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Avouez que la phrase «planifions-nous un appel» a changé de sens. Auparavant, c’était assez clair qu’on allait se parler par téléphone. Mais maintenant, la question se pose invariablement: par Zoom ou old school?
Les visioconférences sont devenues si omniprésentes que des experts en santé mentale ont déclaré l’existence du syndrome de la fatigue Zoom. Et en parlant autour de soi, on se rend vite compte que pas mal tout le monde est tanné des visios à longueur de journée.
Alors pourquoi est-ce que ça reste le standard, ces jours-ci? Est-ce que Zoom nous a tous fait oublier que des appels vocaux sans se voir la face, ça existe encore et que c’est ben correct de se parler sans vidéo?
À la mi-mars l’année dernière, des millions de personnes à travers le monde ont découvert Zoom. Skype, c’est pour parler à sa grand-mère, Zoom c’est pour communiquer avec ses collègues. Les employeurs ont vite adopté cette technologie, car dans certaines situations, elle peut nous donner l’impression qu’on est dans un «vrai» meeting avec les gens de son entreprise.
La plupart du temps, un petit noyau de gens monopolise la conversation.
Un an plus tard, tout le monde est à peu près à l’aise avec les logiciels de visioconférence. À elle seule, la plateforme Zoom compte près de 300 millions de participants par jour! On a tous nos rituels pré-visio, un coin de la maison préféré pour prendre ses appels, et des signes assez clairs pour faire comprendre aux gens avec qui on habite que l’on est «sur un call».
Si on organise des réunions en personne, dans une entreprise, c’est pour favoriser les échanges, et s’assurer que tout le monde soit sur la même page, ce qui est beaucoup plus simple lorsqu’on a la personne devant soi. On a donc assumé que Zoom serait capable de reproduire ce genre d’expérience. Du moins, mieux qu’un simple appel téléphonique.
Mais c’est pas toujours idéal. Il y a toujours un léger problème de connexion internet, quelqu’un qui a des problèmes avec soit l’audio, ou le vidéo. Et, la plupart du temps, un petit noyau de gens monopolise la conversation. Et de nouvelles études prouvent que c’est non seulement universel, c’est quasi-systématique.
«Nous avons découvert que la visioconférence peut en fait réduire l’intelligence collective.»
«Nos constats nous amènent à remettre en question la nécessité de la vidéo.»
Vu des études précédentes qui semblaient démontrer une corrélation entre la synchronie et l’intelligence collective, leur hypothèse était que la visioconférence devrait naturellement être plus bénéfique.
Soudainement, je me sens moins mal de souvent être la personne qui n’active pas sa caméra, lors de ces réunions ¯\_(ツ)_/¯.
Un groupe de chercheuses de l’université Carnegie Mellon, en Pennsylvanie, ont tenté de vérifier si la visioconférence était si bénéfique, en entreprise. Pour ce faire, elles ont pris un bassin de 198 participants, qu’elles ont séparé en 99 paires. 49 de ces duos ont pu communiquer par audio seulement, sans vidéo, alors que les 50 autres avaient des conversations par visioconférence. Pendant 30 minutes, les participants ont dû accomplir six tâches qui visaient à mettre à l’épreuve leur intelligence collective. Et les résultats les ont surprises!
«Nous avons découvert que la visioconférence peut en fait réduire l’intelligence collective», explique la professeure Anita Williams Woolley, qui a co-écrit l’étude. «C’est en partie parce qu’elle favorise une contribution moins égalitaire à la conversation, et perturbe la synchronie vocale. Notre étude souligne l’importance des signaux vocaux, qui sont compromis par l’accès à la vidéo.»
La synchronie, c’est quand deux signaux non verbaux s’alignent. Par exemple, lors d’une conversation, la façon naturelle qui fait en sorte que chacun sait lorsque c’est son tour de parler. Pour cette étude, les chercheuses se sont penchées sur deux types de synchronies: faciale et prosodique. Faciale, quand on peut déterminer certaines choses en regardant le visage de son interlocuteur, et prosodique lorsqu’on peut juger la situation d’après le rythme, le ton et l’intonation de son interlocuteur.
Si la synchronie faciale était possible, ça devient beaucoup plus difficile à gérer dans un grand groupe. Par contre, la synchronie prosodique augmentait l’intelligence collective, peu importe si les participants avaient accès à la vidéo ou non. Surtout, ils rapportent que la vidéo était une barrière à l’égalité au droit de parole, qui limite la synchronie prosodique et, de ce fait même, l’intelligence collective des paires. «Nos constats nous amènent à remettre en question la nécessité de la vidéo», concluent les chercheuses.
Mais ça ne veut pas pour autant dire que les visioconférences devraient être reléguées aux oubliettes et que les appels conférences téléphoniques vont reprendre le dessus. Après tout, Zoom permet de faire des présentations, de se segmenter en plus petits groupes, et même de jouer à des jeux. Mais, comme on devrait toujours se demander si une réunion pourrait simplement être un courriel, il vaut la peine de se demander si une visio ne pourrait pas être un coup de téléphone.