Le monde selon J : Le divan de l’horreur-partie 1

Quoi de plus noble comme désir que de vouloir coller son cash pour s’acheter LE sectionnel en cuir, celui qui te coûtera la peau des fesses et te fera faire des plaies de lit tant tu resteras scotché dedans à te taper n’importe quoi sur YouTube en autant que tu restes effouaré.

Cela faisait 8 ans que j’endurais mon divan de deux places et demi en cuirette de chez Brick, trop petit pour allonger pleinement mes jambes et trop étroit pour dormir dedans. Bref, je passais mes soirées en position semi-fœtale à essayer de faire semblant que j’étais confortable tout en devant me glisser hors du divan avec la grâce d’un paraplégique pour ne pas sectionner ma colonne vertébrale. Pour une raison que j’ignore, il a commencé à « plucher » de la cuirette sur toute sa surface au même moment. Je mets ma main au feu que mon divan a pogné la lèpre, car perdre des lambeaux à cette vitesse, ca se peut juste pas. Tellement, que cela fait plusieurs mois que je me cuis la raie sur une couverte en polar étendue sur le lépreux, question de cacher le désastre. J’en ai donc eu assez et je me suis dirigé vers la Mecque des magasins de divans, j’ai nommé : le fameux Quartier DIX30. (Là où il fait si bon vivre on peut y lire). J’arrive au magasin grand comme trois terrains de football où on retrouve de tout : Le divan over puffé style Elran de 1991, le canapé ultra minimaliste genre 2001 odyssée de l’espace super beau mais zéro confo, le trois places au look champêtre qui fait bed and breakfast sul’ déclin, des gros fauteuils une place de cinéma maison avec un trou pour mettre une canette de pepsi (je vous jure) et j’en passe. Bref, il y en a pour tous les goûts (même les plus douteux), de tous les prix et honnêtement c’est à se flinguer tant il y a de stock sur le plancher. Mon vendeur, un jeune de 22 ans avec un veston de chez Moores mal coupé, une cravate orange brulé et des cheveux imbibés au gel DEP qui doivent prendre environ six heures à sécher me prend en otage. Mon budget : 2 300 $ maximum pour un sectionnel en cuir. Je me dis qu’à ce prix là, je devrais me retrouver avec quelque chose de pas pire, mais quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’en général, pour ce que je veux mettre, t’as un divan en plastique. Moult tergiversations avec mon amie s’ensuivent à savoir ce qui sera le plus beau, le plus confortable, on veux-tu le bout arrondi ou carré même si rond est mieux pour faire une sieste mais carré plus trendy, noir ou gris… Ce genre de questionnements que seuls des nord-américains avec une surcharge pondérale qui magasinent au DIX30 et qui se torchent de la famine au Soudan peuvent se poser. Pas moins de 4 heures plus tard, toujours dans le magasin, je suis sur le point de m’ouvrir un divan-lit en démo pour faire un power nap. Mon vendeur, nettement sur le bord de l’implosion garde son sourire de vendeur, son ton de vendeur, son speech de vendeur et je suis convaincu que si on faisait un scratch and sniff d’une odeur de vendeur, ça serait son parfum, ou plutôt son spray Axe du Uniprix sur le boulevard Taschereau. Mon choix s’arrête finalement sur un divan canadien super confo, dans mes prix et dans un cuir noir de qualité considérable. Tout y est pour que je m’imagine déjà prendre du poids dans mon divan tellement je ne veux plus en sortir. Je suis heureux. On me dit que j’aurai le produit dans maximum 2 mois, je donne mon dépôt de 700 balles et quitte le paradis du couch surfer pour revenir dans le 514. Un mois s’écoule, deux mois, presque trois mois et toujours pas de nouvelle du fameux divan. On bouge la date de ma livraison à deux reprises, je pogne les nerfs pour finalement me faire dire que ça sera finalement samedi à midi. Midi, 12:30, 13:00, 14:00 et toujours pas de nouvelle. Problème dans le disptaching des livraisons qu’on me dit. On me suggère d’aller finalement bruncher, on va me téléphoner une heure avant pour me dire lorsqu’ils y seront. Ok je me dis, je vais aller m’enfiler mes deux œufs bacon dans ce cas. Evidemment ce qui devait arriva, au moment où je pose mes lèvres sur ma tasse de café tant attendue, mon téléphone sonne. – Ouin m’sieur Dupuis ? – Oui ? – C’est la livraison de chez Germain Larivière, on est devant chez vous . – Heuu? On m’avait dit qu’on allait me téléphoner une heure avant, je viens d’arriver au resto là… – Ouin mais ca s’est passé plus vite , fak on est là. En sacrament, je prends mon café pour emporter, annule ma commande et me dirige vitesse grand V à la maison. Que vois-je ?! Mon sectionnel à 2500 piasses emballé et couché de côté dans le restant de neige du trottoir, dans la sloche du semi-printemps de cul qu’on a pas eu et ce, avec un dude qui attend tout seul assis sur mon divan. Je lui demande où sont les autres et il me répond qu’ils sont partis faire une autre livraison. Chers amis, je vous jure qu’à ce moment précis si j’avais eu un trouble de santé mentale comportant des excès de violence extrême, j’aurais fait un Mike Tyson de moi-même et je lui aurait arraché les deux reins à grands coups d’amour. Trente minutes plus tard, les deux autres livreurs arrivent. Ils rentrent la première partie du divan comme un charme, arrivent avec la deuxième et chokent sur place. Cette section du divan a environ 10 centimètres de trop ce qui fait qu’ils ne sont pas capables de le swinger pour le faire passer. Catastrophe. – Ouin, va falloir en choisir un autre Monsieur, pis ca risque d’être plus cher en trois morceaux. Cela fait 3 mois que j’attends ce divan mon chéri et si il faut que tu défasses le cadre de porte avec tes dents pour que ça passe, tu vas le faire. Malheureusement, 32 secondes plus tard, mon divan était de retour sur le trottoir, remonté dans le camion et merci bonsoir. La vie est une parfois une salope et en ce samedi de marde, elle m’a littéralement fait un pet sauce dans le nez. C’est avec un visage combinant colère, exaspération, dépression imminente et tristesse que j’ai pris mon courage à deux mains, que j’ai enlevé les sacs de déchets qui jonchaient mon ancien divan déjà rendu au bord du chemin depuis la veille, que je l’ai rentré en dedans, lavé au Lysol et espéré que le jus de bouette/vidanges qui coule des coutures cesse de tacher mon plancher flottant. J. Partie 2 la semaine prochaine.

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