La ville de la semaine : Kamouraska

Je suis né à Charlesbourg, sur la 57e. J’ai passé mon adolescence à Saint-Romuald, maintenant un arrondissement de Lévis. Mes étés, par contre, c’était Kamouraska. Mes grands-parents habitaient le coin et mes aïeux y ont planté des pieux. Ce qui explique que mes pores de peau s’ouvrent comme les pétales d’une fleur quand j’y mets les pieds, j’pense. En effet : Kamou, c’est che’nous.

SORTIE 465

Kamouraska, c’est 700 habitants à mi-chemin entre La Pocatière et Rivière-du-Loup. Tu pognes la sortie 465 de la 20 pis tu tournes à gauche si t’arrives de Montréal ou Québec. Vers le fleuve, genre. Y’a Joseph Bouchette, un arpenteur, qui a un jour dit que Kamou est “célèbre pour son climat sain”. Pis y’avait ben raison, l’bonhomme : quand tu vas à Kamou, tu fais l’plein de ton bucket de “crisse qu’on est ben”. C’est tellement beau qu’en 2009, Kamouraska fut un choix de première ronde de l’Association des plus beaux villages du Québec. On a été repêché tôt parce qu’on avait échangé du homard pour monter de spot.

Là, j’imagine que tu veux connaître l’histoire du village un brin, hein?

TON GPS VIRE PAS FOU

Ben imagine-toi donc qu’au début, le village s’appelait Saint-Louis-de-Kamouraska. Pour que’cé faire, “Saint-Louis”? Paraîtrait que ça vient de Louis-Joseph Morel, fils de Olivier Morel, qui était le premier seigneur (ou saigneur si vous êtes friands de jokes déplacées sur l’histoire des Premières nations) de Kamouraska. Là, vous vous dites certainement “mais Jérôme, pourquoi est-ce que j’m’en câlisserais pas”?

Parce que la 132 devient l’Avenue Morel quand t’arrives à Kamouraska. Ben oui, ça vient de là. Faque quand tu passeras dans l’village, au lieu d’engueuler ton GPS en criant, tu pourras te dire “ah, voilà, nous sommes sur la bonne voie” et ainsi garder ton calme.

C’EST DONC BEN UN NOM BIZARRE

Qu’entends-je? Est-ce toi qui dis “Ben voyons, c’est donc ben un nom à coucher douwors, Kamouraska”? C’est vrai que ça sonne un peu plus exotique que Saint-Bruno. C’est la traduction algonquine pour “Il y a du jonc au bord de l’eau”.

Parce que du jonc, à Kamouraska, y’en a en ti-pépère. D’ailleurs, quand tu vas sortir de ton char climatisé, y’a ben des chances que tu dises que ça sent l’air salin. Ça, tu vois, c’est l’odeur que j’associe personnellement à mes grands-parents : tsé, l’odeur sécurisante de Mamie qui te protège? Ben chaque fois que j’ai senti ça, c’est parce que j’arrivais à’meuzon pis que mon système digestif criait sa satisfaction de savoir qu’on allait manger des cretons toute la semaine.

Kamouraska, donc.

IL Y A ANGUILLE SOUS RUSH

Les principaux revenus du village viennent du tourisme et de l’agriculture. “De la pêche aussi”, diras-tu certainement en étant certain de ta shot après avoir lu ça dans une vieille publication. Ben de moins en moins, figure-toi donc. L’affaire, c’est qu’en construisant le barrage de Beauharnois sur le fleuve, la population d’anguille de Kamouraska a pris une méchante débarque. C’qui fait que le revenu médian des habitants du village est d’environ 22 000 $ annuellement. Ou, en langage clair : tu vas pas chier loin avec ça pis tu rushes à chaque fin de mois.

Faque pas besoin de te dire que bien des maisons ont été rachetées par du monde de Montréal ou de Québec qui viennent y passer l’été pour avoir la paix. Sauf que vous me voyez venir : l’hiver, y s’passe rien. La cabane à patates frites de chez Mamie (pas ma grand-mère, c’est le nom de la cabane pour vrai) est fermée. La poissonnerie Lauzier est fermée. Pas mal toutes les shops sont fermées sauf les restaurants qui tournent au ralenti pis la savonnerie du quai des Bulles. En passant, si tu te cherches du savon qui sent bon pis qui te donne pas des plaques de réactions allergiques, ces savons-là sont ben bloods.

MAUDIT SAINT-PASCAL

Bon, un peu d’histoire.

Savais-tu qu’en 1759, les Britanniques ont envahi l’village? Ben pas juste le village : toute la Côte-du-Sud jusqu’à Cap-Saint-Ignace. Ben oui, toué’chose : ces gentils monsieurs ont brûlé toutes les maisons, tous les bateaux pis tous les navires français sur environ 200 kilomètres de leur air suffisant. Pis ils sont partis avec les récoltes. Du bon monde, pour vrai.

En 1785, quand tout le monde s’est calmé, Pascal Taché est devenu le seigneur de Kamouraska. Lui, c’était un p’tit vite. Y’était doué avec les chiffres pis il a vraiment créé un essor économique dans la région. Son fils, par’zempe, était pas ben ben vite. Non, il s’est fait assassiner par sa femme et son amant, le Dr Georges Holmes. Là, tu dois te dire “m’semble j’ai déjà vu ça quelque part”. Si je te dis Anne Hébert, t’allumes-tu? Ben oui! C’est la base du roman Kamouraska de Mme Hébert.

En 1827, la paroisse de Saint-Pascal est fondée à même la seigneurie, au sud. Saint-Pascal existe toujours, d’ailleurs. Tsé, plus tôt, j’t’ai dit de tourner à gauche en sortant de la 20? Ben si tu tournes à droite, t’arrives à Saint-Pascal. C’est là que Jean-Michel Anctil pis la comédienne Ève Landry sont né-e-s, by the way. D’ailleurs, la main de Saint-Pascal s’appelle la rue Taché. C’est malade, han?

Mais bon, on les haït, Saint-Pascal, faque on en parlera pas plus. #GuéguerreDeClochers.

En 1849, Kamouraska, c’était ZE place dans le Bas du Fleuve. Le gouvernement y a même établi un palais de justice qui desservait TOUT LE MONDE allant de La Pocatière juuuuuuuuusqu’à Matane. Ça en fait, du monde, ça. Aujourd’hui, le Palais de Justice, c’t’un musée…

Pis c’est là qu’j’suis obligé de reparler de Saint-Pascal même si j’ai dit que je le ferais pus. Parce que les zasties ont eu le chemin de fer pis pas nouzôtes. C’qui fait que Saint-Pascal a comme explosé pis Kamouraska disait : “Salut…on peut-tu être votre ami?”. Pis là, Saint-Pascal a répondu : “NON!, allez chier!”. Pis on a séché pas mal. On a même perdu notre Palais de Justice au profit de Rivière-du-Loup pis le député s’est installé à Saint-Pascal.

Fait chier, Saint-Pascal. Sérieux. Un moment donné, la 20 est passée là en séparant Kamou pis Saint-Pascal. Pis y’a pus personne qui venait chez nous. Faque depuis c’temps-là, on tripe comme des malades quand l’curé automatise les cloches de l’Église ou bedon quand on rénove le quai Miller qui te permet de r’nifler d’l’air salin.

LA CLISSE DE PAIX

Mais sais-tu quoi? C’est ben correct de même. Kamou, c’est le genre d’endroits qui te fait dire que rien ne peut t’arriver à ce moment précis. Tu te tires une bûche sur le bord du fleuve, tu regardes l’Archipel, pis tu relaxes. Kamouraska, c’est le plaisir de répondre à ton collègue de travail qui amène ses enfants à Disney World que t’as rien fait de tes vacances pis que c’est les meilleures vacances que t’as jamais eu.

Par-dessus tout, Kamou, c’est 700 personnes ben fières de faire un pied de nez à la ville en se procurant la clisse de paix.

Maudit que c’est beau, che’nous.

Pour lire un autre reportage Ville de la semaine : Sherbrooke par Véronique Grenier.

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