Vous l’avez sûrement vu passer : le PDG d’une start-up américaine a publié mardi sur LinkedIn un selfie de lui en larmes. La photo est devenue virale.
Après avoir licencié deux employés, Braden Wallake, à la tête d’HyperSocial, une agence de marketing spécialisée en promo LinkedIn (tiens, tiens), se sentait tristounet. Son réflexe? Partager un long post destiné à ses 30 000 abonnés sur la plateforme. « Je ne partagerai jamais rien d’aussi vulnérable », écrit-il d’entrée de jeu dans un style qu’on pourrait qualifier de dramatique. « On a dû licencier quelques employés », poursuit-il, exprimant la difficulté du geste et les raisons économiques derrière son choix.
Au lieu de tourner sa caméra (et son attention) vers lui-même, le PDG aurait dû mettre la lumière sur ses employés.
Wallake poursuit en tentant d’humaniser les PDG. « Je préfèrerais être un propriétaire d’entreprise qui ne pense qu’à l’argent et qui ne se soucie pas des gens à qui il cause du tort en chemin », soupire-t-il à travers son clavier, expliquant que lui, contrairement à d’autres patrons pas fins, est un être humain doté de sentiments.
Humain(s) avant tout
HyperSocial est une petite compagnie : en ce moment, elle emploie une quinzaine de personnes tout au plus. Ses employés, Braden Wallake les connait bien. On peut donc imaginer que la peine qu’il a ressentie est réelle. Sa publication originale a récolté plus de 30 000 likes, et l’entrepreneur a mentionné avoir reçu plusieurs messages de la part d’autres PDG, qui disent avoir compati avec sa situation. Il est vrai qu’on est parfois bien seul au sommet : 72% des entrepreneurs disent être affectés par des problèmes de santé mentale, comparativement à 48% des non-entrepreneurs.
Personne ne nie la détresse de Braden Wallake. Les gens, par contre, critiquent fortement son geste.
La critique qui revient le plus souvent — et ce, sur toutes les plateformes, c’est celle-ci : au lieu de tourner sa caméra (et son attention) vers lui-même, le PDG aurait dû mettre la lumière sur ses employés. Dans une publication relayée par LinkedIn News, Caroline Carter-Smith, experte en communications exécutives pour les « business leaders », analyse avec justesse la situation. « Gardez les communications de ce genre à l’interne », suggère-t-elle. La publication de Wallake, indique-t-elle, apparaît comme performative, c’est-à-dire qu’elle semble écrite pour le public et les actionnaires de la compagnie et non pour les employés qui ont perdu leur job ce jour-là.
Pour HyperSocial comme pour son PDG, il va sans dire que ce n’est pas un coup de PR réussi.
Dommages collatéraux
Braden Wallake, clairement conscient d’avoir un orteil qui trempe dans le bain de la cancel culture, a depuis réagi à la controverse en donnant des entrevues et en publiant une (autre) publication sur LinkedIn. « Bonjour tout le monde, oui, c’est moi le PDG qui pleure », écrit-il, repentant. « Non, mon intention n’était pas de rendre ça à propos de moi ou de me victimiser », poursuit-il, encourageant les gens qui cherchent du travail et les employeurs en quête de nouveaux talents à commenter sous sa publication afin de se rencontrer l’un et l’autre.
Comme toujours sur LinkedIn, tout le monde essaie d’avoir l’air d’un expert dans son domaine respectif.
En scannant les commentaires, par contre, on réalise vite que peu de matchmaking a été fait. Il y a des encouragements, des gens fâchés et beaucoup de conseils non sollicités. Comme toujours sur LinkedIn, tout le monde essaie d’avoir l’air d’un expert dans son domaine respectif.
Sur Twitter, les réactions sont un peu plus acerbes. Certains qualifient Braden Wallake et la « culture LinkedIn » d’endroit toxique, soulignant les ratés du bien-paraître de la culture américaine. Ça fait plusieurs années que des articles mettent en doute la pertinence du réseau social. Sur TikTok, les vidéos qui rient de la culture « corporate » abondent.
Les gens sont tannés de la self-promotion, des entreprises qui vantent leurs bons coups et des messages automatisés d’offre d’emploi qui ne leur conviennent pas.
On veut que les PDG et les entreprises soient plus humains, mais quand ils le font, on est en colère. Comme quoi…
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