Germain Barre

Comment se faire exorciser au Québec

Oui, c’est possible de vous faire « nettoyer » gratuitement.

Si vous croyiez qu’être possédé par Satan était un mythe perpétré par les films d’horreur, détrompez-vous. Il existe bel et bien des moyens de se faire «purifier» de ses démons intérieurs, même ici au Québec. Il faut toutefois nuancer, car la réalité est bien loin du cas d’Emily Rose qui faisait faire des 360 à sa tête.

Depuis 2018, le Vatican offre des formations d’exorcisme aux hommes d’Église intéressés à lutter contre ce «mal» qui affecterait les catholiques. Au Québec, chaque diocèse essaie d’avoir quelqu’un d’expérimenté en la matière afin d’accompagner les fidèles (et les non-croyants) qui se sentent possédés par un esprit malveillant. C’est l’Évêque qui est responsable de nommer celui qui sera responsable de purifier l’âme des fidèles.

Au Québec, la pratique n’est pas aussi commune qu’en Europe, où le Père George de Saint Hirst, homme d’Église français derrière le livre L’exorcisme – Guérison des maladies de l’âme, dit effectuer plus de 1000 exorcismes par année. Plus d’un demi-million d’Italiens se seraient également crus sous la domination du Malin en 2017, selon Benigno Palilla, frère franciscain responsable de la formation des exorcistes de Sicile.

Si jamais l’envie vous prend de partir du Saguenay pour vous rendre à Trois-Rivières dans le but de vous faire exorciser, sachez que vous pouvez vous adresser au diocèse le plus près de chez vous. Pas obligé de faire quatre heures de char.

Ici, une recherche Google vous mènera rapidement vers le diocèse de Trois-Rivières, réputé pour être le «seul» endroit où il est possible de se faire purifier (encore une fois, la réalité est tout autre). «Je reçois plusieurs appels par mois principalement de gens venant de l’extérieur, de partout au Québec, de la Gaspésie et même de l’Abitibi-Témiscamingue», lance Mgr Martin Veillette en riant. Si jamais l’envie vous prend de partir du Saguenay pour vous rendre à Trois-Rivières dans le but de vous faire exorciser, sachez que vous pouvez vous adresser au diocèse le plus près de chez vous. Pas obligé de faire quatre heures de char.

Clarifions quelques concepts.

Selon le Chancelier Jean-Yves Marchand, l’homme d’Église du diocèse de Trois-Rivières responsable d’accompagner les gens dans leur « nettoyage », il existe deux types d’exorcisme, le petit et le grand. Cette distinction est aussi faite par le Père George de Saint Hirst.

Le Chancelier nous explique.

Petit exorcisme

Il s’agit d’accompagner quelqu’un qui se sent aux prises avec des démons intérieurs par la récitation de prières. On essaie de délivrer la personne de son mal-être en le rapprochant de Dieu et en lui demandant de nous venir en aide. Souvent, ce mal de vivre se manifeste par des problèmes de santé mentale, par des épisodes de colère intense ou encore par des évènements du quotidien dont on a l’impression de ne pas contrôler. Désemparer, les gens se tournent vers l’Église et on leur suggère ce type d’exorcisme qui est le plus fréquent.

Le diocèse possède un rituel de prières pour ce genre de pratique afin de chasser l’esprit du « mal ».

Grand exorcisme

«Je n’ai jamais vu un tel genre d’exorcisme dans ma carrière», avoue d’entrée de jeu le Chancelier Marchand.

Assez rare, le grand exorcisme est celui qui pourrait s’apparenter aux rites aperçus dans les films hollywoodiens : garrocher de l’eau bénite à quelqu’un qui porte un chapelet tout en récitant avec une grosse voix des prières.

«Si une petite fille de 4 ans est capable de déplacer un congélateur plein de viande, j’ai un signe assez clair qu’il y a quelque chose de pas normal»

«Si une petite fille de 4 ans est capable de déplacer un congélateur plein de viande, j’ai un signe assez clair qu’il y a quelque chose de pas normal», explique le Chancelier qui n’a jamais eu la chance de voir des manifestations aussi claires dans sa carrière. Si ça arrive, on espère qu’un journaliste sera sur place pour filmer le tout pour qu’on puisse voir à quoi ressemble un « vrai » exorcisme où le diable parle à travers le corps de la personne possédée.

Au Québec, aucun exorcisme de ce genre ne peut être approuvé sans une évaluation psychologique ou psychiatrique en premier lieu. Le suivi médical est primordial dans cette pratique.

On lui parle alors du cas de cet homme de Saskatoon qui a utilisé un instrument pointu pour s’écrire «Hell» sur le chest, en 2012. C’est quoi ça si ce n’est pas le diable incarné?

«Souvent, les gens qui sentent une présence seront aussi affectés psychologiquement. Un trouble psychologique peut être la cause de ce genre de manifestation», explique Jean-Yves Marchand.

Prières de libération

Le chancelier nous met en garde: il ne faut pas confondre les deux types d’exorcismes abordés ci-haut et les prières de libération.

Ce type de chapelet est souvent récité par l’Église catholique. Si vous assistez à une messe (même si c’est seulement celle de Noël), vous allez entendre ces prières.

Par exemple, dans le Notre Père, on demande à Dieu de nous libérer. «Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais DÉLIVRE-NOUS du Mal. Amen.»

Donc ne vous en faites pas, vous ne pratiquez pas des mini-exorcismes avec vos grands-parents chaque fois que vous le récitez.

Satan, Lucifer ou le démon

Si vous croyez que ces noms étaient utilisés seulement dans les histoires d’horreur, détrompez-vous. «Oui, on utilise tous ces termes dans l’Église catholique», explique le chancelier de Trois-Rivières.

Dans son livre, le Père George de Saint Hirst différencie les démons.

Le prince Satan est «le tentateur qui pousse l’homme vers le mal et le renvoie à des choix». C’est lui qui te ferait prendre des mauvaises décisions.

Lucifer, «l’ange déchu, veut accéder à la connaissance de Dieu». Ce démon te pousserait à utiliser tes connaissances avec un seul but: accéder au pouvoir.

Ces deux démons (ceux dont on connait les noms depuis belle lurette) sont les pires puisqu’ils «peuvent être présents dans des millions d’individus en même temps». Il existerait d’autres démons plus inoffensifs qui sont personnels à chacun.

La magie blanche pour contrer la magie noire

L’Évêque Veillette nous met ensuite en garde contre les «messes noires». «Quand les gens s’adressent à nous, ils ont frappé à bien d’autres portes avant», nous confie-t-il. Parfois, ils ont entendu parler d’une personne dans leur ville qui utiliserait la magie blanche pour contrer la magie noire, un sort jeté sur eux par une tierce personne. «Ça va rien régler à leur problème», répond-il à ceux qui préfèrent croire à la magie plutôt qu’en la religion catholique.

Il poursuit en expliquant que ceux qui se rendent jusqu’à l’exorcisme sont souvent des personnes «qui ont des vies personnelles très très pénibles».

Les gens rencontrés font d’abord état de leurs problèmes. Après une écoute attentive, le prêtre dira sa série de prières pour libérer le « mal » de la personne et conseillera, dans des cas plus graves, un suivi psychologique ou psychiatrique.

C’est pourquoi, au Québec, on favorise des petits exorcismes qui sont un type d’accompagnement spirituel. «C’est dans l’Église catholique qu’on pratique l’exorcisme et qu’on a les moyens», fait valoir l’Évêque. Dans le bureau de l’homme d’Église, les gens rencontrés font d’abord état de leurs problèmes. Après une écoute attentive, le prêtre dira sa série de prières pour libérer le « mal » de la personne et conseillera, dans des cas plus graves, un suivi psychologique ou psychiatrique.

Ce sont des rencontres d’environ une heure qui apaisent fréquemment les gens. «Souvent, on ne les revoit plus », affirme le Chancelier Marchand.

Une chose dont tous ces hommes sont convaincus, se rapprocher de Dieu aide à «purifier» son âme. C’est pourquoi tous sont invités, même les non-croyants, à venir les rencontrer pour les aider dans leur cheminement avec le «diable» ou tout autre démon intérieur. Et qui sait? Après quelques séances, peut-être renfloueront-ils leur banque de fidèles qui s’effrite depuis plusieurs années au Québec. Tout le monde prêche pour sa paroisse en période de vulnérabilité.

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