Le box-office : comprendre les gros sous du cinéma

Un concept flou qui mène une industrie depuis près d'un siècle.

Si je vous dis le terme box-office, vous avez probablement une vague idée du concept : recettes d’un film présentement à l’affiche.

Il n’y a pas une semaine que je ne vois pas défiler dans mon feed Facebook des articles célébrant les gagnants et perdants des plus récentes sorties cinématographiques. Je jette rarement un coup d’œil à ceux-ci, car je ne vois pas l’intérêt. C’est pour moi aussi intéressant que de lire sur les cotes d’écoute de Cheval-Serpent.

Mais en tant que cinéphile je me suis donné comme mission de vous décortiquer le concept afin de mieux saisir les dessous de l’industrie du cinéma. Parce que ce n’est pas seulement le nom d’une émission dans laquelle Ben Affleck jouait le creep avec Anne-Marie Losique, c’est un concept qui mène toute une industrie depuis près d’un siècle!

Un concept plus vieux que le cinéma

À l’origine, le terme provient de l’appellation des kiosques à billets situés à l’entrée des théâtres. Les billets étaient vendus par des employés qui travaillaient dans une pièce qui ressemblait à une « boîte », un peu comme celle qu’il y avait dans l’entrée du Métropolis il y a quelques années (désolée, mais je suis incapable d’appeler ça par son nouveau nom…). Bref, c’est là que les recettes d’un spectacle étaient conservées.

Depuis près d’un siècle, LE magazine de l’industrie, Variety, couvre les recettes au box-office.

Depuis près d’un siècle, LE magazine de l’industrie, Variety, couvre les recettes au box-office. Le premier article sur le sujet date du 7 janvier 1925, dans lequel le journal annonçait que le film muet Peter Pan avait rapporté 59 503$ grâce à deux cinémas situés sur Broadway à New York.

En 1932, Variety publiait un article répertoriant les films les plus lucratifs de l’année, une tradition qui existe encore aujourd’hui.

Selon Herb Golden, rédacteur en chef de la section cinéma du magazine, le processus pour obtenir les chiffres était un peu broche à foin : « Chaque lundi, je devais appeler tous les gérants de cinéma d’une ville pour obtenir les chiffres du week-end. Certains étaient coopératifs, d’autres non. Et puisque l’article devait être publié le mardi, il y avait beaucoup de chiffres falsifiés, provenant de maisons de production et de cinémas concurrents. »

De nos jours, presque toutes les données du box-office que vous voyez proviennent de ComScore, une entreprise de statistiques américaine.

La grande majorité des données de vente des cinémas sont enregistrées directement lorsque vous achetez un billet au guichet ou dans un kiosque.

Une fois dans le système, les studios peuvent se connecter à la base de données de ComScore et regarder en temps réel les fonds versés, comme  l’a expliqué l’analyste des médias de ComScore, Paul Dergarabedian, à The Ringer.

Vu l’absence de technologies statistiques et la présence de propriétaires de cinéma un peu crosseurs il y a plusieurs décennies, c’est à se demander si Gone with the Wind (1939) est vraiment le film le plus rentable de l’histoire : 3,44 milliards ajustés avec l’inflation!

Celui-ci est considéré comme un ancêtre du blockbuster, un phénomène qui changera Hollywood à jamais.

Blockbuster et le requin de la finance

Le 20 juin 1975, Jaws de Steven Spielberg arrive dans les cinémas et marque le début de l’ère des blockbusters : oeuvres à gros budgets qui connaissent un énorme succès populaire.

Le film ne fait qu’une bouchée du portefeuille des cinéphiles en empochant plus de 470 millions de dollars au box-office grâce à un budget combiné de production et de marketing de 10,8 millions de dollars. Jaws devient ainsi le film le plus rentable de l’histoire.

Deux années après, Star Wars sort en salles et vient fracasser le record de Spielberg avec 775,4 millions en recettes!

Au fil des années, ces chiffres seront surpassés par d’autres mégaproductions telles que Titanic (2,187 milliards), Avatar (2,788 milliards) et plus récemment Avengers: Endgame (2,694 milliards).

Le Rain Man québécois du box-office

Si vous êtes fan du podcast Sous Écoute de Mike Ward ou même d’un Souper presque parfait, le nom de Julien Bernatchez vous est probablement familier.  Il est aussi un vrai Rain Man du box-office et animateur de Box Sophisme à la radio CHOQ.

Depuis son enfance il se passionne pour les chiffres du cinéma un peu comme d’autres se passionnent pour les statistiques de sport.

« Ça fait maintenant 20 ans que je visite à peu près 5-6 sites différents chaque jour »

« Je ramassais et conservais précieusement le cahier mensuel au club vidéo dans lequel il y avait les chiffres des sorties VHS. Je les apprenais par cœur. Puis est arrivé internet, et ça fait maintenant 20 ans que je visite à peu près 5-6 sites différents chaque jour », me raconte-t-il.

Le succès populaire ne s’applique pas juste aux États-Unis. Selon lui, le Québec en a plusieurs à son actif.

« Aurore qui a fait 50 000$ dans les années 50, ou Valérie avec 1 million, c’est immense aussi. Sinon qu’un film d’auteur comme La Neuvaine qui fait 500 000, Incendies, Mommy et Monsieur Lazhar qui font 3 millions, C.R.A.Z.Y. qui en fait 5, c’est tout aussi impressionnant, puisqu’ils sont moins accessibles. »

Julien mentionne qu’on a aussi notre lot de flops notables : « Duo, French Immersion ou Nitro Rush. »

Évidemment, la palme revient probablement au légendaire Les Dangereux, « qui avait même son trio au Subway, avec 6 858 720$ en pertes! »

Box office vs Netflix

Depuis quelques années le streaming est venu chambouler l’industrie avec les multiples plateformes disponibles et c’est à se demander si l’expérience de payer 10$ pour un pop-corn en salle a encore sa place.

« L’arrivé du streaming, qui évidemment brouille un peu les cartes, ne remplacera tout de même pas l’expérience en salles. »

Julien, lui, est optimiste : « L’arrivé du streaming, qui évidemment brouille un peu les cartes, ne remplacera tout de même pas l’expérience en salles. Comme la télé dans les années 50, la mort du cinéma a souvent été annoncée, et n’a jamais eu lieu. Ça reste un espace de communion unique, et l’activité sociale la plus économique. »

« Un exemple récent, c’est quand je suis allé voir Tanguy 2 avec mon chum Dodo. C’était poche, et à la maison on l’aurait arrêté ou on aurait niaisé sur notre cell. En salle, on a rigolé parce que c’était pas rigolo, on l’a écouté jusqu’à la fin, et on va probablement s’en rappeler dans 10 ans, contrairement à n’importe quel film interchangeable sur Netflix », dit-il.

Oui, comme tout le monde, il écoute Netflix et affirme qu’on peut y trouver de « grands films » mais jamais le streaming ne remplacera la sortie au cinéma selon lui. 

Qu’est-ce que l’avenir nous réserve?

L’arrivée de Disney+ plus tard cette année risque d’avoir un impact considérable sur l’industrie. Le géant possède le catalogue de 20th Century Fox et Marvel studios.

Ne soyez donc pas étonnés de bientôt voir disparaître les Avengers de Netflix

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