Laïcité : le Waterloo de Trudeau

La chute de Napoléon Trudeau, vous l'aurez lu ici.

La Loi 21 sur la laïcité de l’État est là pour rester, que ça vous plaise ou non. (Vous avez le droit de commencer à me huer dès maintenant).

Terminé le port de signes religieux pour les employés de l’État québécois, de l’enseignante au gardien de prison, en passant par le juge ou la policière.

La Loi 21 sur la laïcité de l’État est là pour rester, que ça vous plaise ou non. 

Le Québec a élu, il y a un an, un parti politique qui promettait la neutralité religieuse de l’État. Arrivée au pouvoir avec une majorité de sièges, la CAQ a rempli son engagement, avec l’appui de l’opposition péquiste. Le gouvernement s’est même assuré d’inclure dans sa législation une « clause nonobstant » afin de la protéger d’une dizaine d’articles de la Charte canadienne des droits et libertés. 

70% des Québécois sont favorables à cette mesure. Chez les francophones, c’est encore plus élevé.

Et même ceux qui s’y opposaient au départ semblent à mes yeux reconnaître une sorte d’équilibre favorable à la paix sociale. Comme si personne ne souhaite rouvrir cette boîte de Pandore. 

Évidemment, il n’y a pas unanimité (on n’y arrive jamais), mais il y a un large consensus. Aucun politicien ou parti politique qui aspire sérieusement à gouverner ne va, croit-on, s’opposer à cette écrasante majorité.

Mais c’était bien mal connaître Justin Trudeau, notre champion du multiculturalisme à n’importe quel prix, même celui d’une éventuelle défaite.

Évidemment, il n’y a pas unanimité (on n’y arrive jamais), mais il y a un large consensus.

Comme si le droit de porter un hijab était supérieur au droit d’avoir un enseignement laïc ou d’exiger l’impartialité d’un juge. Il ne s’agit pourtant pas de brimer la liberté religieuse de quiconque, simplement d’assurer la neutralité du visage de l’État.


C’était trop demander au fils héritier, pour qui les droits des minorités, sauf ceux du Québec, sont suprêmes.

Trudeau s’est engagé dans l’actuelle campagne en sachant qu’il ne pouvait pas gagner plus de circonscriptions dans le Canada atlantique. Il les détient toutes depuis 2015. Il savait que ses troupes subiraient aussi quelques pertes dans l’Ouest. L’Ontario reste toujours très divisée et incertaine.

Les stratèges libéraux rassuraient Justin: ses pertes au Canada anglais seraient largement compensées par ses gains dans les circonscriptions québécoises détenues présentement par le NPD. Ceux qui regardent les sondages sans les analyser pouvaient effectivement arriver à cette conclusion. Le PLC récoltait, au moment du déclenchement des élections, près de 40% des appuis dans les sondages au Québec, plus du double du Parti conservateur ou du Bloc. 

Les généraux anglophones du bureau du premier ministre connaissent cependant bien mal la réalité québécoise.

Depuis le rapatriement de la constitution de Papa Trudeau en 1982, les Québécois ne sont jamais plus tombés sous le charme du Parti libéral du Canada. Et ce n’est pas lundi prochain que ça va changer.

Depuis le rapatriement de la constitution de Papa Trudeau en 1982, les Québécois ne sont jamais plus tombés sous le charme du Parti libéral du Canada. Et ce n’est pas lundi prochain que ça va changer. Suffisait d’allumer la mèche de l’identité pour que ça saute en pleine face des libéraux.

Boum! Un peu comme le débat sur le port de la burqa et du niqab a anéanti toutes les ambitions politiques de l’ex-chef du NPD, Thomas Mulcair, aux élections fédérales précédentes.

Avant même d’embarquer dans ses deux avions pour faire campagne coast-to-coast, l’écolo-chef libéral et son état-major savaient que la loi sur la laïcité recueillait la faveur populaire au pays de François Legault.

Il aura beau pleurer toutes les larmes de son corps et présenter mille excuses comme il a l’habitude de le faire périodiquement, rien n’y fera. Son ascension politique, sinon sa carrière, sera terminée. 

Tête baissée, faisant fi du fait qu’un libéral sur deux appuie la loi 21, Trudeau a foncé en commençant par dire qu’il n’allait pas contester la législation québécoise devant les tribunaux « pour l’instant ». Il attendait le face-à-face de TVA à la mi-campagne pour préciser sa pensée et montrer ses vraies couleurs. Et son courage se décupla au débat de CBC la semaine dernière, où, comme l’a judicieusement souligné le premier ministre du Québec, « il s’est vanté d’être le seul qui était prêt à contester la loi 21, comme s’il voulait se distinguer, en anglais, des autres chefs. »

Et ce qui devait arriver arriva. Les libéraux dégringolent tous les jours au Québec et on se demande s’il restera quelques rescapés rouges dans le Québec francophone dans quelques jours ou si le parti sera relégué, comme son cousin Parti libéral du Québec, à l’île de Montréal et quelques circonscriptions de l’Outaouais. 

Justin Trudeau vient de frapper son Waterloo et il lui faudra, lundi soir prochain, dix jours avant l’Halloween, revêtir son costume de Napoléon pour nous montrer son visage de perdant. En fait, même son célèbre déguisement d’Aladdin en blackface n’aggraverait probablement pas sa déconfiture.

Il aura beau pleurer toutes les larmes de son corps et présenter mille excuses comme il a l’habitude de le faire périodiquement, rien n’y fera.

Son ascension politique, sinon sa carrière, sera terminée.

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