Le confort ou l’environnement : pourquoi les gens achètent-ils encore des VUS ?

« On ne peut pas laisser au consommateur seul la responsabilité de faire des bons choix environnementaux. »

Dans les dernières semaines, Montréal a été recouverte d’un épais manteau de neige blanc, une jolie façon de dire que nos chars étaient pognés dans les maudits bancs de neige brune. Récemment, j’ai aidé une femme à sortir son rutilant VUS de son stationnement enneigé avec ma petite pelle de secours. Elle m’a dit une phrase qui a retenu mon attention : « j’avais laissé ma pelle à la maison, je me suis dit qu’avec mon nouveau VUS j’aurais plus jamais besoin de ça. »

J’ai commencé à remarquer à quel point ces véhicules lourds sont omniprésents sur nos routes. Ils semblent être la réponse toute donnée des Québécois à nos hivers. Et pour cause : en 2017, les VUS ont été parmi les véhicules les plus vendus au Canada.

Mais pourquoi? Ces véhicules sont plus gourmands en essence, donc plus polluants. Alors que les environnementalistes nous crient qu’on s’en va droit dans le mur, les gens achètent des véhicules qui feraient pleurer David Suzuki. Comment ça, donc?

Maudit hiver

J’ai contacté un concessionnaire qui ne tenait pas à être nommé, mais disons que si tu te cherches une auto, yo, t’as des bonnes chances d’en trouver là (la pognez-vous? En tout cas, mon ami, ya ris beaucoup).

Bref, ce concessionnaire a confirmé mes soupçons : la motivation première des gens, quand ils achètent un VUS, est de faire face aux conditions hivernales.

« Oui, effectivement, il y a une hausse dans le segment VUS. Pour ses capacités, pour nos hivers, pour le fait que c’est un modèle traction intégrale, c’est un des facteurs les plus importants pour nos clients. [Et] le fait que la garde au sol du véhicule soit plus haute pour sortir du banc de neige. »

En fait, la clientèle québécoise recherche avant tout une impression de sécurité, qu’ils n’obtiennent pas nécessairement dans une Smart :

« Souvent, j’entends parler que la visibilité c’est un facteur déterminant pour eux dans l’acquisition d’un véhicule. Dans un SUV, on est assis plus haut, on a une meilleure visibilité et les gens se sentent plus en sécurité dans ces cas-là. »

Des pubs de char

Mais Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki et président du Projet de la Réalité Climatique d’Al Gore pour le Canada (bref, le baron de l’écologie), voit une autre explication à la popularité des VUS : la publicité.

« Si vous regardez le hockey à la télé, je vous mets au défi de voir une auto électrique. Je me souviens d’avoir vu UNE publicité d’auto électrique l’an dernier pendant les séries éliminatoires, mais sinon, c’est toujours les pick-up F-150 et les Dodge Ram. »

« Si vous regardez le hockey à la télé, je vous mets au défi de voir une auto électrique.»

Mais pourquoi les fabricants poussent-ils autant les gros véhicules? « L’industrie travaille très très fort pour vendre des VUS, parce que c’est plus profitable pour elle, c’est très lucratif. Elle se cache derrière les consommateurs en disant que c’est les préférences des consommateurs, mais c’est la publicité automobile qui permet de vendre ces véhicules-là. »

Pis la planète, là-dedans?

OK, c’est ben beau les publicités pendant le hockey pis les tractions intégrales qui nous permettent de sortir des bancs de neige (ou pas), mais si on veut continuer d’avoir des hivers, faudrait pas slacker un peu sur les émissions de CO2?

Quand on a questionné notre concessionnaire sur cette question grave (on pourrait même dire gRAV-4), il nous répond qu’en effet, les consommateurs doutent : « oui, les clients se questionnent [sur la consommation d’essence]. C’est sûr que quand ils sont habitués avec un véhicule comme une Yaris ou une Corolla (oups, je viens de spoiler notre concessionnaire) qui va consommer du 7-8 litres aux 100 km, et là on va parler d’un VUS qui a la fonction traction intégrale qui va consommer plus 10,5-11 L aux 100 km. Une question qu’on pose, c’est combien de kilomètres les gens font, et comment ça va les affecter directement dans leur utilisation quotidienne. »

Karel Mayrand ne veut pas rejeter toute la faute sur le consommateur non plus : « les gens sont torturés. D’un côté, ils ont le désir d’avoir ce bien-là qui est confortable et prestigieux. Acheter une voiture, c’est un moment important. Les gens nous félicitent, c’est un peu comme si on venait d’avoir un bébé! D’un autre côté, on se sent un peu coupable parce qu’on se dit peut-être que c’est pas la meilleure décision environnementale. »

Si j’ai un bébé, j’espère qu’il va venir avec le Bluetooth et l’air conditionné.

Pour M. Mayrand, ce sont les gouvernements qui devraient faire les choix difficiles. Il rappelle qu’en 2008, quand Obama a imposé aux compagnies automobiles des normes énergétiques plus sévères en échange des subventions qu’ils réclamaient, la consommation d’essence des voitures a soudainement chuté.

« On ne peut pas laisser au consommateur seul la responsabilité de faire des bons choix environnementaux. Je pense que c’est le rôle des gouvernements de réglementer pour qu’on ait accès à de meilleurs choix. »

Tu vois, Trump, c’est encore de ta faute.

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