Le dilemme de Gouin, suite et fin : une promenade avec Nicolas Girard

Après avoir fait du porte à porte dans Gouin avec Françoise David, j’ai réitéré cette semaine avec le candidat sortant Nicolas Girard, du Parti Québécois.

D’abord, il n’y a pas à dire: grosse pointure que Nicolas Girard. Élu depuis 2004, nous avons de toute évidence affaire à un député chevronné, habile et extrêmement impliqué dans sa circonscription. Un député “ministrable”, dit-on. Rappelons d’entrée de jeu que c’est à Nicolas Girard que nous devons l’éclatement du scandale des garderies, ayant mené à la démission Tony Tomassi, au printemps dernier. Dès l’automne 2009, M. Girard a talonné le député libéral de La Fontaine au sujet de l‘attribution louche de places en garderie, à quelques “amis” donateurs du Parti Libéral. Il a assené Tomassi sans relâche de questions incisives en chambre, remettant en cause la légitimité de certaines décisions prises par celui-ci, dans le dossier des garderies… tant et si bien qu’il a été exclu du caucus libéral, au printemps 2010. Puis, à l’automne 2011, l’ex-député a été formellement accusé de fraude et d’abus de confiance. En mai dernier, il a démissionné de son poste de député. L’acharnement et l’audace de Nicolas Girard dans cette affaire relèvent de l’efficacité redoutable. Un député de l’opposition qui veille au grain. Or, il s’agit-là d’un  argument extrêmement séduisant chez un candidat, surtout dans le cadre d’une campagne électorale qui s’articule en grande partie autour de la lutte contre la corruption. Et Nicolas Girard ne manque  pas de mettre de l’avant cette prouesse, lorsqu’il aborde les citoyens. L’efficacité quasi proverbiale de M. Girard se traduit jusque dans sa façon d’interagir avec les gens de sa circonscription. Mardi soir, j’ai été franchement impressionnée par le discours habile, honnête et décidé du député. Lorsqu’il aborde un citoyen, il prend le temps de poser plusieurs questions: “Que faites-vous dans la vie? Ah! Vous avez des enfants. Tout est beau pour les places en service de garde?” Ou alors: “Et vous, l’environnement, ça vous intéresse? Ça tombe bien, ça me passionne!” Et il établit un contact personnalisé avec chacun de ses interlocuteurs, tout en mettant de l’avant ses réalisations dans le quartier, ou ses projets à venir. Devant les indécis, il engage un dialogue: “Vous ne savez plus quoi croire? Bon. Quelles sont vos valeurs, à vous? Qu’est-ce que vous pensez? On va regarder ça.” Et ainsi l’ai-je vu transformer un électeur désabusé en péquiste décidé, en moins de 5 minutes. “Vous pouvez compter sur mon vote! Oui, oui, accrochez-moi une pancarte, si vous voulez!” Peut-être est-ce le refus de céder au cynisme qui fait les bons politiciens, après-tout. Nicolas Girard sait se vendre, et ses arguments sont tangibles. Car tout en ayant joué le whistleblower acharné à l’Assemblée Nationale, il n’a pas pour autant lésiné sur les initiatives au coeur de sa circonscription. De la création de nouvelles salles au cinéma Beaubien, en passant par le réaménagement des cours d’écoles du quartier ou le Côteau Vert, de nombreux projets de revivification ont vu le jour dans Rosemont – Petite patrie, au cours des huit dernières années. Franchement, j’habite dans Gouin et j’ai envie de voir les projets dont il parle se concrétiser. Peut-être suis-je une jeune fille facilement enfirouapable, mais M. Girard indique une voie le long de laquelle on a envie de le suivre. À commencer parce que, mine de rien, ça va bon train, depuis 8 ans! Il parle de tout avec une conviction inébranlable, derrière laquelle on ose croire qu’il n’y a que sincérité et dévouement. Peut-être que le cynisme ambiant vous incitera à rire de ma naïveté, mais on a quoi à perdre, rendu-là? …Ah, oui. Françoise David. C’est ça, qu’on a à perdre. Et c’est là que s’ancre à mon sens le plus-que-sacrant “Dilemme de Gouin”. Le comté de Gouin est un des “hot spots” de la campagne électorale actuelle. Si la CAQ et le PLQ sont rayés d’emblée de la compétition, Françoise David et Nicolas Girard s’arracheront un à un des votes à peu de choses près commutatifs. Certes, M. Girard peut compter sur l’argument stratégique, mais Mme David contre balance avec l’argument charismatique. Le PQ jouit d’une notoriété bien établie et d’une base militante beaucoup plus vaste… Mais Québec Solidaire joue du coude en faisant souffler une brise terriblement alléchante, sur la morosité politique actuelle. Voter Nicolas Girard, c’est s’offrir un député compétent et un éventuel ministre tout à fait digne de confiance, si le PQ est élu. Mais c’est aussi se priver d’une femme que nous aurions avantage à voir à l’Assemblée Nationale. C’est aussi porter un coup dur à Québec Solidaire dans la consolidation de son poids politique. Et pire encore: si Nicolas Girard est élu, mais au sein d’un gouvernement  péquiste minoritaire, c’est une chance de moins (et une grosse) que Québec Solidaire puisse détenir la balance du pouvoir. Qui plus est, Girard, si compétent soit-il (ce que je crois profondément), serait alors beaucoup plus vulnérable. Ainsi, j’en viens à une conclusion plus que déplorable: le dilemme de Gouin est insoluble, puisque peu importe l’issue du scrutin, les électeurs seront en partie perdants. Et dans un contexte où la volonté de faire table rase du gouvernement actuel pèse parfois plus lourd que les allégeances politiques fondamentales, l’impossibilité d’élire ces deux candidats simultanément est franchement déprimante. J’imagine qu’on se réjouit de l’impasse, dans le camp libéral. Surtout lorsqu’on voit Michelle Courchesne, ayant elle aussi été éclaboussée par le scandale des garderies, appuyer hypocritement Françoise David, lançant ainsi une pointe à Nicolas Girard. Et en plus, c’est assez méprisant pour ce pauvre petit Anson Duran, qui se démène de tous ses balbutiements pour garder ses trois pancartes et demi en place, dans la circonscription! Ça, c’était une blague. Toujours est-il qu’il s’agit d’une décision déchirante. Si j’étais sous le charme de Françoise David la semaine dernière (tout comme le reste du Québec, depuis le débat des chefs), la pragmatique en moi ne peut nier que Nicolas Girard “score” très, très fort. Alors comme les balcons de Rosemont – Petite Patrie, je suis également partagée entre l’orange et le bleu.  Le 4 septembre, je sens que je vais suer à grosses gouttes, devant mon bulletin de vote. ***

Suivez @aurelolancti sur Twitter ! :)****

Photo : Source Parti québécois

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