.jpg.webp)
La dernière année en fut une de réalisations et d’accomplissements pour l’artiste hip-hop et conférencier Webster. Deux livres, un album et même une exposition au Musée national des beaux-arts de Québec, voilà, entre autres, ce qui a occupé l’année du rappeur de Limoilou.
« J’ai travaillé sur l’album et les deux livres durant les quatre ou cinq dernières années. C’est la même chose pour l’exposition Fugitifs!. Ce sont plusieurs années de travail qui ont porté fruit en 2019 et je suis très content! »
Après une année fructueuse, Webster a pris quelques instants de sa journée pour discuter avec nous de travail, de passion et de diversité.
La frontière entre mes boulots et ma vie est quasi inexistante. D’ailleurs, je crois que le travail autonome c’est beaucoup ça, surtout lorsqu’on est passionné par ce qu’on fait. Reste que j’ai la chance d’avoir une copine et une belle-fille qui, elles, me « ramènent souvent à l’ordre »! Avant que je sois dans une relation sérieuse tout ce que je faisais, c’était travailler, puis à un moment donné j’étais comme : « Faut que je prenne au moins une journée dans la semaine pour ne rien faire! ».
C’est ça l’affaire, c’est que j’aime ce que je fais et je suis motivé! Je peux travailler de sept ou huit heures le matin jusqu’à minuit, mais avec la situation familiale ça m’oblige à ne pas le faire. Je peux juste pas passer toute la journée au bureau et ne pas faire le souper et ne pas passer du temps avec les gens que j’aime, t’sais! Cette famille me permet d’avoir un meilleur équilibre.
Il y en a plusieurs, mais d’avoir pu faire le tour du monde avec la musique c’est quelque chose qui me rend très fier. Il y a juste l’Océanie où je ne suis pas allé. Il y a plus d’un pays où je suis le premier rappeur québécois à y avoir déposé des rimes, t’sais. C’est une grande fierté! Autrement, d’avoir pu naviguer entre les différentes strates de la société, c’est quelque chose de particulier aussi. J’en parle dans l’un de mes livres d’ailleurs, mais d’avoir pu souper chez un ambassadeur puis d’être dans le Bronx deux jours plus tard, c’est particulier.
J’ai transformé une feuille de papier et de l’encre en billets d’avion puis en voyage à travers le monde.
Je faisais un show à Katmandou il y a deux mois et je leur ai parlé du concept de l’alchimie. De transformer le plomb en or, ben, c’est ce que je sens que j’ai fait. J’ai transformé une feuille de papier et de l’encre en billets d’avion puis en voyage à travers le monde. Tout ça me rend particulièrement fier, surtout que j’ai commencé à faire du rap à 15 ans avec littéralement une feuille puis un crayon, c’est tout.
Non, ça ne me stresse pas. Ce que je me dis toujours, c’est que quand tu bosses, il y a toujours quelque chose qui revient. Donc, si je me concentre à faire mon boulot, et que je le fais bien, au meilleur de mes connaissances, de mon intégrité et de mon authenticité, il y aura quelque chose au bout de la ligne. Et souvent, les gens ne font que se concentrer sur ce qu’il y a au bout de la ligne au lieu de se concentrer sur ce qu’il y a à faire justement.
C’est cette flamme, cette passion qui va te faire passer au travers.
La constitution d’un patrimoine, même d’un point de vue militant, c’est quelque chose qui te permet de mieux te positionner.
Oui. Tout simplement parce qu’on n’a pas le choix. J’aime mieux dire oui et garder cet espoir-là que de dire non et de me décourager!
Je dirais que l’important c’est de bosser, d’y aller et de le faire pour construire ce qu’ils ont à faire. Et plus important encore, c’est qu’ils fassent ce à quoi ils aspirent parce qu’ils aiment le faire! Si on le fait pour l’argent, on n’est jamais assez bien payé. Si on le fait pour être connu, on n’est jamais assez connu. Mais si on le fait parce qu’on aime le faire à la base, c’est ça qui, dans les temps difficiles, nous fait passer au travers.
Parce que t’sais, ce ne sera jamais une ligne droite et ascendante. Ce sont des hauts et des bas et parfois les bas sont fucking bas, t’sais! Quand t’es dans un creux et que tu ne fais pas d’argent ou t’es pas connu ou pas assez près de ce que tu cherches atteindre, la route pour remonter la pente risque d’être longue et ardue. Mais quand t’aimes ce que tu fais et que t’es passionné et que tu te retrouves dans le trou, tout seul, lorsque tu vas écrire par exemple, tu vas quand même aimer ça. C’est cette flamme, cette passion qui va te faire passer au travers. Parce que t’aimes le faire outre que pour des considérations qui sont plutôt matérielles ou superficielles.
Je lui dirais de commencer à stacker plus tôt! C’est drôle parce que c’est le genre de questions que j’aborde avec mes amis. T’sais, lorsqu’on était jeunes, au cégep, à l’université puis au début de la vingtaine, en mode extrachillage, on se moquait des gens qui partaient vivre la vie de famille bien rangée en allant bosser et en s’achetant une maison immédiatement après l’école. Ben, eux autres, rendus à 40 ans, leur maison est payée! Ou sont sur le bord de la payer. C’est le genre de considération que j’avais pas à l’époque. Aujourd’hui, ça me fait réfléchir! La constitution d’un patrimoine, même d’un point de vue militant, c’est quelque chose qui te permet de mieux te positionner et de pas juste engraisser quelqu’un d’autre et ça, c’est quelque chose que j’aurais aimé réaliser plus jeune! T’sais, de commencer à réfléchir à l’achat d’une propriété un peu plus tôt, même si je ne pouvais pas me le permettre, m’aurait peut-être aidé! De l’avoir plus près en tête, tu vois. Pour te donner une idée, j’ai acheté ma première propriété cette année.
D’un point de vue historique, si tu regardes aux États-Unis, la grande disparité économique entre les populations blanches et les populations noires vient entre autres de la propriété. Parce qu’avec la population blanche, c’est un patrimoine qui se transmet depuis longtemps. Tandis qu’avec la population noire et l’esclavage et puis la ségrégation, avec les programmes qui empêchaient les communautés d’accéder à la propriété, le patrimoine était quasi inexistant. Lorsque cette population aspirait à la propriété, eh bien, on l’a vu, ça pouvait créer ce qu’on a appelé le white flight. Les communautés blanches eurodescendantes situées autour quittaient les quartiers, tout simplement. Et donc, d’un point de vue très militant, même si le contexte au Canada n’est pas le même, juste le fait d’établir et de construire un patrimoine, c’est une notion que j’aurais aimé comprendre plus tôt, question de briser plus tôt cette roue qui tourne afin d’ensuite pouvoir transmettre ce patrimoine.