La société du gala

J’aime les galas! Je suis pas tout seul. S’il y a une chose au Québec qui marche mieux que les humoristes, les quiz et les textes d’opinion, c’est bien les galas.

J’aime voir nos stars, j’ai l’impression de regarder des amis.

Parce qu’ici traditionnellement nos célébrités ne sont pas mystérieuses, elles sont comme tout le monde. Suffit de se promener un peu sur le Plateau pour quotidiennement croiser Jean Leloup… à tous les freaking coins de rue. Tu le dépasses pis y’est déjà rendu au prochain! Comment est-ce qu’il se déplace? Sûrement qu’il court de côté comme un crabe. À moins qu’ils soient plusieurs.

C’est même déjà arrivé que Jean Leloup tout excité me demande de le prendre en photo avec Daniel Bélanger qu’il venait de voir à l’épicerie. On se croise tellement souvent que Jean ME reconnait sur la rue. Des fois je me demande s’il me suit le criss!

En 2003, j’ai jeté de la monnaie dans le verre d’un sans-abri avant d’entendre “plouf” et de réaliser que j’avais sacré 75¢ dans le café de Pierre Falardeau (y’a été très compréhensif, y m’a même crédité au générique d’Elvis Gratton XXX comme producteur indépendant).

Sont accessibles, mais un peu moins dernièrement, parce qu’après 19h sont souvent dans des galas. On en a beaucoup au Québec, répartis sur de plus en plus de soirs, c’est pour être certain de couvrir tous les domaines artistiques possibles comme la musique, le cinéma, la télévision et l’humour.

On a besoin de beaucoup de galas parce qu’on est un peuple très créatif!

La preuve? As-tu vu la quantité de galas qu’on a et le nombre de nommés pour chacun? L’abondance de trophées, c’est l’indicateur direct que notre culture est florissante.

Et c’est des cérémonies qui stimulent la créativité, c’est pas pour rien que le Siècle des Lumières a été une période culturellement moribonde, même pas de galas!

En plus, les galas nous font surmonter notre complexe d’infériorité au Québec, notre attitude “Nés pour un petit pain”.

Pour une fois, on se prend en main, on fait les choses en grand, à l’américaine. On fait des galas, où on remet des prix… à ceux qui font les meilleurs petits pains de toute la nation.

Comme j’aime quand mes célébrités sont heureuses, les Gémeaux c’est mon gala préféré. C’est la cérémonie du bonheur. Tout le monde est content, tout le monde sourit à Fabienne. Ça pleut des nominations. On dirait presque que c’est Oprah qui anime, que tout le monde a un trophée en dessous de sa chaise.

J’aime voir mes célébrités avec le regard fier de quelqu’un qui vient de recevoir un prix de participation, c’est adorable, y’ont l’air d’une équipe de soccer pee-wee. On a envie de tous les emmener manger de la pizz pour saluer leur effort.

Mais certaines personnes se plaignent que les galas sont ennuyants, que c’est seulement des cérémonies qui célèbrent l’art québécois, ben ça fait longtemps qu’ils en ont pas regardé un! Les galas, c’est un divertissement en soi. C’est une oeuvre télévisuelle, les critiques télé les commentent: 3 étoiles et demie pour l’ADISQ 2015. La célébration de la culture, c’est secondaire. On produit nos galas avec le même souci du divertissement que tout ce qui comble le temps d’antenne entre deux pubs de chars.

Mon seul problème avec la quantité de galas au Québec, c’est que j’ai pas le temps de tous les regarder! Il nous faudrait un métagala, qui résume les moments forts de la saison des galas. Un gala où on remet des prix aux meilleurs galas, le Québec qui félicite le Québec d’avoir récompensé le Québec.

J’imagine déjà le trophée: une statuette de René Lévesque en train de se crosser.

Pour lire un texte sur le gala des Olivier: Bukkake sur Olivier Guimond de Fred Dubé. 

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