La question à 100 $ : combien vaut la garde-robe de Mado ?

Mado Lamotte n’est pas au cash, c’tu clair ?

La diva montréalaise, qui a sa propre statue de cire au musée Grévin, n’a plus besoin de présentation. Après plus de 30 ans de carrière, Luc Provost a su élever Mado Lamotte au niveau de pionnière de sa profession au Québec. 

Avec un cabaret et maintenant un resto, la drag-queen la plus populaire de la province n’a pas chômé au cours des dernières années. 

Le feu sacré qui alimente Mado Lamotte n’est pas près de s’éteindre. 

Enchaînant les opportunités d’affaires autant à l’extérieur de Montréal qu’à l’extérieur de la province, le feu sacré qui alimente Mado Lamotte n’est pas près de s’éteindre. 

Alors que Fierté Montréal bat son plein, Luc Provost nous a accordé quelques minutes afin d’entrer avec lui dans l’univers de la grande dame Lamotte, question de parler de business, de cash et de fringues. 

Quel était votre toute première job?

Ma vraie première job, c’était à La Ronde. Je travaillais dans un resto BBQ (qui ne s’appelait pas Saint-Hubert). J’étais bussboy et serveur de patates. T’sais, c’était l’fun d’être à La Ronde alors que j’avais 16 ans. 

Combien avez-vous été payé à votre première gig de drag? 

Ha. Ça devait être probablement gratuit… Mais pour vrai, on était deux, on s’appelait les soeurs Lamotte et puis on se partageait 75 piasses à deux, donc 37 dollars et 50 sous chaque. On avait aussi bar open, donc t’sais, c’était pas si pire. On buvait pour 100$ dans notre soirée et dans le temps, la bière était deux piasses… Tu peux t’imaginer!

Vous souvenez-vous du moment où vous avez eu le déclic que vous vouliez en faire votre métier?

En fait j’ai fait l’école de théâtre, puis un soir, j’ai participé à une soirée qui s’appelait Les femmes d’affaires du Québec, dans un bar qui s’appelait Le Poodle. Tout le monde se déguisait en femme d’affaires le temps d’une soirée, c’était super drôle. Et c’est lors de cette soirée que j’ai eu le flash : « Hey, on pourrait faire des shows arrangés de même nous autres! » On avait ben du fun et ça recoupait mon désir, mon besoin de faire du théâtre.

Pourquoi après plus de 30 ans de carrière, vous devez encore justifier qu’être drag-queen, c’est un métier? 

Pfff… je me pose la même question! Je pense que pour plusieurs personnes, c’est un métier imaginaire qui n’apparaît pas dans le bottin de l’Union des Artistes comme étant réellement une job d’artiste. 

Le métier de drag-queen a toujours été associé au bar et à la nuit donc à la frivolité et au manque de sérieux.

Depuis que j’suis jeune, on m’a continuellement répété : « À la frontière, dis pas que tu travailles dans un bar, tu vas te faire refuser le passage. » Malheureusement, c’est encore comme ça! Le métier de drag-queen a toujours été associé au bar et à la nuit donc à la frivolité et au manque de sérieux. C’est tout ce que ça prend pour que plusieurs personnes ne considèrent pas ça comme une vraie job. 

Une carrière, un cabaret et un resto. Est-ce que Mado Lamotte a toujours été une businesswoman? 

Jamais haha! J’ai passé ma vie à dire que je ne ferais jamais plus que ce je fais dans les bars, durant mes spectacles. En gros, juste avoir du fun et ne pas me casser la tête avec de l’administration. Je ne me suis jamais cassé la tête, en fait. Mado travaille, moi je ne travaille pas. J’ai des bons associés qui travaillent pour moi pour tout ce qui touche à l’administration.

J’suis un concepteur, un idéateur, tout ce qui tourne autour de l’art, mais les chiffres, ça ne m’intéresse pas. Je n’aime pas les responsabilités qui viennent avec le fait de gérer des employés, de gérer des chiffres. Donc, je ne pense pas que je suis businesswoman, je suis vraiment plus « artistewoman ». Toutefois, il y a certainement un petit côté de Luc qui fait que toutes ces business fonctionnent parce que je m’intéresse quand même à tout ce que je fais! 

Selon vous, est-ce que les drag-queens sont rémunérées à leur juste valeur?

Dans mon métier et dans le milieu où je travaille, ben c’est moi qui me paye, alors ça va! Par contre, j’ai dû faire monter les barèmes de base pour l’artiste drag-queen quand je me suis mis à voyager. J’ai mis mon pied à terre. Quand je vois des artistes faire des 45 minutes dans des événements corporatifs pour 15 000$, ça me dépasse un peu. Moi qui demandais 500$ pour le même temps, j’étais complètement à côté de la track! Et sachant qu’on considère qu’on fait un travail aussi difficile que n’importe quel autre artiste, on a le droit de vouloir être rémunérés à notre juste valeur. 

Maintenant, je te dirais que ça va mieux, mais c’est sûr que dans les bars de drag-queens, les artistes ne sont jamais assez payées. Parce que t’sais, quand tu gagnes 100$ pour faire 3-4 tounes, c’est sûr qu’elles peuvent penser que ça vaut la peine, mais non. Tu passes quatre heures dans le bar, plus le temps que tu consacres pour ta préparation, plus le coût des costumes, du maquillage et j’en passe, un montant de 100$, je n’appelle pas ça une opportunité payante.

Une drag-queen qui sort de RuPaul’s Drag Race peut facilement demander 2000$ pour une seule toune le lendemain de sa victoire.

Maintenant que je suis un peu plus connu, je peux demander quelque chose qui correspond à mon talent. Bon, c’est sûr que ce n’est pas comparable à certains endroits, comme aux États-Unis! Une drag-queen qui sort de RuPaul’s Drag Race peut facilement demander 2000$ pour une seule toune le lendemain de sa victoire. Je peux t’assurer qu’en 30 ans de carrière, il n’y a pas une drag-queen au Québec qui peut se faire offrir ce genre d’opportunité.

D’ailleurs, ce ne sera jamais le cas, je pense. 

Quel genre de conseils financiers donneriez-vous aux artistes qui commencent dans le domaine?

Ah, je leur dis toujours la même chose! « Stockez, les filles! Stockez! » Parce qu’on ne sait jamais pour combien de temps notre aventure dans le domaine va durer. Souvent le problème, c’est que les drag-queens sont payées cash. Mais là l’affaire, à la fin de la soirée, tu ne rentres pas directement chez toi et tu finis par boire la moitié de ton salaire. C’est la pire chose à faire.

« Stockez, les filles! Stockez! »

Le truc : « Essaie de te faire payer en chèque! » Pas de risque de le flamber après ta performance! Alors, STOCKEZ, STOCKEZ, STOCKEZ! C’est ce que j’ai fait depuis le début, à coup de 20 piasses, de 100 piasses, etc. Ça l’air de rien, mais après 10 ans tu réalises que tu as accumulé autour de 10 000$ dans ton compte. Voilà, c’est la vieille méthode des grands-mères. 

Mettons que votre statue de cire du Musée Grévin vous appartenait et qu’elle était mise aux enchères. Quel est le prix auquel vous seriez prêt à la laisser partir?

Oh mon dieu, on es-tu obligée de la laisser partir? En fait, je m’en fous un peu. Je ne la voudrais même pas! Même moi, je ne l’achèterais pas. Je ne veux pas me lever le matin et voir une face de Mado sur un poster. Imagine une statue!

Non. Chez moi, il y a strictement rien de relié à Mado. Les gens ne savent même pas que je fais ce métier-là. Mais, mettons là, je demanderais un bon 100 000$ pour. Autrement, je pourrais la faire fondre et faire une coupe de piasses avec les chandelles que je pourrais faire avec! 

L’amour inconditionnel d’un public fidèle pour le restant de vos jours ou le salaire que vous voulez pour le restant de tes jours?

Ahh, j’ai assez d’argent en banque, moi je peux vivre avec 20 piasses dans mes poches alors c’est définitivement l’amour inconditionnel du public jusqu’à la fin. Pour un artiste, tu peux pas dire que tu fais un show, mais qu’il y ait personne! Ou de faire un show, mais que personne dans la salle m’aime? Ça sert à quoi d’être riche? Ouais vraiment. C’est une réponse très straight, mais qu’est-ce que tu veux… J’SUIS PAS AU CASH! 

Et la question à 100$ : combien vaut la garde-robe de Mado? 

Oh boy! On va faire un chiffre rond, j’ai à peu près 500 costumes et si on compte les perruques, les bijoux, les souliers… ça doit tourner entre 50 000 et 100 000 dollars au moins!

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