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L’art du slow travel en Gaspésie : ce que j’ai appris sur la nature durant mon séjour à Métis-sur-Mer
Quand on prend le temps de regarder, la nature a beaucoup plus à raconter.
J’entrevoyais ces six jours d’escapade en Gaspésie comme une façon de voyager lentement. Il faut dire que la première fois que j’y étais allée, j’avais fait le tour de la région en trois jours à peine, en mode camping. 72 heures, top chrono. C’était un peu intense, surtout quand on considère qu’à partir de Montréal, 10 heures sont nécessaires pour s’y rendre.
Cette fois-ci, j’ai décidé de changer de rythme et je me suis arrêtée au début de la péninsule, à Métis-sur-Mer, entre Rimouski et Matane. J’avais été invitée par le Festival international de jardins à venir contempler les nouvelles créations des Jardins de Métis. Chaque année, le festival rassemble les œuvres d’architectes paysagistes des quatre coins du monde. Ayant aussi été invitée à séjourner à l’Auberge du Grand Fleuve, c’était une occasion que je ne pouvais tout simplement pas manquer.
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Pendant six jours, j’ai pris le temps d’observer la nature qui m’entourait.
Voici quatre choses que ce séjour m’a apprises sur la faune, la flore et l’environnement.
1. La nuit, le bruit des vagues endort aussi bien qu’une playlist de bruits blancs
En sortant de la voiture, j’ai tout de suite été happée par l’air marin de la région. C’était clair que je n’étais plus à Montréal.
J’ai posé mes valises à l’Auberge du Grand Fleuve, en plein cœur du village, sur la rue Principale. Un endroit qui allie habilement modernité et style rétro.
Je m’y suis tout de suite sentie confortable, séduite autant par le bruit des vagues qui m’endormait la nuit que par la playlist douce et envoûtante qui m’accueillait tous les matins au déjeuner.
Une playlist thématique qui se renouvelle constamment, passant de la bossa nova à de la chanson française le jour suivant. Je l’ai tellement aimée que j’ai fini par demander à sa propriétaire de me confier son secret pour une playlist aussi réussie. Sa réponse : les chansons ont été soigneusement sélectionnées par un humain et jouent sur un vieux iPod touch.
Et c’est dans cet endroit paisible que j’ai appris une deuxième chose.
2. Les homards aussi ont chaud (et viennent se rafraîchir dans le Bas-Saint-Laurent)
En me promenant sur le bord du fleuve, je suis tombée sur une grosse pince de homard. Comme j’essayais de ralentir et de moins sortir mon téléphone, j’ai simplement confiné l’information dans un coin de ma tête.
Le lendemain matin, depuis la fenêtre de ma chambre, j’ai aperçu un bateau qui voguait sur le fleuve. Me demandant s’il s’agissait d’un bateau de pêche, le jeune serveur qui m’apportait mon déjeuner m’a confirmé que oui, ajoutant que ces bateaux étaient une apparition assez récente dans le paysage. « Il n’y en avait pas quand j’étais jeune », m’a-t-il dit du haut de ses 17 ans.
En discutant avec la réceptionniste, qui est aussi biologiste, j’ai appris que les homards qu’on retrouve aujourd’hui près des berges sont des femelles. Ma curiosité piquée, je me suis renseignée auprès de Piero Calosi, professeur en biologie marine à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Il m’a expliqué que les changements climatiques poussent les homards à délaisser les Maritimes au profit des eaux plus fraîches du Saint-Laurent. Au moment de la reproduction, les femelles reviennent vers des eaux plus chaudes, ce qui explique leur présence près des berges.
Il y a à peine une quinzaine d’années, croiser un homard dans l’estuaire du Saint-Laurent était assez exceptionnel, m’explique le scientifique par vidéoconférence. Afin d’étudier ce phénomène récent, Pêches et Océans Canada procède à une pêche exploratoire pour suivre son évolution. C’est aussi ce qui explique le bateau de pêcheur que j’ai aperçu en me réveillant.
Le moins qu’on puisse dire c’est que je ne pensais pas être aussi fascinée par la biologie, mais la Gaspésie a réussi là où mon prof de secondaire a échoué.
3. J’ai appris qu’un jardin n’est pas forcément rempli de fleurs.
Aucun séjour dans le coin n’est complet sans une visite aux Jardins de Métis.
Cette année, on y présente cinq nouveaux projets qui explorent une facette différente de notre relation avec la nature.
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Again, a Garden (par Hugh Taylor) : Parmi mes coups de cœur, Again, a Garden, créé par Hugh Taylor, un designer en environnement de Winnipeg qui possède aussi une maîtrise en architecture de l’Université Harvard. Son intérêt pour l’environnement transparaît dans sa démarche qui l’a amené à réutiliser des billots de bois provenant d’arbres tombés en forêt lors d’une tempête pour créer un jardin fermé dédié à la culture d’espèces pollinisatrices. Le pavillon est composé de quatre panneaux qui laissent filtrer le soleil et a été construit en alternant bois et plaques métalliques. Le tout nous invite à réfléchir au cycle de la nature.
Mentho-artemision (par Étienne Lapleau) : Mentho-artemision est un jardin odorant composé de menthe et d’armoise, deux plantes envahissantes qui empiètent volontairement sur le chemin des passants. En prenant de plus en plus de place au fil de la saison, le paysage se transformera tout au long de l’été. Ce projet est l’œuvre du paysagiste-concepteur français Étienne Lapleau, qui, dans le cadre de son travail, collabore notamment à des projets de création et de restauration de parcs.
Un microclimat idéal pour des espèces d’exception
Hormis ces nouveaux projets, le site compte aussi des installations éphémères et des jardins plus traditionnels. On y croise plus de 3 000 fleurs et végétaux,dont les lupins (ou lupinus podophyllus), dont les fleurs touffues serrées font penser à des épis de maïs. Ces fleurs, habituellement roses ou violette, sont présentes un peu partout dans le Bas-du-Fleuve, que ce soit devant des maisons centenaires, en bordure de la route, dans les bacs à fleurs ou devant les commerces.
Et c’est aussi aux Jardins de Métis qu’on peut observer une grande collection du célèbre pavot bleu, devenu leur emblème depuis que la fondatrice, Nancy Redford, en a transplanté de l’Himalaya. Le climat frais du Bas-Saint-Laurent permet à cette espèce mythique, reconnaissable à ses pétales bleu-violet et son coeur jaune, de pousser dans la région.
4. J’ai appris la différence entre « Métis » et « Mitis » (tous deux issus du mot micmac pour « bouleau »)
Après deux journées passées à admirer le fleuve, à lire et à sentir les fleurs, j’ai décidé d’aller me promener sur le site du phare de la Pointe-Mitis, un incontournable de la région.
Érigé en 1909, ce lieu historique n’est accessible qu’à pied via un chemin privé. Bordé d’à peine quelques vacanciers, on se croirait presque sur une île déserte. C’est bucolique, relaxant… et tellement beau que j’ai fini par craquer : j’ai sorti mon téléphone pour prendre une photo. Puis, c’est en voulant identifier l’endroit sur Instagram que j’ai constaté une myriade d’options : phare de Métis-sur-Mer, Phare de la Pointe-Mitis, et quelques autres variations du genre.
Je me suis donc demandé : « Coudonc pourquoi autant de noms? », « On dit-tu “Métis” ou “Mitis”? »
En consultant des livres offerts dans les boutiques à souvenirs, j’ai appris que Grand-Métis et Métis-sur-Mer sont deux municipalités distinctes, bien que voisines et que Métis est souvent utilisé pour parler de la région en général.
Mitis, quant à elle, est la MRC qui englobe ces deux municipalités, mais qui inclut également Sainte-Luce, Sainte-Flavie et sa ville-centre, Mont-Joli.
D’autres ouvrages rapportent aussi que Mitis est l’ancienne appellation de Métis et que les deux graphies sont issues du mot micmac signifiant « bouleau », un arbre qu’on retrouve le long de la rivière Mitis. Voici pour le cours d’histoire et de botanique.
C’est devenu cliché de parler de slow travel, mais c’est ce que j’ai fait. Rester plus de cinq jours à un seul endroit. Pas de liste d’activités à cocher.
Et j’ai vraiment aimé sentir le temps défiler doucement.
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