.jpg.webp)
J’ai un souvenir très précis de mes premiers pas dans les rues de Rio de Janeiro au Brésil. Sur le trottoir de la ville, en route vers la plage pour me plonger dans l’eau froide, mon corps tentait tant bien que mal de s’acclimater, passant des températures hivernales du Québec à cette chaleur accablante d’une trentaine de degrés.
J’avais un peu le sentiment d’être au Biodôme : un long chemin d’asphalte qui traverse un mélange d’humidité, de verdure, d’animaux exotiques, avec des vitrines de magasins en plus. En levant les yeux au ciel : un dôme feuillu nous protège des rayons brûlants du soleil. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé l’importance des grands arbres en ville.
Alors que les grands arbres ont longtemps été considérés comme des aliens dans le paysage des grandes villes, plusieurs spécialistes défendent aujourd’hui leur plus-value et soulignent leurs bénéfices pour les populations vivant dans les milieux urbains.
Exploration d’un phénomène qui nous ground littéralement au sol.
Selon le pourcentage de la ville qui est couvert par la canopée, c’est-à-dire la couche supérieure des arbres formée par le feuillage, les bénéfices sont plus ou moins importants. Agissant un peu à la manière d’un filtre, ce bouclier protège des intempéries, ralentit la vitesse du vent en créant une friction supplémentaire et établit une barrière naturelle limitant les conséquences du rayonnement solaire.
Pour Alison D. Munson, professeure titulaire au Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, c’est cet apport à l’écologie qui est le plus significatif.
Dans le contexte de la crise climatique que nous vivons, elle rappelle que les températures n’iront qu’en augmentant dans les prochaines années : « On sait qu’avec les changements climatiques, on va avoir plus de canicules qu’avant et donc ça veut dire que les arbres vont gagner en importance avec le temps. En ville, il y a tellement de surface de béton, de surfaces immuables, qui absorbent beaucoup de chaleur et qui la radient. L’effet des arbres aide à rafraîchir la ville […] et ils deviennent super importants pour avoir un microclimat un peu plus frais. »
En plus d’incarner un climatiseur naturel, ce qui diminue aussi les coûts liés à la régulation du climat à l’intérieur de nos maisons, ces arbres contribuent à la préservation de la biodiversité et à la purification de l’air. Leur photosynthèse étant plus importante en raison de leur taille, ils diminuent les gaz polluants et assurent la production d’oxygène.
Malheureusement, plusieurs facteurs menacent la croissance de la canopée en milieu urbain. Plusieurs arbres, comme l’orme d’Amérique ou le frêne, qui étaient jadis privilégiés pour leur vitesse de croissance, la couverture de leur canopée et leur robustesse, sont aujourd’hui la proie d’insectes et de maladies. Face à ces éléments naturels qui déciment ces grands arbres, différentes stratégies, comme privilégier une grande diversité d’espèces en prenant compte de leurs spécificités ainsi que rechercher des arbres résistants à ces maladies, deviennent des principes clés pour conserver la canopée. En évitant les alignements d’un même type d’arbre, on évite qu’une grande surface se retrouve à découvert à la suite d’une contamination.
« [Les entreprises et les gouvernements] vont planter beaucoup d’arbres en compensation, mais il faudra attendre quelques décennies avant que ces petits arbres puissent compenser les grands arbres qu’ils ont enlevés. Ça prend du temps », note l’experte.
On comprend alors que la plantation, bien que nécessaire, n’est pas la réponse absolue à la protection de la canopée. « Depuis plusieurs décennies, les gens remarquent que l’on perd plus de jeunes arbres après la plantation », soulève Alison Munson. Selon elle, il faut s’assurer que les gouvernements permettent de meilleurs suivis, des vérifications rigoureuses et des entretiens appliqués et assidus pour assurer la survie des grands arbres en devenir.
Sachant qu’un grand arbre prend plusieurs années avant d’atteindre sa maturité, il faut planter aujourd’hui pour le futur. Toutefois, l’espace en ville est parfois une contrainte avec laquelle il faut composer.
« Il y a de vieux quartiers, d’autres qui n’ont pas été construits pour laisser beaucoup de place pour les arbres, et donc c’est difficile de trouver des endroits [où planter] même si on veut la canopée », constate la professeure. Elle souligne néanmoins qu’il est possible de trouver des îlots pour ajouter des arbres et d’inciter les résident.e.s qui le peuvent à planter sur leur terrain.
Dans un monde idéal, elle croit qu’il serait pertinent que les quartiers puissent conseiller les citadin.e.s afin de leur indiquer quel type d’arbre est le meilleur pour leur résidence ainsi que l’emplacement optimal à prioriser selon leur espace. « [Ce suivi] pourrait avoir un grand effet sur la survie des jeunes arbres », conclut-elle.
Voir cette publication sur Instagram
Par ailleurs, d’autres éléments, issus de l’activité humaine, viennent menacer notre voile végétal. Parmi ceux-ci, les projets d’infrastructures et les nouveaux développements. « Il y a toujours des pressions provenant du développement, de la densification et des grosses infrastructures, comme le tramway de Québec, par exemple, qui peuvent aller à l’encontre des efforts d’augmenter la canopée », explique Alison D. Munson, qui reconnaît que le transport en commun et tous les enjeux sous-jacents au développement ne sont pas à négliger.
Voir cette publication sur Instagram
En ce sens, elle invite les gens à rester prudents s’ils veulent suivre la tendance qui incite à compenser son empreinte écologique par la plantation d’arbres. Elle se réjouit qu’il y ait « un engouement pour la plantation », mais réitère qu’il y a d’autres moyens qui peuvent être employés pour pallier sa production de carbone. Elle souligne qu’il est important de faire affaire avec des organisations qui ont été validées ou qui ont obtenu une certification afin de s’assurer que la plantation et les suivis soient faits de manière adéquate.
Voir cette publication sur Instagram
« Je pense que dans le futur, on devrait travailler plus avec les résidents pour augmenter la canopée […], car ils peuvent aussi avoir un grand impact en plantant », estime celle qui se spécialise en écologie de la restauration. Par exemple, des villes vont donner des arbres aux habitant.e.s afin qu’ils et elles puissent les planter sur leur terrain. Cependant, Mme Munson remarque que « les villes n’ont peut-être pas assez de ressources pour accompagner les résidents autant qu’elles ne le voudraient ».