Mathieu Potvin

L’amour à sens unique

Nous voici, nous voilà au début d’une nouvelle année.

Pleins d’espoir de belles réussites.
“J’te souhaite du bonheur! De la santé! De l’amour! Tout ce que tu désires!”

Mais qu’est-ce qu’on fait si ce que l’on désire ne nous désire pas en retour?

Eh oui, sortez clairons et trompettes, j’ai l’honneur de vous pondre le premier texte de la thématique abordée sur le blogue durant le mois de janvier, sélectionnée lors d’un brainstorm ou candeur et optimisme étaient définitivement au programme!

L’ÉCHEC.

Je suis officiellement la première party pooper de 2016!

Et comme rien ne m’arrête, j’ai décidé d’y aller directement dans la douleur vive, dans la scratch qui ne guérit pas facilement, dans le profond drame affectif et j’ai nommé “être éperdument en amour (WOWIWOW!) avec quelqu’un qui ne t’aime pas (MARDE)”.

Bien que je sympathise avec ton impasse affective pour Joey Scarpellino, je parle ici de l’amour qui évolue dans le cadre d’une relation bien réelle. Une relation qui s’érige. Que tu croyais assez solide pour se muter en bâtiment de briques qui ne partirait pas au vent quand l’grand méchant loup viendrait souffler dessus.
Mais qui s’avère finalement être aussi précaire qu’un château de cartes.
Et qui s’effondre quand, contre toute attente, l’être-aimé en qui tu avais tant confiance souffle dessus en devenant, **coup de théâtre!!! ** LE LOUP.
— Je ne suis pas amoureux-se de toi…
— Mais je… mais tu…. mais on… mais euh…

Malgré toutes ces pages relationnelles écrites, toute cette escalade de bons sentiments, he’s/she’s just not that into you.

Semble-t-il.
Contente-toi de cette explication, car la plupart du temps, il n’y a pas une thèse qui vient appuyer la décision de ne pas tendre officiellement vers le statut conjugal, malgré l’ambiguïté clairement cultivée.
Il y a incohérence entre l’historique de la relation et le propos énoncé et ça, c’est fort mélangeant.

Métaphoriquement, c’est comme si vous aviez eu une relation sexuelle version “crescendo de sensations amoureuses”. Rencontre… désir… préliminaires… montée de l’excitation… intensité… Et là, ça y était! OUI! Tu croyais que vous alliez l’atteindre! AH OUI! OUI! YEUX DANS LES YEUX SIMULTANÉMENT! L’ORGAAAA… AH.
Ben non.

L’être convoité s’est soudainement retiré. Est parti. En courant.
CIAO BYE.
Finis-toé l’sentiment à ’mitaine.

On fait ça comment, se ramoner la suie de feeling pour se débeurrer la cheminée de l’amour? On fait ça comment, enlever les traces qui semblent indélébiles, vestiges d’un sentiment si beau, devenu soudainement si souffrant?
C’est une sacrée énigme.

Et c’est alors que se présentent certains scénarios :

J’pourrais le/la détester : pas capable.

J’pourrais l’oublier : pas capable.

J’pourrais l’attendre, tout d’un coup… : no fucking way.

J’pourrais être en paix et lui souhaiter le meilleur : over my dead body.

Au pire, on ne se redonne jamais de nouvelles. À moins que ce soit le mieux?

Au mieux, on se dit qu’on partagera une amitié. À moins que ce soit le pire?

Parce que cette dernière option symbolise pour toi de vivre une déshydratation majeure et de te faire offrir une belle grosse poignée de biscuits soda alors que t’as juste besoin du gros verre frosté de limonade désaltérante que l’autre te faisait miroiter. Ce verre-là, il/elle le verse finalement langoureusement dans la bouche de quelqu’un autre. Ou il/elle le verse partout, sauf dans ta yeule, visiblement.

Et tu te retrouves avec un arrière-goût d’humiliation, de trahison, seul(e) sur le sable, les yeux dans l’eau.

La rumination sentimentale devient alors un mode de vie temporaire.
Qu’est-ce qui s’est passé?
Comment j’ai pu y croire?
J’ai rêvé tout ça? Je suis délirant-e?
J’ai mal interprété les signaux?

Les signaux.
Les signaux des sentiments amoureux.
VOILÀ.
Il faudrait les clarifier, ceux-là. Parce qu’il ne semble pas y avoir consensus au niveau de l’expression de certains états affectifs, de là la probable confusion dans le domaine relationnel & Co. :

Aimer romantiquement.
Aimer amicalement.
Apprécier.
Désirer.
Apprendre à connaître.
S’intéresser à…
Fréquenter.
Côtoyer.
N’en avoir rien à battre.
Et j’en passe…

Qu’est-ce qu’ils veulent dire, ces termes-là, mais surtout, comment ils s’expriment concrètement?

Pleine de ressources, je propose d’inclure dès maintenant un volet “éducation sentimentale” dans le programme du ministère. INSTRUISONS-NOUS L’AFFECTIF! Apprenons à rattacher des mots et des actions sur les 50 Shades of Grey qui se trouvent entre “Je t’aime” et “Je te déteste”! Invitons des conférenciers émérites, genre Mélanie Renaud qui viendrait nous expliquer pourquoi on peut aimer quand on haït!
FAISONS-LE!

Ce serait certes préventif, mais ne soyons pas naïfs. C’est clair que la souffrance fait partie de la vie et qu’il faut apprendre à dealer avec certaines blessures. Tomber en amour, ça peut t’écorcher les genoux si l’autre n’est pas là pour te tenir la main et que t’es seul(e) à planter. C’est correct. On peut rendre ça productif en faisant des beaux films. Des belles chansons. Des beaux textes pour URBANIA…

Avouons-le, faire un peu d’éducation affective permettrait de mieux nous comprendre, de mieux comprendre les autres. De mieux gérer nos émotions, nos réactions, nos relations. D’agir de façon plus cohérente avec nos intentions.
De réduire l’incidence des hit-and-runs du cœur.
Honnêteté, transparence, franchise.

Oui! C’est ce que je nous souhaite, pour 2016 : apprendre à s’aimer mieux.

Pour lire un autre texte de Julie Lemay : “Se fondre en l’autre

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