Le Père Noël avec rien qu’une botte

Je ne me souviens pas de la journée ni du moment précis où j’ai cessé de croire au Père Noël. Mais l’arrivée de Méo en pick-up doit certes y être pour un petit quelque chose.

Petites, ma sœur et moi avons été gâtées. IMMENSÉMENT gâtées. Chez nous, Noël n’était pas qu’une fête. C’était un festival. Une orgie de papier qui brille, de choux à frills et de fillettes émettant des cris aigus au moindre froissement de papier de soie. La quantité de cadeaux qu’on recevait chaque année relevait du domaine de l’indécence.

Le McDonald’s de Barbie. Une sapristi de géante maison de poupée. Une caisse enregistreuse avec des petits t-bones en plastique. Une poupée noire. Une bleue. Une rose. Une qui rampe. Une qui fait coucou. La maison des Luminous. Toué Luminous que tu peux pas t’imaginer. Criquette. Corky. Un manteau de fourrure pour nos Bout d’choux. Des souliers brillants. DES GO KARTS POUR CIRCULER DANS LA PIÈCE DE LA PISCINE INTÉRIEURE.

Dans le sous-sol, à côté de la peau d’ours, mon grand-père installait des rails dans le temps des fêtes pour qu’on puisse circuler en mini-train. EN TRAIN.

Vous voyez le topo.

Et comme mes grands-parents avaient la dent festive, vous pouvez vous imaginer que le Père Noël, c’était pas drôle, tasse-toi de d’là ma belle fille. Chaque année, mon grand-père se faisait un devoir de mettre son bel habit rouge velours et de provoquer le feu d’artifice de la fin de Annie au creux des pupilles de ses petites-filles, même si on avait un peu peur quand son « Oh! Oh! Oh! » (on remarque que le « h » venait après) retentissait via l’intercom des années 80 de la maison de Piedmont. Ça te saisissait le pyjama à pattes.

Toujours est-il qu’une année, mes grands-parents ont eu envie de faire différent. De mettre un peu de parté dans c’te belle démesure-là en demandant à l’ami de la famille, Méo, de se glisser la panse dans le suit du Père Noël.

Méo était un homme festif. Le genre de diable à couronner son sapin d’une casquette des expos. Et ce soir-là, Méo s’était dit que le Père Noël allait faire une entrée remarquée pour les deux p’tits bouttes qui avaient passé la soirée à l’attendre en mangeant des pattes d’ours.

Dès que le creepy-traditionnel « Oh! Oh! Oh! » a retenti dans l’intercom, ma sœur et moi avions le faciès étampé dans la grand’ fenêtre de la chambre à coucher, à tenter d’apercevoir un beau monsieur rouge qui descendait du ciel. Mais cette année-là, on n’avait pas besoin de se faire accroire qu’une étoile brillait plus que les autres, parce que le Père Noël était pas venu en traîneau. Il était après se parker en pick-up.

Je me souviendrai toujours du moment précis où nous avons aperçu son véhicule de courtoisie reculer croche dans l’entrée enneigée. C’est qu’il n’allait certainement pas faire sa souveraine entrée en s’abaissant à chauffer son truck. Lui, il arriverait assis dans la boîte du camion en se faisant aller les pattes dans le vide comme dans un vidéoclip de Taylor Swift.

Méo était un visionnaire (et Linda, sa femme, faisait son angle mort).

La beauté de la chose, c’est que ma sœur et moi ne nous posions pas de questions; si le Père Noël avait décidé d’arriver assis en cantant un peu su’l côté en-arrière d’un truck, c’était une bonne idée. Le miracle était pas sur la 34e rue, mais dans le driveway de Guy et Ginette.

Mais le miracle résidait surtout dans le fait que Méo avait réussi à se rendre jusqu’au portique. Chaud raide, il avait ouvert la porte en manquant de tomber par en-arrière, la jambe droite du pantalon relevée au-dessus de sa botte et l’autre qui frôlait le sol, parce que Méo avait juste une botte.

L’autre avait probablement décidé de reprendre son souffle à côté du pneu de secours et c’était pas grave parce que nous, ce qui nous intéressait, c’était sa poche (de cadeaux. Y’a pas lieu de faire de blague salée icitte, C’EST NOEL). L’affaire, c’est que Méo avait oublié sa poche. Ça fait que pendant qu’il reprenait son souffle sur le petit banc de l’entrée, la belle Linda avait rattrapé la méprise en arrivant avec la tant espérée poche, de la neige à la coiffure et à la croupe non pas parce qu’il neigait, mais parce qu’elle avait sacré le camp sur une petite plaque de glace.

Même si on avait été sages sages sages, le Père Noël ne nous a pas posé le traditionnel interrogatoire comportemental pour savoir si on méritait notre monorail conduit par Ken et ses accessoires, parce que la première affaire qu’on a sue, c’est que le Père Noël était au bar (il y avait un bar dans le salon familial), après se sélectionner une bonne frette avant de monter sur un stool pour se faire aller le Canadien dans une enlevante chorégraphie improvisée RIEN QUE POUR NOUS.

On venait de le perdre pour la veillée.

Recevoir nos cadeaux des mains de Linda n’a pas tué la magie de Noël. Parce que la magie de Noël, ça réside dans les petites choses.

(imaginez ce bout-là narré par Guy Nadon)

Un petit After Eight sur le bord de ta tisane Bonne Nuit™.
Un beau top avec des paillettes qui râpent le dedans des bras.
Et une botte retrouvée au petit matin au beau milieu du stationnement, impérissable souvenir de ce Père Noël/Cendrillon qui n’espérait peut-être qu’un grand bal soit organisé en son honneur pour qu’à son pied, soit glissée la pantoufle de verre dans laquelle il danserait l’an prochain.

Passez de sucrées de belles fêtes. On se rejase l’an prochain.

La maxi bise.

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