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La ville de la semaine  : La Sainte-Anne-de-la-Pérade de MC Gilles

On a demandé à l'animateur de nous révéler les secrets de son village.

Le village Sainte-Anne-de-la-Pérade, on en parle tous les ans à ce temps-ci de l’année parce que c’est la Capitale mondiale de la pêche aux p’tits poissons des chenaux depuis 80 ans. Mais à en croire l’un de ses plus célèbres habitants, l’animateur et chroniqueur MC Gilles, ce village d’un peu plus de 110 km2 est le deuxième Saint-Élie-de-Caxton!

Parce qu’il ne pourrait pas vivre seulement en ville ou seulement en campagne, MC Gilles (Dave-Éric Ouellet de son vrai nom) a élu domicile dans ce village en 2002. Depuis, il partage son temps entre Montréal, où il travaille à la télé et à la radio 1000  heures/semaine, et «la Pérade» où il collectionne des objets vintage, sable des planchers des années 1800 et regarde la rivière geler ou dégeler au fil des saisons.

URBANIA lui a demandé de nous raconter sa petite ville de 2068 habitants située entre Trois-Rivières et Québec et qui a célébré son 350e anniversaire en 2017.

D’abord, c’est situé où exactement?

C’est dans la région de la Mauricie, à l’embouchure de la rivière Sainte-Anne et du fleuve Saint-Laurent. C’est à 1 h 45 de Montréal, à 45 minutes de Québec et à 20 minutes de Trois-Rivières. Et même si on est en Mauricie, les numéros de téléphone sont dans 418 comme à Québec.

C’est quel genre de village?

C’est un village très âgé. On perd environ 200 personnes par recensement. Avant, il y avait une usine de chaises berçantes, une usine de tricot, une usine de biscuits qui a été rachetée par Leclerc. Aujourd’hui, il y a beaucoup de fermes, puis des gens qui travaillent à Trois-Rivières et même à Québec. C’est pas une municipalité riche. C’est un village relai sur la 40, mais là les deux bars ont fermé et la boulangerie aussi.

Pourquoi as-tu décidé de vivre là?

Je suis un gars de Québec et mes parents sont toujours là et ne rajeunissent pas. Je voulais être proche d’eux, et la Mauricie c’est pas trop cher. J’y ai acheté une maison il y a une quinzaine d’années parce que j’ai eu un bon deal. C’était l’ancienne banque du village jusqu’en 1929 et la maison tombait en ruine, mais moi j’y voyais du potentiel : une propriété au bord de l’eau pour une petite hypothèque, un terrain, un garage, pas trop de voisins. Pour moi c’était le jack-pot! Sauf que c’était la maison de Ti-bi Lanouette qui lui, ramassait des vidanges. Avant de rénover la maison, j’ai jeté 15 containers de cochonneries. (N.D.L.R. : PARDON?) Il y avait des divans empilés, des vieux morceaux de galerie… J’ai câlissé ça dans le feu et dans les poubelles.

Qu’est-ce que tu aimes le plus là-bas?

Le plus beau temps de l’année, c’est le poisson des chenaux. Visuellement, c’est impressionnant de voir un village se construire direct sur de la glace. Il y les cabanes, les chemins entre les cabanes, les gens qui pêchent et qui patinent sous les néons. C’est très cinématographique! Je trouve ça beau! C’est vraiment ma cabane au Canada. On a de la misère avec l’hiver, mais habille-toi pis va déhors!

Les gens sont comment?

Très l’fun! Tout le monde se connaît ; c’est un peu comme St-Élie-de-Caxton. On a Maurice qui s’occupe de la Société de l’Histoire. Il est aussi propriétaire de la quincaillerie. Les gens sont très fiers qu’on ait la seule église qu’on voit de la 40. Même si cette année une partie du toit s’est effoiré et qu’on a dû ramasser 50 000$. On a quelques problèmes de régions comme ça : on vient d’installer notre première lumière, on a récemment dû connecter tout le monde aux égouts, etc.

Mais c’est aussi le village qui a vu grandir Valérie Carpentier qui a gagné à La Voix. Elle a même une crème glacée à son nom à la crémerie de la Ferme Tournesol. J’ai hâte d’avoir la mienne!

As-tu eu du mal à te faire accepter dans ce petit village, vu que tu viens pas de là?

À Saint-Anne-de-la-Pérade, tout le monde est le «petit gars à quelqu’un». Donc moi je suis un étrange. Ça a pris un bon 10 ans à me faire accepter… pis je suis Blanc et je parle français! Au début, j’étais le gars de la ville qui débarquait. Je me suis fait défoncer ma maison, briser mes fenêtres. Mais là j’ai gagné de l’argent pour l’église, je me suis impliqué auprès de la Fondation Charles-Henri Lapointe qui est une association qui paye des études aux jeunes du village. J’ai fini par gagner leur confiance.

C’est qui le personnage incontournable du village… à part toi?

La personne qui faut rencontrer c’est Maurice Laganière. C’est le proprio de Laganière Rénovations. Lui, il connaît tout et tout le monde. Il a des photos de ma maison au début des années 1900 avec un soldat dedans. Il connaît l’âme des gens qui vivent et qui sont nés ici.

Sinon, il y a Lucien Bobanovits qui est déménagé de France. Il est antiquaire. Grâce à ses quatre enfants, on a sauvé l’école primaire qui allait fermer faute de jeunes.

Il y a quoi comme services à la Pérade beach?

Il y a une école primaire. Pour le secondaire, il faut aller à Trois-Rivières. Il y a une clinique, un dentiste, une pharmacie, deux banques, une épicerie, une quincaillerie. Mais on n’a pu de bar pour aller voir le hockey. On a un restaurant par exemple.

Il y a environ un peu plus 2000 habitants dans le village. Ça monte à combien de personnes pendant les poissons des chenaux?

Il y a environ 100 000 personnes qui passent chez nous entre le 26 décembre et le 14 février. Par contre, ça prend 30 cm de glace pour que les gens puissent venir à la pêche. Quand je suis arrivé il y a 15 ans, c’était arrivé une fois en 1975 que ça n’avait pas gelé pour les Fêtes. Depuis 15 ans, c’est arrivé cinq fois…

Et comment ça fonctionne si on veut aller à la pêche blanche?

Il y a deux chiffres disponibles : toute la journée (de 8 h à 18h) ou toute la nuit (de 18 h à 6h). C’est le seul plan d’eau au Québec qui est notarié. On doit avoir une entente pour avoir une cabane et il faut passer par L’Association des pourvoyeurs pour la louer. Il y a environ 500 cabanes. J’ai un infini respect pour les pourvoyeurs. Ils travaillent 24 heures par jour pendant cette période. Ils installent littéralement une ville, ils posent des fils électriques, font des rues, mettent des cabanes.

C’est laquelle la meilleure? Est-ce qu’il y a des trucs à savoir avant d’y aller en famille ou entre amis? Est-ce qu’il faut appeler Marcel à tel numéro? Se rendre avant telle heure?

Ce que plusieurs personnes ne savent pas, c’est que le prix peut être négocié. C’est normalement environ 30$ par adulte. La fin de semaine ça se négocie pas, mais la semaine oui. Sinon, pour choisir la cabane, on y va au feeling. Les pourvoyeurs ont des design, des dessins, des couleurs. C’est comme quand tu vas au motel : tu choisis selon le look. Et à l’intérieur, c’est propre et t’as pas frette.

Mais la plupart des gens n’y vont pas pour la pêche. Le plus l’fun c’est d’être en groupe. ET pour que les enfants aient un contact avec ce qu’on mange. C’est typiquement une des places pour prendre sa première brosse en Mauricie, mais on essaie de casser cette image-là et de montrer que c’est aussi pour les familles.

Et quand tu pêches, tu peux manger le poisson. Beaucoup de monde le pêche et le lance au bout des bras. Au moins remets-le dans l’eau! C’est pas un poisson grandiose, mais c’est bon.Les Asiatiques les adorent et sont nombreux à venir pêcher. Il y aussi Moisson Mauricie qui ramasse les poissons et fait de la soupe pour nourrir les gens.

Quels sont les autres attraits du village à part la pêche blanche?

Voici mes coups de cœur :

  • – il faut manger du fromage de la Fromagerie F.X. Pichet, dont le Baluchon qui a gagné des prix
  • – il faut passer par la Ferme Tournesol pour les fraises et la boisson alcoolisée à base de petits fruits

– la Pizzeria du Roy fait de la vraiment bonne pizza de région qui a un pouce de garniture dessus

  • – c’est pas à Sainte-Anne-de-la-Pérade, mais dans le village voisin, à Saint-Casimir, il y a la meilleure bière de microbrasserie.

Tu viens d’ouvrir un magasin de souvenirs dans ton village. Pourquoi?

Ça fait longtemps que mon rêve était d’avoir un magasin général dans le village. Il y a des autobus de touristes qui arrêtent pour voir l’église et des milliers de pêcheurs, mais il n’y a aucune place pour acheter des souvenirs. Comme il n’y a rien de plus épais que de ne pas réaliser ses rêves, j’ai ouvert le magasin avec un de mes chums.

Tu vends quoi? Où as-tu pris ton stock?

Un mélange de choses trouvées dans des bazars, de nouvelles affaires, des chemises à moi, des cassettes, des toutous. J’ai acheté un vrai comptoir de magasin général, je vends des bonbons à l’unité. Pas des vrais vieux bonbons comme certains me le demandent… Il y a une table de pool, une de baby foot. C’est sans prétention. Il y a quelque chose du film Gaz Bar Blues. Moi je suis un jaseux (N.D.L.R. Je le confirme). J’aime ça rencontrer Madame chose. J’aime ça avoir un lieu pour que le monde s’arrête jaser et partager des affaires avec le monde. Je m’assois dans ma chaise berçante pis je suis ben heureux!

Es-tu présent au magasin?

Oui, 50% du temps. L’autre jour, il y a une madame qui voulait prendre une photo avec moi et elle se sentait mal! Ben non, madame ! À Sainte-Anne-de-la-Pérade, c’est pas de même! Ici, je barre mes portes pas parce que j’ai peur de me faire voler… mais parce que les gens rentrent n’importe quand pour venir prendre une bière.

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