Le Pérou, c’est médium le fun

Il y a des gens qui aiment aller boire en dansant sur Guantanamera joué par un band avec des manches bouffantes dans un hall d’entrée d’hôtel dans un tout-inclus pendant que d’autres préfèrent le party et l’inconfort d’un lit superposé dans une auberge de jeunesse où tu te fais réveiller par un Britannique qui vomit sur tes gougounes.

Pour ma part, je suis le nerd qui voyage avec son petit livre sur l’histoire des rois qui ont régné sur le pays que je visite, mais des fois, je me transforme en épais qui veut vivre des expériences hors du commun pour avoir un beau C.V. d’expériences à raconter un jour à mes enfants…

Un genre d’Indiana Jones de 210 livres qui souffre de calvitie et d’anxiété.

Été 2012, je prends des vacances, seul, au Pérou. Musées, sites archéologiques et activités louches étaient au programme.

À l’entrée du petit hôtel où je logeais, un dude bien sympathique distribuait des invitations pour aller descendre le volcan “Chachani” en vélo de montagne.

FAIRE DU VÉLO DE MONTAGNE SUR UN VOLCAN, AU PÉROU! À 4600 MÈTRES D’ALTITUDE, QUELLE IDÉE DE MARDE PARFAITE POUR MOI!

Je donne 100$ au gars pis j’embarque dans son 4×4 qui sentait le vieux nombril et on fait trois heures de route pour monter au sommet du volcan. Dans le jeep, il y avait des princesses britanniques habillées comme M.I.A. qui chialaient parce qu’elles n’avaient pas de réseau pour leur téléphone intelligent, un Australien de 35 ans qui perçait des canettes de bière pour les caler, un garçon gentil du Venezuela et notre guide qui ne semblait aucunement importuné par les filles qui hurlaient du Bob Marley avec l’Australien.

Rendu en haut, on m’a donné un vélo fabriqué en 1927 avec des freins que je qualifierais de “d’la marde”, mais ce n’était pas grave… J’étais là pour avoir du fun! J’ai mis mes écouteurs et parti ma chanson préférée : When I Was Young de Eric Burdon and the Animals et j’ai descendu. Le sentier était fou et il n’était PAS DU TOUT comme sur la brochure!

Il était FUCKING dangereux.

Les pentes n’étaient AUCUNEMENT proportionnelles à mon talent. Beaucoup trop expertes pour un débutant. J’allais vite, beaucoup trop vite, j’ai pogné un trou et j’ai été propulsé sur une énorme roche…

La lumière s’est éteinte.

Comme je revenais tranquillement à moi, soutiré de mon coma par l’atroce haleine de l’Australien qui tentait de prendre la situation en main (son haleine violait mes narines. La yeule fermée, il puait de l’expiration de nez. Comme s’il avait saucé un motton de cheveux brûlés dans de la marde avant de le mastiquer), il me dit :

“You look fine, mate!”

Il regarde les autres et dit : “He’s ok! We continue!”

Mon casque de vélo cheap venait d’éclater, ma mâchoire pendouillait, j’avais des morceaux de dents qui tombaient de ma bouche, je n’avais plus de souffle et la seule chose qui sortait de mes poumons, c’était du sang. J’avais des côtes brisées, une énorme douleur au thorax et des engourdissements dans ma nuque. J’étais incapable de me relever.

“Je suis fucking fine, MATE!”

Continue de porter des camisoles de surfeur pis les lunettes de Kanye West parce que pour vrai, tu ferais une sacrament de mauvaise infirmière au triage!

Sur l’adrénaline, je suis descendu en vélo jusqu’au camion, on m’a transporté d’urgence à l’hôpital, où on m’a gardé pendant 2 jours, refilé des médicaments bizarres qui me gelaient comme du mush, et où on m’a extorqué, vidé de tout ce que je possédais.

On m’a dit que j’avais seulement des côtes brisées (2 en tout) et que pour le sang qui s’écoulait de ma bouche, le diagnostic était : “Bois de l’eau et mastique de la gomme balloune, ça va passer!” Après ce prodigieux conseil d’attardé mental,  j’ai “câlissé mon camp”.

Je suis allé me téter un vol “Arequipa-Lima” à bord d’un avion de livraison de bouffe! 150$ négocié avec un pilote qui m’a assis dans le fond de l’avion en me disant :

“Tention à tes oreilles, on a des problèmes de pressurisation!”

Rendu à Lima, on m’a refusé le devancement de mon vol pour Montréal à moins de payer 2000 fucking piastres! Un gentil gardien de l’aéroport, témoin de mon obstinade avec la compagnie aérienne, m’a amené dans un quartier louche pour me faire imprimer un faux papier de médecin les obligeant à me prendre d’urgence!

Petit truc que je ne connaissais pas! Merci Juan!

Ça a fonctionné! J’ai pris l’avion et je suis atterri à Houston, au Texas. Rendu là, j’ai joué la même chanson avec mon faux billet de médecin! Ça a fonctionné! Je suis revenu chez moi. Direction l’hôpital!

Après plusieurs radiographies, scans et prises de sang, on m’attache sur une planche et on m’annonce que j’ai une hémorragie interne et que j’ai des caillots dans le sang qui peuvent créer une embolie pulmonaire! Que j’ai 2 vertèbres de chiées dans ma nuque et donc que je suis à quelques millimètres d’être paralysé… Que j’ai 4 côtes fracturées, la mâchoire débarquée, des muscles déchirés au niveau de la poitrine et que si l’impact s’était fait 5 centimètres plus vers ma gauche sur ma poitrine, je serais mort sur le coup.

NICE! DONC JE PLEURE, pour vrai, et qui est-ce qui est arrivé? La chicks sur qui je tripais au secondaire! Celle devant qui j’ai bégayé toute ma puberté! Elle est infirmière dans cet hôpital et elle me voit en train de pleurer et me plaindre que je veux qu’on me détache, car j’ai envie de caca…  WINNER!

Quelques heures plus tard, Alexandre Champagne arrive à l’hôpital avec mon autre bon vieux chum Mathieu. Ils trouvent ça très drôle que je ne puisse pas bouger, car je suis maintenu attaché pour ressouder mon cou. Alex en profite donc pour me chatouiller les narines, les pieds et… les testicules…

AIDEZ-MOI QUELQU’UN!

Le préposé aux bénéficiaires était un fan de Contrat de gars qui me nourrissait à la cuillère en dropant des quotes de mon personnage. Il insistait pour me laver le pénis à la débarbouillette, car je m’étais pissé dessus en essayant tout seul d’uriner dans le ti-pot…

Il m’a même dit :

“Je te jure, j’le dirai pas… L’autre jour, l’humoriste super connu ****** censure******  est venu ici ben malade et s’est chié dessus… je l’ai JAMAIS dit à personne!”

TU VIENS DE ME LE DIRE À MOI, MAN!

Après quelques jours à l’hôpital, je suis sorti et ça m’a pris plusieurs mois à m’en remettre. Je suis le seul gars qui est allé au Pérou qui n’a pas eu le temps de visiter le FUCKING Machu Picchu!

J’étais trop occupé à essayer de mourir sur un volcan!

Pour lire un autre texte de Jonathan Roberge : “Ne touche pas à mon bébé”

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