La mort libératrice

Après des années de souffrances, le rêve d’un ami s’est enfin réalisé il y a trois ans. Il est mort.

On a pleuré son départ. Mais quelque part en moi, j’étais content pour lui.

Jeune adulte, il avait pourtant toute sa tête. Il regardait la télé et avait un bel appartement montréalais depuis son accident de moto.

Quadraplégique, il a passé près de quatre ans dans la souffrance. Sa tête était là. Le reste de son corps ne répondait plus. Chaque jour, un infirmier venait le changer de côté. On le soulevait avec un gros appareil à poulies et moteurs pour ensuite le laver et le redescendre.

Il ne sentait plus ses jambes. Il ne sentait plus ses bras. Quotidiennement, son corps lui rappelait pourtant que ses membres étaient là. Chaque jour, des spasmes intenses lui traversaient le corps. Chaque jour, il souffrait horriblement.

Même dans les moments heureux. Même quand on allait le visiter. Lorsqu’il souriait, son regard restait préoccupé, à l’affût d’une prochaine attaque nerveuse.

Après plusieurs années à réclamer qu’on le laisse aller, alité presque constamment, il a fini par mourir. Un comité d’éthique d’un centre de santé a finalement accepté son plus grand rêve, une mesure exceptionnelle à la limite de la légalité. Mourir, enfin.

Ce n’était pas facile pour ses proches. Comprendre la douleur. Comprendre le désir de partir.

La perte d’une personne chère demeure douloureuse.

Quand il nous racontait ses souffrances, la chose devenait pourtant claire. Il souffrait tout le temps, chaque jour et horriblement. Les spécialistes de la douleur le voyaient comme un cas exceptionnel et l’étudiaient. Jusqu’à ce qu’on le laisse aller.

Des années dans la douleur constante, ce n’est pas vivre.

Le débat sur l’assistance médicale à mourir est encore d’actualité pour certains. Pour moi, il est réglé depuis longtemps. Notre société archaïque abandonne encore des gens malades dans leur souffrance pour se dédouaner eux-mêmes, sans conscience de l’autre.

Les révélations du Devoir ce matin ont quelque chose de rassurant. L’Opus Dei, célèbre groupe catho ultra-conservateur, est lié à six des témoignages contre le projet de loi sur l’aide médicale à mourir en commission parlementaire. La mobilisation contre cette future loi n’était donc pas représentative.

Il est temps que la société s’humanise. Qu’on permette, après une évaluation rigoureuse, à certaines personnes de nous quitter dignement, par respect pour la vie. Leur vie.

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