Le fait d’actualité qui les a le plus marqués

On a posé la question à Queen Ka, Julien Corriveau, Maude Landry et Nabi-Alexandre Chartier de la nouvelle émission L'Heure est grave (mais la demi-heure est drôle).

À l’occasion de la première de l’émission L’Heure est grave (mais la demi-heure est drôle), URBANIA et Télé-Québec s’unissent pour discuter de la portée de certains faits d’actualité.

1994 ou à peu près, je suis en route pour l’école. On a manqué l’autobus, ma mère doit venir nous reconduire, ce qui veut dire qu’on va immanquablement être en retard. Ça me terrorise toujours parce que la professeure arrête de parler et tout le monde me regarde quand j’entre dans la classe. Personne n’aime les retardataires, je ne comprends pas trop pourquoi, mais je sais que c’est comme ça.

Je boude en regardant les paysages passer par la fenêtre. On écoute la radio de Radio-Canada. Le journaliste parle de la Yougoslavie. Je retiens le nom du pays parce que ça me fait penser à « tu gosses la vie » comme si la vie était gossante. Il y a une guerre, des bombardements. Une boule se forme dans mon estomac. J’arrête de bouder et je demande à ma mère si nous aussi on va se faire bombarder. Elle me dit que « non, sûrement pas », que la Yougoslavie « c’est loin de nous ».

Des années plus tard, on m’a dit que la Yougoslavie est un pays qui n’existe plus. C’est comme ça que j’ai appris que les pays pouvaient mourir eux aussi.

Je ne peux pas dire que ce fut une pensée rassurante, mais ça m’a marquée. En même temps, j’ai pris conscience de la chance que j’avais d’être née dans un pays qui n’est pas en guerre.

Comme on a tous un fait d’actualité qui nous a marqué, on a demandé à quelques personnalités (Julien Corriveau, Elkahna Talbi (alias Queen Kâ), Maude Landry et Nabi-Alexandre Chartier) de raconter la nouvelle qui les a le plus marqués dans leur vie.

Elkahna Talbi : le 11 septembre 2001

« Pour moi c’est le 11 septembre. Pour la première fois, mon nom et mes origines, faisaient que je sentais qu’on était scruté à l’aéroport. Avant, jamais à aucun moment de ma vie, j’ai pensé qu’on pouvait me dévisager parce que j’étais arabe. C’est un point de non-retour dans mon rapport au regard de l’autre. À partir de ce moment-là, j’ai senti que je pouvais être victime de préjugés ou de racisme. On est devenu le peuple opprimé de l’humanité, les méchants dans les gros films américains. Moi c’est surtout ça qui m’a traumatisé, le changement narratif dans l’histoire du monde. »

Julien Corriveau : le verglas

« Pour moi, c’était le verglas de 98. Mes amis et moi venons tous de la Montérégie, mais pendant qu’eux vivaient ça, moi j’étais bien au chaud en Guinée avec mes parents. J’ai habité en Afrique pendant 3 ans. C’était ironique de voir à quel point les gens étaient mal pris ici sans électricité alors que je vivais dans un pays où les gens se débrouillaient sans électricité tous les jours. »

Nabi-Alexandre Chartier : le vol MH370

« C’est l’écrasement du vol MH370 de Malaysian Airlines le 8 mars 2014. C’est un avion qui a disparu. J’aime bien la section insolite dans le journal. C’est un événement intéressant parce que ça a donné lieu à tellement de fake news et de théories du complot en plus de faire des liens avec des histoires mythologiques telles que le triangle des Bermudes. À ce jour, je crois que c’est toujours non élucidé… »

Maude Landry : Richard Henry Bain

« Quand quelqu’un a voulu tirer sur du monde au discours de Pauline Marois en direct à la télé. Ce fut un choc, je croyais qu’on entrait en guerre. Finalement c’était juste un gros niaiseux qui s’appelait Bain. »

On dirait qu’il y a quelque chose de rassurant quand on regarde l’état du monde dans son ensemble. Ça se détériore sur certains points, ça s’améliore sur d’autres. Mais nous n’en sommes pas à nos premières batailles. Rien n’est immuable, même le pire.

***********

Sur une note encore plus positive, vous pourrez voir Julien, Elkahna, Maude et Nabi commenter l’actualité à L’heure est grave (mais la demie-heure est drôle), une nouvelle émission diffusée à Télé-Québec dès le 10 septembre.

Cliquez ici pour en savoir davantage.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Ma Gaspésie, je t’ai trahie : lettre d’amour d’une citadine qui s’ennuie

Je m'ennuie de mon «pusher» de homard qui me textait en pleine mer pour prendre ma commande .

Dans le même esprit