Le culte de l’orgasme

Comment faire éjaculer une femme?
Comment stimuler le point G?
Comment maintenir une érection durable?
Comment être un bon amant?
C’est quoi être un bon amant?

Enlarge your penis.
Enlarge your breast.
Enlarge your libido.
ENLARGE-TOI LA VIE SEXUELLE.

En veux-tu des conseils sur “comment améliorer ta performance au lit”? En v’là!

Parce qu’on en pond, des billets au sujet de la sexualité, sur les interwebs. Abondamment. Pour provoquer, pour exciter, pour s’insurger, pour proposer des réflexions et souvent, pour tenter de trouver des réponses à nos insécurités.

“Elle n’atteint pas toujours l’orgasme? Eh bien stimule ce clitoris comme il se doit, jeune padawan!”

“Il lui arrive de ne pas maintenir son érection? Apprends à bien caresser un pénis, oh toi partenaire doté du pouvoir de régler cette situation!”

Fréquemment, on aborde le sexuel par le sexuel, en proposant des solutions sexuelles à des problèmes sexuels.
Logique, me direz-vous.

Mais c’est que le corps humain n’est pas un panneau de contrôle standardisé où il suffit d’activer 3-4 récepteurs pour déclencher un flot orgasmique…
Non.
Et l’on ne porte pas non plus l’entière responsabilité de la satisfaction sexuelle de notre partenaire.
Re-non.

La réalité est plus complexe.

On présente souvent la relation sexuelle comme étant une séquence dans laquelle il est possible d’activer la bonne zone érogène qui déclenchera un flot de jouissance incomparable. Qui fera de nous un amant inoubliable.

Et l’on mise BEAUCOUP sur la technique.

Comme si on avait le potentiel de devenir d’illustres spécialistes en habiletés sexuelles et que ces habiletés, bien maîtrisées, amèneraient au 7e ciel n’importe quel partenaire, dans n’importe quelle circonstance.

Beaucoup de sensationnalisme.
Un peu moins de réalisme.

La quête du spectaculaire détourne régulièrement notre attention de certains fondements essentiels à la compréhension du vécu sexuel humain. Un exemple? On oublie souvent que l’organe sexuel le plus important ne se trouve pas dans nos pantalons.
Il se trouve dans notre tête.
C’est notre cerveau.
Pour vrai.
Mais c’est pas très sexy comme information.

Par contre, si on garde en tête que nos pensées et notre vécu hors chambre à coucher interfèrent dans notre vie érotique, il est plus facile de comprendre que sexuellement, il est possible ce ne soit pas constamment le Big Bang et que non, il n’y a pas toujours des anges qui dansent tout autour de nous et des étoiles qui se mettent à filer.

C’EST NORMAL.
On peut s’adapter. Et ça peut être le fun quand même.
OUI!
“Le fun” comme dans plaisant, satisfaisant, épanouissant, jouissif!
Et pour les hommes et pour les femmes et pour les autres!

Illustrons ici la situation par une métaphore en règle : Quand on écoute la chanson All by myself, on le sait, OUI, on le sait qu’elle va l’atteindre, sa note, Céline. Si elle ne l’atteint pas, il manque quelque chose… Il y a un crescendo musical et là… BLEH.
Pu rien.
Ça peut être décevant.

Mais la question demeure : Est-ce qu’on écoute une chanson juste pour se rendre à une note, aussi impressionnante soit-elle? Parce qu’il y a aussi le texte, la trame narrative, l’orchestration, les nuances d’interprétation… On peut même regarder le clip, apprécier les versions antérieures.

Si All by myself ne se limite pas à « ANYMOOORE! », le plaisir sexuel ne se limite pas à l’orgasme.

Sachant que le corps humain a la capacité d’atteindre un niveau d’excitation explosif, il est plus que compréhensible que l’on cherche non seulement à vivre l’expérience, mais à la répéter. Le problème, c’est quand on ne vise que ça.
Et que si le grand frisson ne survient pas, on considère la relation sexuelle comme un échec.
On peut alors se sentir coupable. Incompétent(e).

À trop rechercher un peak de plaisir, on peut tomber dans le déplaisir.
En ne visant que l’intensité, on passe à côté d’un monde d’érotisme et de sensualité qui ne se présente pas en ascension fulgurante, mais qui peut se décliner en de solides expériences sensorielles.

C’est bien connu : les plus grands bonheurs se trouvent souvent dans les petits plaisirs de la vie. Donc pourquoi sexuellement le bonheur ne pourrait pas se trouver oui, dans l’orgasme, mais aussi dans une multitude de petites attentions et de petits gestes?

Ces gestes de tendresse investis, ces effleurements, ces regards, ces baisers, ces étreintes qui ne mènent pas à une série de spasmes musculaires et une respiration haletante, mais qui nous font sentir aimé, réconforté, considéré, excité…

On les sous-estime trop souvent, mais on va se le dire : ces petits plaisirs ont probablement un pouvoir beaucoup plus grand qu’on ne le croit…

Pour lire un autre texte de Julie Lemay : “L’amour à sens unique”

Hybride académique d’études en théâtre [elle connait le drame] et en sexologie clinique [elle connait vraiment le drame]. Et si vous avez envie de partager un questionnement existentiel affectico-émotivo-relationnel-sexuel? N’hésitez pas à envoyer vos questions en toute confidentialité à Julie Lemay : julielemay@urbania.ca

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