La part de l’artiste : qui reçoit quoi quand une oeuvre se vend 1.5 millions aux enchères ?

On a décrypté les rouages d'une vente aux enchères.

Le 5 octobre dernier, le célèbre artiste visuel connu sous le pseudonyme Banksy a fait parler de lui à travers le monde lorsqu’il a autodétruit une de ses oeuvres lors d’une vente aux enchères. Amateurs d’art des quatre coins de la planète se sont demandé: « Mais pourquoi? Quel message veut-il lancer »?

Il faut dire que le stunt va bien avec la personnalité de revendicatrice de l’artiste. Mais Banksy a raté son coup, ou du moins c’est ce qu’il a avoué. Difficile de distinguer le vrai du faux puisqu’il aime bien jouer des tours.

Afin de m’aider à démêler tout ça et comprendre les vrais enjeux de l’histoire, je me suis entretenue avec Christine Bernier, Professeure d’histoire de l’art et directrice du programme de muséologie de l’Université de Montréal. Cette dernière a très aimablement accepté de me donner un cours 101 sur le sujet. Je cherchais à comprendre quelles sont les différences entre une ventes aux enchères, une vente en galerie, qui fait de l’argent sur quoi, comment et combien? Pour les initiés, ces questions semblent évidentes, mais pour le commun des mortels c’est à n’y rien comprendre.

Marché de l’art 101

Il y a plusieurs façons d’acquérir une oeuvre, la principale étant via une galerie d’art. Ces galeries fonctionnent comme des agents d’artistes, c’est à dire qu’ils se chargent du volet promotion et reçoivent un pourcentage préétabli avec l’artiste sur les ventes.  « Au Québec, c’est divisé 50-50 la plupart du temps. Les grandes galeries comme Gagosian à New-York peuvent prendre des plus gros pourcentage parce que c’est prestigieux », m’explique Mme. Bernier.

Le marché secondaire quant à lui désigne « les oeuvres qui ont été achetées par un collectionneur et qui sont vendues soit aux  enchères, à un musée ou à une galerie ». Les ventes aux enchères ne vendent que très rarement des oeuvres pour la première fois.

«Le principal moyen pour se procurer des oeuvres, c’est la visite des galeries. Les néophytes peuvent être encadrés par l’Association des galeries d’art contemporain. Quand on est débutant, c’est notre référence.»

Si vous avez l’intention d’investir dans l’art, il existe de bonnes ressources pour s’y initier prudemment. Parce que oui, c’est très complexe. « Le principal moyen pour se procurer des oeuvres, c’est la visite des galeries. Les néophytes peuvent être encadrés par l’Association des galeries d’art contemporain. Quand on est débutant, c’est notre référence. Il y a plusieurs ressources pour être guidé et les musées offrent de l’aide aussi », affirme l’experte.

L’affaire Banksy

Quelques jours après la vente de Little Girl with Balloon plusieurs médias rapportaient que l’acheteur avait fait un bon coup. Pourquoi? Parce que l’artiste a créé, intentionnellement ou pas, une toute nouvelle oeuvre ce soir-là. « Elle a augmenté de valeur, c’est certain, explique Mme. Bernier. Au départ, c’est une oeuvre en série; il la faisait sur les murs et il a commencé à la reproduire sur papier. Il en existe des centaines et des centaines. Mais là, c’est devenu une oeuvre unique. Certains disaient que Banksy a fait ça pour punir le collectionneur-spéculateur (ceux qui font de l’argent et qui ne tiennent pas vraiment à l’oeuvre acquise) ». Banksy est un peu l’arroseur arrosé dans ce scénario.

La part de l’artiste

Dans le cas d’un artiste contemporain vivant, le pourcentage obtenus des ventes dépend aussi du pays dans lequel l’oeuvre se trouve. Au Canada, lors d’une vente aux enchères, l’artiste ne touche aucun pourcentage sur la vente puisque l’oeuvre ne lui appartient plus. « Il s’agit d’un droit de suite et ça n’existe pas ici. Par contre, en France et dans plusieurs pays Européens, l’artiste touche un pourcentage. Aux États-Unis ça n’existe pas sauf en Californie », affirme Christine Bernier.

Au Canada, lors d’une vente aux enchères, l’artiste ne touche aucun pourcentage sur la vente puisque l’oeuvre ne lui appartient plus.

Quel est donc l’avantage de voir son oeuvre vendue pour des dizaines de milliers de dollars aux enchères? « Si une oeuvre se vend 1 million, l’avantage pour l’artiste c’est que ça fait monter sa cote et donc la valeur de tout son travail », me dit Mme. Bernier.

Quand « avoir la cote » compte beaucoup

Il y a 10 ans, l’artiste Damien Hirst a décidé de transgressé les règles du marché et de mettre lui même ses oeuvres aux enchères. Alors que tout le monde pensait que ça allait être un fiasco, tout s’est vendu à prix fort acceptable. « Les mauvaises langues disent que Gagosian a fait acheter les oeuvres pour ne pas que la cote de l’artiste baisse, dit Christine. Parce qu’il ne faut pas que la cote de l’artiste baisse. Le plus beau profil c’est d’aller toujours en montant. L’idée est que mieux vaut une croissance lente qu’une croissance rapide suivie d’un plateau. Ce n’est pas arbitraire, les galeries surveillent ça. Il ne faut pas qu’une oeuvre qui vaut 1000 se vende à 50$ ni à 50 000$ pour que croissance de la cote de l’artiste soit régulière. »

L’oeuvre la plus chère au monde en ce moment est Salvator Mundi de Léonard De Vinci. La peinture s’est vendue pour « autour de 400 millions de dollars alors que personne n’est certain que c’est une oeuvre authentique de De Vinci ». Comme quoi il y a un côté extrêmement structuré et défini au marché de l’art mais qu’il reste tout de même beaucoup de place à la spéculation.

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