et de la valeur.

Et parce qu’un moment donné, t’en peux plus de calculer chaque mot, chaque geste, chaque photo, chaque apparition, effrayée des réactions que ça peut engendrer.

Chère amie, on ne peut plus s’en sauver. Acceptons qu’on ne fasse plus jamais l’unanimité, bien au chaud dans notre salon, avec un entourage qui nous rappelle à quel point on est merveilleux.

Le rôle de l’artiste, de la personnalité publique ou d’une personne qui décide de prendre parole, c’est de faire preuve d’une qualité qui se fait rare : Le courage.

Le courage d’agir même quand on sait qu’on dérange.

Le courage d’être soi-même alors qu’on se fait remettre à notre place par Pierre-Jean Jacques.

Le courage de continuer après avoir frappé un mur.

Le courage de choisir l’intégrité et de perdre de l’argent, de la visibilité.

Et son contraire : le courage d’assumer que parfois, on n’a pas les moyens de ses convictions.

Le courage d’attendre que les gens finissent par comprendre, qu’on veut juste vivre notre vie et qu’on a le droit à l’erreur.

Ce ne sont pas vraiment les commentaires négatifs qui me dérangent. Ce sont ceux qui me les rappellent : « Mon Dieu, il y a des gens méchants sous tes articles! »

Ben oui. Pis ?! Il y a aussi des gens qui m’écrivent des lettres, en larmes, parce que je les ai touché. Il y a aussi ces gens qui m’arrêtent dans la rue pour me dire que mon article « La blonde de mon fils » est dans l’album de bébé de leur nouveau poupon, pour qu’il puisse la lire dans 20 ans. Il y a aussi des gens qui m’écrivent pour me dire qu’ils se sont étouffés de rire en me lisant au bureau.

C’est pour eux que j’écris. Et tant mieux si j’en dérange d’autres.

Et quand les gens prennent la peine d’écrire des lettres ouvertes « Réponse à Kim Lizotte!!!! », c’est mission accomplie. J’aurai au moins fait réagir et pousser à une réflexion. C’est juste pour ça que j’écris, dans le fond. Pas seulement pour les fleurs; j’aime bien récolter les pots.

Tu peux répondre directement aux gens, si le cœur t’en dis. Y’a 2 types de réactions: – Le hater qui se confond en excuses dès que tu lui réponds parce qu’il vient de se rendre compte que t’es un être humain. 2- Y’a ceux qui s’acharnent à l’infini.
Tu vas te rendre compte très vite que ça ne sert à rien. Concentre-toi sur les messages gentils, des gens qui aiment ce que tu fais, c’est eux qui méritent des réponses.

Comprends aussi que ça n’a rien de personnel. Y’a Kim l’auteure/humoriste et Kim dans la vie. Les gens n’ont rien contre moi. Ils s’attaquent à une image de moi.  Et ceux qui m’aiment dans la vie m’apprécient pour autre chose que mon travail; pour mes qualités humaines, j’ose espérer.

Il est difficile de ne pas devenir une personnalité beige et cute qui ne dit jamais rien de travers. Parce que c’est stressant être soi-même. Parce qu’il y a toujours des gens pour nous rappeler de rester à notre place, de se confondre avec la tapisserie, de sourire à pleines dents et de ne surtout pas être différent.

La journée que tu finis par t’en foutre, tu es libre. Mais c’est un éternel combat et ce n’est pas toujours facile.

Comme disait E.E. Cummings :

– To be nobody but yourself in a world which is doing its best, night and day, to make you everybody else means to fight the hardest battle which any human being can fight; and never stop fighting.

Passionnée, critique et enflammée, Kim participe à plusieurs soirées d’humour pour présenter son humour social et partager sa vision de la société, des humains, de la vie. Car derrière son air coquin et bon enfant, se cache une fille indignée, qui cherche à éveiller les esprits et vous faire rire!

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