Mike Fisher

Le fossé générationnel ?

Dans le milieu de la technologie, ça fait plusieurs fois que j’entends parler du fossé générationnel. Par contre, un peu à l’image du Yéti, ou du monstre du Loch Ness, je croyais que c’était un mythe. Un épouvantail que l’on agitait avec pour objectif premier de créer un clash dans une discussion. En fait, j’e n’y croyais pas vraiment. Je n’y croyais pas, parce que j’ai plein d’amis de mon âge qui ne sont pas très technos, et je me suis donc dit que c’était beaucoup plus une question d’intérêt que “générationnel”. Du moins, jusqu’à tout récemment.

J’ai compris l’existence de ce fossé avec une histoire de nouvel ordinateur.  Le tout a commencé autour d’un souper un peu arrosé. Un membre de la famille nouvellement retraité me dit : “Hey Ben! J’aimerais ça changer mon ordinateur et avoir quelque d’un peu plus puissant pour jouer à des jeux vidéo.” Avec cette phrase, je me suis dit que je faisais face à quelqu’un qui savait de quoi il parlait. On s’entend, je ne m’attends pas à ce que tout le monde soit capable de me dire la différence entre un processeur AMD et un processeur Intel. Par contre, si quelqu’un m’approche en me disant qu’il joue sur PC et qu’il veut avoir quelque chose de plus puissant, ben c’est parce qu’il connait suffisamment l’informatique pour faire des opérations de base.

Right?

Wrong, motherfucker.

Quand j’ai proposé des pièces d’ordinateurs à la personne en question, j’ai eu quelques doutes. Il m’a tout simplement répondu : je ne comprends strictement rien à ce qui est écrit sur la feuille. Bon, ok. Ça se peut, c’est vrai que ce n’est pas toujours clair. C’était tout de même un signe; j’aurais dû me douter que ça allait cafouiller dans pas long.

Après quelques discussions, on finit par s’entendre sur un modèle d’ordinateur. Une foutue belle machine. Je me suis dit “Wow! Le gars va vraiment triper avec cette machine. Il va pouvoir en faire des trucs. Ça lui ouvre un champ de possibilités technologiques.” Bref, j’étais bien content pour lui.

À ce moment, il me demande : “Comment je fais le transfert de mes fichiers?” Là, je ne sais plus trop quoi penser. Je me dis que c’est peut-être plus compliqué que je ne le crois. Peut-être qu’il utilise des logiciels particuliers qui nuisent à un transfert facile. Je me propose donc de lui donner un coup de main, en me disant que ça risque de prendre du temps et de l’énergie et que, sûrement, deux têtes vaudront mieux qu’une.

Je vais donc regarder sa machine. Il me dit : “C’est bien important pour moi de pouvoir tout récupérer comme c’était avant, comme ma musique, j’aimerais vraiment ça que ça soit intact.” Ok. Fair enough. Je commence donc à regarder les fichiers.

Ladite musique en question se trouve à être une série de raccourcis menant sur des vidéos YouTube. Je m’attendais à gérer une bibliothèque musicale qui pourrait être partiellement corrompue, voire potentiellement difficile à bouger, mais je me retrouve finalement avec des raccourcis qui mènent sur un site web. Rendu là, j’ai comme compris que mon diagnostic était faussé – le gars n’est pas vraiment ferré en informatique.

Je termine donc l’installation des logiciels et le transfert des données. “Job done”, que je me dis. Erreur!

Trois jours après l’installation de la machine, le mec me téléphone en panique. Il venait d’installer un maliciel sur son nouvel ordinateur. Et pas n’importe lequel: un solide. Il voulait installer Adobe Flash, mais au final il avait installé une cochonnerie. Je débarque donc en urgence pour retirer le maliciel et comprendre ce qui s’est passé.

Bon, retirer le maliciel a été quelque peu complexe – j’ai dû gosser pas mal dans le mode sans échec. Cependant, ce qui a été plus marquant, c’est vraiment la façon dont le tout s’était déroulé. Le gars m’a informé du fait qu’il avait déjà eu ce maliciel. Je comprenais mal comment cela était possible, mais j’ai finalement déduit ce qui était arrivé. Il m’avait demandé de tout transférer ce qui était présent dans son ordinateur précédent, c’est donc ce que j’ai fait. Cela impliquait aussi son dossier de téléchargement. Quand son ordinateur lui a demandé d’installer Adobe Flash, il a cherché à l’intérieur même de son ordinateur (!) pour trouver un fichier d’installation. Il a trouvé le maliciel qu’il avait précédemment installé sur son ancien ordinateur, car il n’avait jamais effacé l’exécutable. Back to back, en somme.

L’idée ici n’est absolument pas de me moquer de la personne, loin de là. L’objectif de cette histoire est de souligner l’impact qu’ont eu les technologies sur ma génération et celles qui me suivent. C’est parfois difficile de mesurer à quel point les technologies sont une seconde nature pour la plupart des 40 ans et moins. Là, j’en ai eu une petite idée. Des mondes différents, des générations différentes, des connaissances différentes. C’est exactement la raison pour laquelle les vendeurs de chez Future Shop ont fait des affaires d’or avec la vente de câbles HDMI “haut de gamme” aux baby-boomers.

Ça ne leur a pas empêché de fermer, remarquez bien.

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