La mort du CD : Down Memory Lane – Vice Caché

Hugo Mudie « critique » le EP du groupe punk rock de la Rive Nord.

Le CD est mort. Personne en achète. Les critiques aussi sont morts. Ils ne servent plus à rien. c On peut écouter ce qu’on veut quand on veut. Pas besoin que personne vous dise ce qui est cool et ce qui l’est pas. Pas besoin de suivre personne. Vous pouvez enfin écouter ce que vous voulez, sans vous soucier de savoir si Urbania à donné 2/5 ou 4,5/5. C’est donc le moment parfait pour Hugo Mudie de devenir critique de disque.

Le CD est mort, vive la musique. Cette semaine, Vice Caché du groupe de la Rive Nord de Montréal, Down Memory Lane.

Quand j’suis rentré au Cégep, je voulais enfin devenir véritablement moi même. Je n’avais plus besoin de faire à croire que je trouvais drôle les jokes de « tapettes » de mes amis du secondaire et je pouvais enfin célébrer ma féminité, ma poésie, ma différence.

J’étais attiré par le punk parce que les punks semblaient se crisser un peu de tout, mais je n’en connaissais pas beaucoup. À Mascouche où j’ai grandi, dans ma gang de baseball, les gars écoutaient pas vraiment de musique, ou ils écoutaient les tounes qui jouaient à CKOI, genre Will Smith. Moi j’aimais Dead Kennedys, pis Bikini Kill, pis les Ramones. Y’avait des gars dans mon team de balle qui écoutaient de la musique qui ressemblait à du punk, mais on aurait dit que ça sonnait pas comme du punk pour moi. C’était trop propre, trop prévisible. Les gars écoutaient ça ben fort dans leur Civic parkée dans le stationnement du Scratch. J’avais l’impression que ça servait juste à faire monter leur niveau de testostérone. Des fois je leur montrais des trucs que moi j’écoutais, mais j’étais gêné pour eux, parce que je voyais dans leurs yeux l’incompréhension totale. Ils trouvaient ça dégueu.

Un sac de Ruffles presque vide.

Woahhh woah woah oh. Whao ohh ohh ohhh ohhh ohhhhhh.

Dans mon cours de français au Cégep Maisonneuve, y’avait une fille vraiment trop cute. Elle avait les cheveux courts, une couple de piercings à des places randoms, pleins de bracelets, des jeans bleus trop grands troués un peu partout et elle portait souvent un gros chandail de laine trop grand pour elle qui avait des trous au boutte des manches, où elle laissait sortir ses pouces. Je la regardais tout le temps. Elle me faisait penser à Wynona Rider dans Reality Bites. Des fois, je la dessinais à son insu. Mais je m’imaginais qu’elle le savait. Je m’imaginais couché dans ma chambre sur le dos, avec elle. Nos deux têtes qui se touchent, un rayon de soleil qui rentre par la fenêtre en janvier. Le plancher frette. On écoute un disque de Submission Hold ensemble et on lit les paroles. On est pas pareils comme les autres. Ça va être rushant en vieillissant, mais tant mieux.

J’ai jamais osé lui parler à l’école. Je connaissais pas ben ben ça les filles. Je voulais pas avoir l’air de cruiser une fille qui voulait pas se faire cruiser. Je savais pas comment cruiser anyway. Je la regardais et je n’écoutais pas du tout ce qui se passait en classe. Elle portait des Converse.

J’allais souvent voir des shows tout seul. Je ne connaissais pas personne qui aimait vraiment la même musique que moi. Dans le fond, j’étais fucking rejet. Mais volontairement. Un soir je suis allé voir un show au Métropolis à Montréal. C’était un nouveau band ska-punk. Ça ressemblait un peu à Operation Ivy, mais en plus catchy, plus l’fun. J’aimais ça, même si je trouvais ça un peu trop clownesque, mais à l’âge que j’avais, je prenais ce qui passait. En première partie y’avait un band local. Quand ils ont commencé à jouer, ça ressemblait à ce que mes chums de balles écoutaient dans le stationnement du Scratch. Me suis même demandé si c’était pas carrément ça. Le band jouait très rapidement et y’avait pas de chanteur sur le stage. Le chanteur est arrivé par le côté de la scène en petit pas de jogging slack, comme un humoriste. Il portait des lunettes soleil blanches de type « sport extrême » et un manteau de snowboard. J’me suis demandé pourquoi. J’me suis dit qu’il devait avoir chaud avec un manteau de snow pis les gros spots. C’était vraiment atroce comme musique. J’me suis dit que j’aimais probablement plus Will Smith que ça. Le chanteur a dit de quoi sur les « preps » et la surconsommation et j’me suis demandé si c’était sarcastique.

Pis là je l’ai vue. La fille de ma classe. J’me suis dit que si elle était là c’est parce qu’elle était cool. J’ai eu le guts d’aller lui parler.

– Hey ça va?

– Ouiii toii? (sa voix sonnait plus mal que j’espérais et elle semblait légèrement ivre. Elle avait une Molson Dry en main

– Pas pire oui. On est dans même classe en français, j’voulais juste te dire salut (ma face était plus chaude qu’un intérieur de char noir en été).

– Ah oui. Ça se peut… (J’ai senti des larmes venir dans mes yeux)

– Tu es venu voir Less Than Jake ?

– Non, je connais pas ça, ça l’air que c’est un peu fif… moi j’suis venu voir eux (le band local de snowboarders)

– Ahh cool. (Mon cœur s’est brisé)

Des gars sont arrivés avec des bières en mains. Ils portaient des casquettes blanches et sentaient le déo. C’était les amis de ma Winona Ryder du Cégep. Je lui ai dit bye.

J’suis allé pleurer aux toilettes.

Je ne l’ai plus jamais dessinée.

J’ai lâché le Cégep.

J’me suis parti un band et j’suis parti en tournée.

J’suis jamais revenu.

Note : N/A

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