L’avorteuse de paille

Du libre choix, du militantisme féministe et du contrôle du corps des femmes

Le débat sur l’avortement est extrêmement polarisé, par les uns comme par les autres, mais surtout par les uns. Le thème du droit au planning familial et au choix d’avoir recours ou non à l’avortement a encore ressurgi sur la scène nord-américaine. Chez nos voisins du sud, Chelsea Clinton, fille de l’ex-président et de la peut-être future présidente du même nom, annonçait sa grossesse au public. Bien que la grossesse annoncée d’une « vedette » me transporte d’indifférence – au pire, yé, bravo, tant mieux pour elle – ce sont les réactions à l’annonce de cette grossesse qui m’ont fait sourciller.

Chelsea Clinton, il faut le dire, est une fervente militante pour le droit au libre choix, tout comme sa mère, qui a d’ailleurs livré un discours impressionnant lorsque questionnée à ce sujet. Or donc, ce n’est pas l’annonce de la grossesse mais plutôt le backlash des « pro-lifers » qui me frappe.

Les réactions ont toutes été plus dégueulasses les unes que les autres. Un média pro-vie a relayé l’information en annonçant que « Chelsea Clinton est enceinte – non pas d’un fœtus ou d’un amas de cellules, mais bel et bien d’un “enfant” ». Les vautours anti-avortement n’en sont pas restés là :

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L’avorteuse de paille

« L’avorteuse de paille » est anti-naissance. Elle n’aime pas les bébés et n’en veut surtout pas. Elle aime l’avortement. Elle aime qu’on le pratique le plus souvent possible, de façon récréative, ou « de confort ». Il est donc inconcevable que quelqu’un se positionnant pour le libre choix des femmes sur leur corps puisse un jour désirer devenir parent. L’avorteuse de paille est une dérivée de la féministe de paille, l’hystérique du mouvement du même nom : cette féministe de paille déteste les hommes, les tient en haine; elle est castrante, autoritaire, et, surtout, ne milite non pas pour l’égalité entre les sexes mais pour la domination féminine – ou du matriarcat institutionnalisé, comme le racontent les trolls privilégiés sur Internet.

Il s’agit d’un sophisme, d’un gros épouvantail épeurant qui vise à décrédibiliser le mouvement féministe en brandissant le spectre de la castration. Si l’on ne peut vaincre le féminisme, on peut l’affaiblir en créant de toutes pièces une version fallacieuse de celui-ci. En inventant la misandre castratrice, on invente un personnage fictif, dont le discours est facilement critiquable, puis, on prétend que ce personnage est représentatif du mouvement que l’on souhaite démolir. C’est un peu la même chose avec l’avorteuse de paille. Afin de décrédibiliser le mouvement pro-choix, on invente un personnage sanguinaire, haïssant tout ce qui a trait à la naissance et à l’enfance, et on l’attribue à l’ensemble de ceux et celles qui militent pour le choix de chacune de disposer librement de son corps.

Il faudrait rappeler à certains que « pro-choix », ça veut précisément dire avoir le choix d’avoir un bébé, ou non. Nous ne sommes pas pro-avortement, nous sommes pro-choix. Les attaques mesquines et malsaines de certains médias et de leurs suiveux lambda ne sont rien d’autre qu’une tentative de contrôler ce choix, le choix d’UNE femme, et, ultimement, le choix DES femmes.

Je considère le mouvement anti-avortement comme étant fondamentalement antiféministe, puisque cela vise à empêcher les femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent. C’est un mouvement de contrôle sur les corps et les vies des femmes qui ne doit pas être confondu avec un amour de la vie – c’est un amour de la naissance, tout au plus, et encore là : de nombreux pro-lifers sont également opposés aux soins prénataux gratuits et accessibles.

Lorsque des « pro-vie » (entre guillemets de trois kilomètres) s’attaquent ainsi à la grossesse de Chelsea Clinton – ou de quiconque se déclare pro-choix, ils s’attaquent à leur droit d’avoir un enfant si elles (et ILS, ne l’oubliont pas) le désirent.

Oui, mais, c’est aux États-Unis. De ce côté-ci de la frontière, vos utérus font la belle vie…

Pas vraiment. L’accès canadien au planning familial est de plus en plus difficile, notamment dans les provinces maritimes, où la fermeture de la clinique Morgentaler (NB) fait craindre le pire au Conseil du statut de la femme de l’Île du Prince-Édouard : «  environ 10% des femmes qui s’y rendent chaque année proviennent de l’Île-du-Prince-Édouard, pour un total d’entre 60 et 70 patientes par année. La province est la seule au Canada qui n’offre aucun service d’avortement sur son territoire ». — La Presse. Et avec plus de 25% des Canadiens se positionnant du côté pro-vie, il y a fort à s’inquiéter face aux tournures que pourraient prendre les discours politiques sur l’avortement.

Et y’a la campagne Québec-Vie fait bon train. Cette organisation – ainsi que d’autres pro-vie – font pression auprès des divers paliers de gouvernement afin de restreindre l’accès à l’avortement, parfois avec succès, parfois non. Mais ils ne s’arrêtent pas là. Ça n’est pas qu’au sud profond de la Bible Belt qu’on peut connaître le bonheur de se faire agresser verbalement et de se faire intimider physiquement par des lunatiques à prière lorsqu’on désire avoir recours à l’avortement : chaque année, Québec-Vie organise un gros 40 jours de vigile – des prières et des moyens de pressions divers – aux portes de cliniques de planning familial choisies.

Fa’que les « vous-avez-pas-à-vous-plaindre-vos-utérus-sont-ben-chill-ici », là, c’t’assez ordinaire. Pour ceux et celles qui désirent rester informé-e-s de la situation du droit à l’avortement, il y a la page Facebook Mon choix mon droit. Fannie Boisvert St-Louis, l’administratrice, y recense et commente les nouvelles locales et internationales sur l’accès à l’avortement. C’est à suivre!

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Je milite pour la justice sociale, l’égalité et le féminisme – des synonymes à mes yeux. Ayant suivi une formation en arts visuels, je poursuis mes démarches en recherche sociologique et j’écris présentement un livre sur l’itinérance qui sera publié prochainement chez VLB.

J’anime le tumblr LES ANTIFÉMINISTES – http://lesantifeministes.tumblr.com/

Pour me suivre : c’est Sarah Labarre sur Facebook et @leKiwiDelamour sur Twitter.

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