L’angoisse du dimanche soir : quand penser au lundi matin vous fait grincer des dents

La semaine de travail qui s’en vient est flambant neuve, mais vraiment stressante.

C’est dimanche. Vous vous levez tard, vous sortez manger des œufs bénédictine dans votre resto préféré. «La vie est si douce le week-end», que vous vous dites. Tout de suite après cette pensée, boule au ventre. Vous ressentez l’envie irrépressible de regarder vos courriels, de prendre de l’avance pour la semaine qui commence demain. Merde, il est 15h, vous n’avez pas encore fait le lavage, les lunchs, ni même l’épicerie. Le stress commence et ne vous lâche plus. Certains dimanches, vous espérez presque tomber malade pour ne pas aller travailler le lendemain.

Vous n’êtes pas seul.

Le phénomène nommé «sunday scaries», ou «angoisse du dimanche soir», commence à s’observer sur les internets. Il désigne une forme d’anxiété par anticipation, souvent provoquée par l’idée du retour au travail le lundi matin. C’est dire que dans le moment présent, en théorie, tout va bien. C’est le travail qui «rend malade». Le sujet n’est pourtant pas nouveau. On parle de plus en plus d’épuisement professionnel, de surconnectivité qui nous fait rêver d’exil, de «milieu de travail toxique», etc. Les motifs de cette angoisse sont pluriels.

À une certaine époque, je les ai eus les blues du dimanche soir. Pour moi, le problème c’était le 9 à 5. Pas le bureau, pas les collègues, pas les tâches. C’était plutôt la rigidité du cadre et de l’horaire, sa prévisibilité, l’idée d’une routine qui dure toute la vie.

Pour d’autres, c’est l’inconnu. Ne pas savoir de quoi la semaine sera faite, la peur de frapper un mur en rencontrant la difficulté qui sera insurmontable. Souvent, ce sont les conditions de travail, avoir trop à faire ou encore rien à faire (ce qui est tout aussi aliénant). Dans tous les cas, quand on devient quotidiennement épuisé juste à penser au lendemain, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche.

Faut-il prendre la fuite?

Plusieurs personnes qui souffrent de cette forme d’angoisse n’ont pas de problème avec leur travail, mais plutôt avec la gestion du stress. Changer de job, c’est déplacer le problème.

De nombreuses solutions sont proposées de part et d’autre sur la toile: aller jogger quand l’anxiété devient trop forte, se construire des rituels qui font du bien, garder le rythme le week-end, mieux s’organiser, questionner ses doutes, etc.

Un des trucs qui revient le plus souvent est la déconnexion. Pas de cellulaire. Pas de courriels. Apparemment, ça fait des miracles. Mais encore faut-il avoir un travail qui nous encourage à déconnecter lorsqu’on n’est pas au bureau.

Ce serait utopique de dire à tout le monde de quitter l’emploi qui ne les rend pas heureux. Ce n’est pas si simple que ça. Outre la question financière et les opportunités qui ne se présentent pas toujours, on a aussi cette tendance à se définir par ce que l’on fait dans la vie.

Ce serait utopique de dire à tout le monde de quitter l’emploi qui ne les rend pas heureux. Ce n’est pas si simple que ça. Outre la question financière et les opportunités qui ne se présentent pas toujours, on a aussi cette tendance à se définir par ce que l’on fait dans la vie. Quitter une job, ça peut parfois vouloir dire se reconstruire une identité. Et puis, si c’était pire ailleurs? L’inconnu est parfois plus paralysant qu’une zone de confort pas confortable. 

Revoir notre conception du travail

Une partie de l’explication réside peut-être dans notre conception systémique du travail. Ça a peut-être quelque chose à voir avec la recette du bonheur et du succès qu’on nous enfonce dans la gorge depuis l’enfance. On se définit par le travail depuis la maternelle. «Qu’est-ce que tu veux être plus tard?», qu’on nous a demandé. Pas «qu’est-ce que tu veux faire?». Non, être.

Ta profession, ton domaine d’études, c’est qui tu es. On te demande de choisir ça à 16 ans, à la fin de ton secondaire. Ensuite, ton statut en société risque fort de refléter ton choix. Peut-être que ce n’est tout simplement pas sain de nourrir l’idée selon laquelle on vit pour travailler.

Alors on fait quoi pour vaincre les blues du dimanche? Certains deviennent entrepreneurs ou pigistes, d’autres deviennent des nomades numériques. Il n’y a rien de parfait, ni dans les réalités les plus souvent idéalisées ni même si on a la chance d’être parmi ceux qui arrivent à vivre de leur passion.

Dans tous les cas, je crois qu’il faut être capable de sonner l’alarme avant que le vase déborde. Que ce soit une difficile gestion du stress ou des conditions de travail qui rendent malade, parlons-en. Plus on en parle, meilleur sera l’accès aux ressources nécessaires pour prévenir au lieu de guérir.

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