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Le burn-out est-il devenu un rite de passage?

Les Gen Z s'épuisent-ils davantage que leurs prédécesseurs, ou le burn-out fait-il simplement partie des risques des premières années de carrière?

2 novembre 2026
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À 28 ans, Marc-Olivier avait coché plusieurs cases de la réussite professionnelle : une carrière d’avocat, un emploi prestigieux et un salaire enviable. Jusqu’à ce matin du printemps 2024 où il s’est réveillé en détresse, incapable de sortir du lit. Après des mois de mal-être au travail, il avait atteint sa limite.

Depuis l’adolescence, Marc-Olivier se croyait destiné au droit. Une profession prestigieuse, certes, mais aussi une façon de répondre aux attentes de son entourage.

« Étant une personne queer, j’ai voulu rentrer dans le moule, confie-t-il. J’étais compétent dans ce que je faisais, mais avec le temps, j’ai senti que je commençais à m’éteindre en essayant de régler les problèmes des autres. J’ai fini par me sentir prisonnier en essayant de répondre aux attentes que je pensais que la société avait envers moi. »

Un diagnostic de dépression et six mois d’arrêt de travail plus tard, le jeune avocat a pris une décision qui lui semblait jusque-là impensable : quitter la profession à laquelle il se vouait depuis des années.

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Quand donner son 100 % ne suffit plus

Pour Élisa, 30 ans, les premières années sur le marché du travail ont été marquées par une succession de nouveaux départs. Elle a changé d’emploi une bonne vingtaine de fois en quinze ans.

Ce n’est pas parce qu’elle manque de volonté. Lorsqu’elle commence un nouvel emploi, Élisa se donne à fond, parfois bien au-delà de ses capacités. Elle aime se sentir utile, bien faire son travail. Jusqu’à ce que la fatigue la rattrape.

« Tout était trop, comme une surcharge », raconte-t-elle.

Peu à peu, son enthousiasme devient de l’évitement. Elle commence à tourner les coins ronds, se réfugie aux toilettes pour échapper momentanément à ses tâches. Elle décrit ces comportements comme une forme d’autosabotage devant une situation devenue insoutenable.

Le scénario se répète : arrêt de travail, suivi d’une démission, et, éventuellement, un nouvel emploi où elle recommence à donner sans compter.

Neurodivergente, Élisa reconnaît que son fonctionnement particulier influence son rapport au travail. Elle espère maintenant faire reconnaître ses contraintes sévères à l’emploi afin de bénéficier d’un soutien financier. Cela lui permettrait de se rendre utile en étant bénévole auprès de causes qui lui tiennent à cœur, pour contribuer à sa manière à la société sans les impératifs trop rigides du monde du travail.

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Mais son parcours soulève une question plus large : derrière ce qui peut ressembler à un manque d’engagement ou de persévérance, combien de jeunes travailleurs sont simplement en train de s’épuiser?

Le burn-out à 25 ans, la nouvelle normalité?

Marc-Olivier et Élisa sont loin d’être les seuls jeunes adultes à éprouver des difficultés au travail. Selon une enquête mondiale menée en 2025 par Deloitte, 40 % des membres de la génération Z affirment ressentir du stress ou de l’anxiété constamment ou la plupart du temps. Parmi ceux-ci, plus du tiers considèrent que leur emploi contribue fortement à leur mal-être.

Paradoxalement, cette génération née approximativement entre 1995 et 2010 accorde une importance particulière à son bien-être professionnel. Plusieurs études montrent que les Z recherchent davantage d’autonomie, de flexibilité et un meilleur équilibre entre le travail et leur vie personnelle. Ils souhaitent également trouver un sens à ce qu’ils font et évoluer dans un environnement où la reconnaissance et le respect ne sont pas de simples valeurs affichées sur le site web de l’employeur.

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« Ces aspirations de la jeune génération sont très intéressantes », commente le directeur scientifique de l’Observatoire sur la santé mentale et le mieux-être au travail de l’Université de Montréal, Alain Marchand. « Le fait de se sentir bien dans son milieu de travail, d’aspirer à plus d’autonomie et à des horaires plus flexibles, du télétravail. Ce ne sont pas tous les milieux de travail qui sont en mesure d’y répondre. »

Autrement dit, les attentes des jeunes travailleurs et la réalité des milieux professionnels ne font pas toujours bon ménage. Mais cet écart suffit-il pour expliquer leur épuisement?

Les Z sont-ils vraiment plus fragiles?

Selon une étude menée par l’Observatoire auprès de travailleurs québécois entre 2019 et 2023, les 18 à 34 ans sont particulièrement touchés par les problèmes de santé mentale. Au dernier cycle de l’étude, 45,3 % d’entre eux déclaraient vivre de la détresse psychologique. L’épuisement professionnel touchait quant à lui de 27,4 à 30,5 % de ce groupe d’âge, selon les périodes étudiées.

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On ne peut toutefois pas conclure pour autant que les jeunes d’aujourd’hui sont plus vulnérables que leurs prédécesseurs

D’abord, les problèmes de santé mentale au travail ne sont pas l’apanage des Z, note la littérature. Depuis la pandémie, les différents groupes d’âge ont connu des fluctuations de leur état psychologique. Ensuite, il n’existe pas de données permettant de comparer directement la détresse des différentes générations lorsqu’elles avaient le même âge.

Au-delà des différences générationnelles, les premières années sur le marché du travail peuvent constituer une période particulièrement exigeante. Le désir de faire ses preuves et de se tailler une place s’ajoute aux défis qui accompagnent souvent le début de la vie adulte, comme l’accès à la propriété ou la fondation d’une famille. Autant de sources de pression qui n’ont rien de nouveau, rappelle Alain Marchand.

« Chaque génération vit des difficultés », rappelle M. Marchand. « Les jeunes des générations antérieures ont aussi vécu beaucoup de stress. Il y a quelques décennies, le taux de chômage était élevé, c’était extrêmement difficile d’avoir un emploi, les taux hypothécaires étaient élevés… »

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Reste que les Z doivent composer avec des sources d’anxiété propres à leur époque. Les recherches documentent notamment les effets de l’omniprésence des réseaux sociaux, des inquiétudes liées aux changements climatiques et de la pandémie de COVID-19 sur leur santé mentale.

Il est donc difficile de déterminer si cette génération s’épuise davantage que les précédentes ou si les difficultés auxquelles elle fait face prennent simplement d’autres formes.

Réussir, mais à quel prix?

Pour Marc-Olivier, l’épuisement aura été le point de rupture qui l’a poussé à revoir ses priorités. Au terme de son arrêt de travail, il a choisi de retourner aux études, cette fois-ci en journalisme, quitte à renoncer au prestige et aux avantages financiers associés à sa carrière d’avocat.

Aujourd’hui, il gagne environ 40 % de son ancien salaire, mais considère que le compromis en valait largement la peine.

« Je me lève le matin, et je suis heureux », raconte le jeune trentenaire. « Le journalisme me permet de mettre mon intelligence et mes compétences à profit sur le terrain, et ce, avec une motivation différente », dit-il.

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Il ne regrette pas son choix, même s’il sait que cette réorientation professionnelle aura des conséquences financières à long terme.

« Il a bien fallu que je recommence à zéro et il faudra beaucoup de temps pour retrouver des conditions de travail comparables, mais je sais qu’au haut de cette montagne, le soleil m’attendra. »

Pour Marc-Olivier, l’épuisement aura été le point de départ d’une nouvelle carrière. Pour Élisa, il s’inscrit plutôt dans un cycle de surinvestissement et de départs répétés. Ces deux Z ont donc des parcours différents, mais ils se sont heurtés à la même réalité : pour trouver sa place sur le marché du travail, il faut parfois accepter de s’oublier un peu.

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