Le pot après les fleurs

Re-bonjour lectorat ! Je m’ennuyais d’URBANIA ET URBANIA s’ennuyait de moi. On a remédié à la situation en espérant que ceux qui me lisaient ont eu le temps, eux aussi , de s’ennuyer un peu de notre collaboration.

Je livrerai dorénavant un texte mensuel à défaut d’un billet d’hebdomadaire, car comme tu le sais peut-être, j’ai un nouveau-né dans ma vie, un roman à pondre, le tout en gardant ma job d’humoriste à temps plein et j’aimerais aussi garder mon amoureux, un fantastique monsieur qui prend le congé parental. Le même amoureux qui vient tout juste de me descendre mon café que j’ai oublié dans le micro-ondes. (On prend soin d’un gars d’même.)

ANYWAY I’m back baby! Dis-je en anglais parce que ça l’air cool et urbain de passer d’une langue à l’autre.

Je vais bien! Quoi mon accouchement? BEN LÀ si tu insistes…

J’ai eu une grossesse bénie par Dame Nature et du coup, j’ai aussi mangé en pleine tronche le pot après les fleurs. Mon accouchement a probablement été programmé par le Diable de la biologie. Plusieurs heures de travail, (28 pour être exacte) qui se sont terminées en césarienne pour ensuite passer trois heures sans pouvoir voir mon enfant car l’hôpital était en rupture de stock de LA drogue qui devait geler mon dégèle de césarienne. Sans cette drogue, on ne te ramène pas sur l’étage de maternité. J’étais sur le bord d’aller voler les doses d’un vieux qui court pas vite quand la pharmacie a livré le bolus. C’est fou ce qu’on ferait pour voir son enfant mais à ma défense, quand t’as eu une césarienne toi non plus tu cours pas vite.

J’ai récupéré dans une chambre semi-privée dans laquelle ma voisine de chambre était accompagnée par sa mère, une mère à qui j’avais le goût de lancer mes excréments tellement elle me disait quoi faire avec MON enfant. Ça part mal notre relation madame.

« Faut pas laisser bébé pleurer, c’est pas bon… Faut pas le tenir comme ça… Faut pas… » Et c’est là que je l’ai regardé avec des yeux qui lui ont probablement fait plus peur qu’un percepteur d’impôts avec une chainsaw et notre relation s’est officiellement terminée quand j’ai ajouté un léger grognement.

Deux jours après j’étais chez moi, amoureuse de mon bébé, relaxe, mais la région de mon sexe tellement hypothéquée que j’en ai pleuré. Comment un sexe qui m’apportait autant de bonheur pouvait être si ravagé quand j’n’avais même pas accouché par voies vaginales ?

Et bien je t’explique. Ça va être graphique, tiens-toi bien ou change de page.

Le corps médical avait broché le haut de mon pubis question de pas laisser mon utérus au vent. Un bon call j’dirais. Mais dans mon cas particulier, ma plaie s’est réouverte six jours plus tard. On pleure, mais on gère ! Bandages de rapprochements, mèches, douches avec des sranwrap-collants que mon chum arrache et remet à tous les jours, alouette…

Ma peau est au vif, mon vagin saigne mais ça c’est normal on perd toutes du sang. Pendant plus ou moins un mois on met des serviettes sanitaires géantes. S’t’un trop gros projet pour la diva cup. Une césarienne ce n’est pas la voie facile. Ça brasse littéralement tes organes et une fois le ventre refermé, tes intestins protestent en te livrant une constipation aussi bouchée que Donald Trump.

La post-césarienne c’est dur. T’as pas le droit de forcer quand t’as eu une césarienne.

Asteur mets ces deux problèmes là ensemble. Constipée et pas le droit de forcer. Je n’irai pas plus loin, j’ai prié et je ne suis pas croyante.  Mais je vais quand même te dire que passer un mois à porter des serviettes grosses comme des couches ça garde l’humidité et ça se peut qu’en plus de tout ça, que tu développes des champignons.

Constipées, pas le droit de forcer, le vagin qui saigne, les champignons qui se mettent de la partie et le haut du pubis ouvert. Maintenant tu comprends pourquoi j’avais la larme facile.

J’aurais pu me garder une p’tite gène et ne pas te raconter tout ça mais je me fais justement un devoir de raconter l’irracontable, le gênant, l’humiliant, pour que si un jour ça t’arrive ou que ça arrive à ta blonde, qu’elle n’ait pas à le vivre dans la solitude la plus totale.

Si jamais tu passes par là, tu m’écriras. Je te confirmerai qu’on s’en remet et je te dirai à quel point t’es une guerrière.

Love xx

Pour lire un autre texte de Mélanie Couture: « Papa, tu n’es pas qu’un géniteur »

Humoriste détentrice des écussons jaune, orange, rouge, marron et bleu en natation. La scène, c'est mon Disney Land. Mes grilled cheese torchent.

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