Fuck you l’été

La température déprimante des derniers jours est sur toutes les lèvres.

Les gens sont officiellement pu’ capable d’endurer la neige, le froid, l’humidité qui fait ressentir un mélange désagréable de « je sue dans mon manteau mais je me la gèle en même temps », d’avoir un teint signé Urgel Bourgie et que leurs cernes piquent une jasette avec leur tsour de bras tellement ils descendent loin dans leur face.

Bref, 99,9% des gens sont à boutte de l’hiver… mais pas moi.

En tant que pisse-vinaigre officiel, voici les raisons pour lesquelles j’hais l’été.

1- Réaliser que t’as puffé.
La pire période est sans contredit le ménage de la garde-robe et de tes kits d’été de l’an dernier. C’est le moment fatidique où tu sais si t’as abusé du gras trans dans les neuf derniers mois ou si tu t’en sors pas pire et que tu recycles pour une énième année ton short blanc à 19,99 du H&M.

Voilà, je sors le fameux short blanc, je l’essaie, je lâche un « tabarnak ! » empreint de désespoir et de colère, le miroir ne ment pas : j’ai officiellement un muffin top à la place de la taille.

Je me remémore instantanément les derniers mois de mon alimentation et je me dis que je ne comprends pas pourquoi j’ai tant grossi car je ne me suis pourtant pas lâché lousse dans les puffs aux fruits plus qu’à l’habitude. Ok, j’ai mangé salé hier et je suis peut-être dû pour un numéro 2, ce qui fait augmenter mon tour de taille et me donne un bas ventre de femme enceinte, mais quand même, je ne mérite pas un tel sort. Je me dis aussi à ce moment précis que mon fameux défi lancé au bureau lors de mon 29e anniversaire, 30 pour 30, (30 de tour de taille pour 30 ans), bin c’est de la marde et que je devrais plutôt viser 40 pour 40.

Je regarde aussi les chemises d’été étalées sur le lit et je me dis que si, au mois d’août dernier, je devais déboutonner les deux derniers boutons en étant assis, je suis aussi bien d’oublier cela tu’ suite, pis de sacrer ça dans un beau grand sac à vidanges et d’allez porter cela aux Petits frères des Pauvres.

2- Me la cuire comme jamais.
J’ai toujours souhaité le pire en secret à ces choyés de la nature qui semblent être dépourvus de glandes sudoripares. Ces êtres élus et gâtés par la vie, même à 38 degrés et avec un facteur humidex à te faire friser le poil de la noune, ne transpirent pas une goutte de sueur dans leur chemise en lin couleur crème. Qu’ils montent la côte Berri en vélo, qu’ils se ramassent en plein tapon au Festival de Jazz ou qu’ils s’énervent sur le dancefloor du Piknic Electronik à 42 degrés : aucun swing, aucun fluide apparent, pas une goutte, rien.  Ils ont toujours la peau fraîche, douce,  lumineuse et le sourire aux lèvres, resplendissant de bonheur en marchant sur Saint-Denis avec leurs lunettes Ray Ban et le soleil de midi leur tapant en pleine tronche.

De mon côté, c’est évidemment tout le contraire. Au moindre indice d’humidité, je rush ma vie, sentant Niagara Falls se créer dans le milieu de mon dos, dans mon cou et entre mes deux miches. Je ne m’en sors pas, je dois constamment traîner sur moi un t-shirt d’extra au cas où je tomberais sur un Bixi brisé qui me demande la force de Louis Cyr pour rouler 3 pieds dans une côte. L’été est pour moi une constante gestion de la moiteur, chose qui me donne assurément un air bête et qui me maintient dans un perpétuel état de stress à savoir si je vais pas, en déposant mon bixi dans un rack, tomber sur une connaissance qui va vouloir me faire la bise en me pognant le gras de derrière de cou et qui me lâchera un : « Ouin, t’as chaud mon chéri ! »

Bref la chaleur de l’été est pour moi l’équivalent d’un escalier roulant brisé pour Martin Deschamps, un vrai calvaire.

3- Je bronze pas, je croustille.
J’ai beau essayer à chaque année de connecter avec ma mélanine intérieure et j’en fait même un projet sérieux, mais je ne bronze pas. J’ai tout tenté, dont passer mon heure de dîner à la job couché sur l’asphalte en attendant de pogner un brin de tanner, mais rien n’y fait, je suis celui qui croustille à broil.

Voici l’ordre chronologique de mon éventail de couleurs pendant l’été:
Vert olive, blanc-jaune gluant, rose cochonnet (c’est là que j’ai espoir de devenir cute), visage couleur « patch rouge d’eczéma derrière le genou », floconnage de la face et perte du semblant de teint pour terminer avec un retour au blanc immaculé conception.  Ce cycle Sico se reproduit en boucle tout l’été. Peine perdue.

Mon rêve ultime est de finir le mois d’août couleur Boucar Diouf, mais force est de constater que je flirte plus avec le teint mort de Jeanne dans Unité 9, pognée au maximum depuis 1988. Pour faire une belle analogie alimentaire, je suis comme un poulet de grain dans la mijoteuse. Tu espères qu’il deviendra rôti mais dans le fond tu sais très bien qu’il goûtera la poule blanche bouillie et que ça sentira le pet au poulet quand tu ouvriras le couvert.

Il n’y a absolument rien qui m’irrite davantage que ceux qui ont cette belle démarcation de bronzage de costume de bain et de camisole échancrée ET qui peuvent se vanter que c’est un bronzage de wakeboard ou de plage d’Oka. En général, ceux qui possèdent ce beau teint hâlé, évoquant le soleil de Tahiti et la beauté d’une fleur du printemps qui s’éveille, ont également la chance précédemment mentionnée de ne pas se la cuire au soleil et de rester sec, bronzé et ô combien chiant. C’est toujours les mêmes qui ont tout.

C’est donc pour ces trois raisons précises que j’attends avec la plus grande joie, assis près de la fenêtre, la prochaine bordée de neige. Celle qui ralentira la venue du printemps et ce moment où je commencerai à me sentir toutoune, humide et complexé de mon teint couleur Lietteville.

Fuck you l’été.

J.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up