Le gars le plus plate de l’univers  : fumer un joint

Charles-André demande de l'aide au gars le plus cool de son secondaire.

Charles-André d’Ahuntsic-Cartierville tente de reconquérir son ex-femme Johanne en faisant tout pour lui prouver qu’il n’est pas « le gars le plus plate de l’univers ».

Eh oui, ça fait maintenant environ une semaine et demie jour pour jour que Johanne est partie et je dois dire que mon moral est comme ce que je mets dans mes crocs : bas.

L’autre jour pendant que j’écoutais Génial! pour faire monter mon adrénaline (ils vont finir par se blesser à force de faire toutes ces expériences-là!!), j’ai eu une idée de génie.

Je me suis rué sur ma bibliothèque et j’ai pris un des bouquins qui se cachait entre mes guides de l’auto et mes dictionnaires : mon album de finissants du secondaire. Je l’ai ouvert à la page 55.

Mike Manseau était le gars le plus cool de mon secondaire. Non seulement ses parents lui avaient donné un surnom comme prénom, mais en plus, il avait une citation célèbre comme description dans le livre des finissants (ce qui veut dire qu’il n’avait pas remis sa propre description à temps et que la direction de l’école avait dû improviser).

Tellement rebelle!

Persuadé que Mike serait la bonne personne pour m’apprendre à devenir moins plate, je suis grimpé dans ma voiture et vlan! Direction chez lui. Heureusement pour moi, Mike habite encore chez sa mère, donc il a été très facile de le retrouver!

Arrivé à destination, j’ai salué Jeannette (Jeanette est le prénom de la mère de Mike et comme je m’étais donné comme mission d’apprendre, par politesse, le prénom des toutes les mères de mes camarades du secondaire, je m’en souvenais).

Une fois descendu au sous-sol, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai cogné à la porte de la chambre de Mike.

« Môman t’es mieux d’avoir une tabarnaque de bonne raison de me déranger pendant ma séance de méditation! »

Mike avait l’air très content de me voir en ouvrant la porte de sa chambre (du moins, si je me fie à la monstrueuse érection qui paraissait à travers ses boxers Iron man).

Une fois entré dans sa chambre, il s’est dépêché de fermer son laptop (probablement pour que je ne vois pas les dossiers top-secret sur lesquels il travaille) et a tassé sa boîte de Kleenex pour que je puisse m’assoir sur son futon.

Comprenez-moi bien, je sais que le cannabis est rendu légal, mais en même temps, attendre jusqu’à la date limite pour faire ses impôts aussi c’est légal et je ne le fais pas pour autant!…

C’est là que ça devient rock n’ roll… Pendant que je lui déballe mon histoire, Mike ouvre une petite boîte de bonbons en métal et en sort… pas un bonbon, mettons. Non. Il en sort un joint qu’il se place dans la bouche avant de l’allumer.

Comprenez-moi bien, je sais que le cannabis est rendu légal, mais en même temps, attendre jusqu’à la date limite pour faire ses impôts aussi c’est légal et je ne le fais pas pour autant!…

Sans crier gare, Mike me tend le joint et, voyant que je suis très mal à l’aise, me dit ceci :

« Si tu n’acceptes pas cette offrande, tu scelles à jamais ton sort et prouves à Johanne que tu préfères la perdre que de tenter une nouvelle expérience de vie. »

Bon, je paraphrase un peu, il m’a plutôt dit : « Fais pas ton crisse de laid. »

Mais le message était là quand même.

J’ai donc approché la drogue de mes très minces lèvres et j’ai fait pénétrer la fumée dans mes poumons comme un massothérapeute fait pénétrer de l’huile dans un bourrelet.

Tout à coup, les couleurs me paraissaient plus vives : le beige, le taupe, le bleu-gris (une annonce de Moores est passée à la télévision).

Je me sentais léger, je me sentais bien. Je pensais à Johanne et à toutes les fois où elle m’a souri… comme la fois ou je lui ai annoncé que je partais une semaine en voyage d’affaires.

Mission accomplie : je me sentais déjà moins plate! Et pour continuer le party, j’ai été m’acheter un sac de pain blanc au dépanneur (oui, oui, même si ça coûte un peu plus cher qu’à l’épicerie!).

Comme Mike était un peu dégoûté par mon sourire niais et mes yeux dans la graisse de bine, il m’a montré la sortie en me laissant tout de même la tête remplie de courage et d’inspiration pour mener ma mission à terme (ainsi qu’un sac de vidanges qu’il voulait que j’aille porter au coin de la rue pour lui).

Mission accomplie : je me sentais déjà moins plate! Et pour continuer le party, j’ai été m’acheter un sac de pain blanc au dépanneur (oui, oui, même si ça coûte un peu plus cher qu’à l’épicerie!).

Je crois humblement que si Johanne m’avait vu ce soir là, en train de m’enfiler une quinzaine de toasts avec rien dessus, debout, à côté du toaster, elle ne m’aurait vraiment pas trouvé plate.

Cordialement vôtre,

Charles-André

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