Lachine

Même si je suis techniquement né à Montréal, c’est à Lachine que j’ai (pas beaucoup) grandi, et même si j’ai passé les vingt premières années de ma vie à conspuer la maudite ride de bus qui me menait en ville (et autres désagréments banals de la vie de banlieue), je me surprends maintenant à trouver qu’elle est quand même chouette, ma ville.

Le slogan de Lachine a longtemps été La première banlieue. C’était avant les fusions, avant “l’arrondissement Lachine-Saint-Pierre”. C’est que Lachine a été la première ville à être fondée après Montréal, pour le commerce de la fourrure (quelque part vers 1660).

1- Lachine, ville schizophrène
Quand je dis que je viens de Lachine, à peu près une personne sur trois me demande où c’est (les deux autres font habituellement une joke plate sur le fait que j’ai pas l’air d’un Chinois.) Lachine, c’est la frontière entre Montréal et le West-Island. Le pont entre le Montréal français (ha!) et l’ouest de l’île ultra-anglophone (pensez Beaconsfield ou Baie d’Urfé). Du coup, il y a deux Lachines: le “haut” et le “bas”. Il faut savoir que personne ne s’est trop cassé la tête quand est venu le temps de nommer les rues: il y a cinquante-six avenues à Lachine, et chacune d’elle porte simplement un numéro (avec deux exceptions, l’avenue Georges-V qui est en fait l’avenue zéro, et la dix-huitième qui a changé de nom pour l’avenue Esther-Blondin).

La frontière est à la 32e. De zéro à 32, c’est francophone et traditionnellement ouvrier, alors qu’en haut de 32, c’est anglo et plus banlieusard. Des bungalows, des pelouses et des piscines hors-terre. J’avais même un voisin qui a un mât et un drapeau du Canada dans sa cour.

C’est comme ça que Lachine est à la fois une ville royaliste, turbo-fédéraliste et WASP, en même temps qu’une ville de péquistes fonctionnaires qui organisent des gros shows à la Saint-Jean.

2- Lachine, bouillonnante métropole culturelle (presque)

Je n’ai jamais très bien compris comment une ville de 42000 habitants pouvait se ramasser avec son propre festival de musique, sans même avoir d’attrait particulier (comme de la gibelotte, du cochon ou du fromage en crottes). Une semaine par année, c’était le party: Jean Leloup, les Colocs, RBO, Fred Fortin, Caféïne, enweille don. Plein air, gratis.

J’ai vu des christies de bons shows à Lachine. D’ailleurs, un des secrets les mieux gardés de la ville est la salle de spectacles de L’Entrepôt, où j’ai déjà vu Karkwa devant de 300 personnes. Fans de concerts intimes, pas besoin d’aller virer à Terrebonne pour voir Malajube dans une salle équivalant à 10% du Métropolis.

3- Dédé Fortin au pays des mannes
Parlant des concerts en plein air, une des particularités de Lachine est que le Lac Saint-Louis est à côté, donc qu’on a de la bibitte en masse. Je me souviens clairement de Dédé Fortin en plein show qui dit “On m’avait parlé des mannes à Lachine, mais je ne pensais pas que c’était aussi fou.” Quand c’est rendu que les artistes s’avertissent de la population d’insectes d’une ville, y’a quelque chose de marquant. Bref, si vous allez faire du vélo sur le bord du Lac Saint-Louis en été, mettez des lunettes de grâce, et pédalez la bouche fermée.

4- Qui dit “lac” dit “bord de l’eau”
D’ailleurs, un des plus grand features de Lachine est sa série de parcs sur le bord du Lac Saint-Louis, avec piste cyclable et une assez étonnante collection de sculptures d’art contemporain. C’est un beau parc, et ça devient même sérieusement bucolique, par bouttes. C’est aussi un des seuls endroits sur l’île de Montréal où on voit encore des gens en rollerblades.

5- Couper des arbres, contre le crime
L’autre gros parc de Lachine est ironiquement nommé le parc Lasalle. On parle ici d’un parc full-equip: terrains de baseball, piscine, terrains de pétanque, etc. Mais c’est aussi un peu le rendez-vous des thugs. On raconte beaucoup de choses sur le parc Lasalle, notamment que les arbres bas ont tous été clairés en faveur de bouleaux et autres arbres à branches hautes pour que les policiers puissent aisément voir, en un coup de flashlight, si des Jeunes Contrevenants sont en train de boire ou de, généralement, s’adonner à des plaisirs illicites. C’est assez surprenant de voir une “forêt” où y’a zéro branches en bas de 5 ou 6 pieds.

6- La Duff

Parlant de thugs, il existe à Lachine une genre d’enclave où les HLM sont entassés autour de la polyvalente, qui s’appelle Duff Court, ou plus communément “La Duff”. Pas à cause de la bière des Simpsons, mais à cause du nom d’un vieux maire de la ville. C’est la place où t’essaies de pas trop aller. Y’a vraiment rien là-bas. Mais il fallait que j’en parle, ne serait-ce que pour prévenir les éventuels visiteurs: stop. Au nord de la rue Provost, y’a rien.

7- La 191, l’autobus du démon
Quiconque a habité, habite ou même visite la splendide ville de Lachine passe presque obligatoirement par la 191 Broadway Provost. Une ligne d’autobus visiblement dessinée par le Diable en personne, qui passe aux 40 minutes la plupart du temps et qui prend une demi-heure pour se rendre n’importe où, à partir du métro Lionel-Groulx, en passant par le bord de la 20 où on peut admirer les usines de recyclage de papier d’un côté et les vieilles tracks de train de Turcot de l’autre. C’est possiblement la ligne de bus la plus moche, panoramiquement parlant, de l’île de Montréal, elle est longue et cahoteuse, et on l’attend pendant une éternité. De quoi rendre le plus écolo jaloux des automobilistes.

8- Ville Saint-Pierre, la mal-aimée
Lachine, juste avant les fusions de 2002, a absorbé une petite ville à côté, qui s’appelait Ville St-Pierre. (On disait toujours “Ville St-Pierre”, jamais “St-Pierre” tout court. Aucune idée pourquoi.) Le problème c’est qu’à part un Lafleur, une Belle Province et un stand de tir, y’a rien de bon à Ville St-Pierre. Ça va toujours rester une enclave à part, plutôt pauvre et plutôt laide. Mais bon. Au moins, ils ont un Lafleur.

9- Pour une vie nocture lachinoise
Il n’y a pas grand chose à faire à Lachine une fois la nuit tombée, à moins que les choses aient dramatiquement changé depuis mon départ. Quelques bars country sont d’un intérêt certain pour les fans / ironicofans de danse en ligne, quelques bars turbo-crades sont assez impressionnants pour faire revivre ousortir.com, mais la seule place qui marche vraiment est, sur la 32e avenue, la fameuse Brasserie 12, qui appartenait jadis à Yvan Cournoyer. Maintenant, la 12 est ce qui se rapproche le plus d’un resto-bar de région, avec une table d’hôte comprenant à la fois pizzaghetti et festival de scampis, et des soirées où on fait venir un DJ et un band de cover, pour que les gens du haut et du bas se crouzent. Toute une expérience.

10- Chercher les weirdos
Les villes de la semaine ont presque toutes leur portrait du personnage loufoque local. C’est peut-être que je ne me suis pas tenu dans les bons spots, mais je ne peux pas nommer un seul personnage particulièrement “classique” de Lachine… C’est dommage, il me semble qu’avoir une mascotte, ça aurait été pratique. Si vous en connaissez, parlez-en dans les commentaires, et j’irai essayer de prendre leur photo.

Lachine en images

Chu crissement sweet.

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