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Lorsqu’elle a entrepris sa formation en massage shiatsu, Catherine Lebel n’avait pas encore réalisé à quel point l’accès aux services de massothérapie est compliqué pour beaucoup de personnes. «Quand j’ai commencé à exercer, je le faisais sur mes amis et j’ai réalisé que toute ma clientèle était des queer, des personnes vivant avec le VIH ou trans», raconte-t-elle.
La plupart du temps, il s’agit de leur premier massage. «Ils ne sont jamais allés chercher ce genre de service, faute de savoir s’ils allaient être bien reçus.»
Et c’est cette volonté d’offrir un service de massage où tout le monde peut se sentir bien accueilli qui l’a poussée à réfléchir à une pratique respectueuse qui valorise la diversité des corps, des sexualités et des genres.
Ce tour de force, Catherine Lebel l’a réalisé lorsqu’elle est devenue thérapeute shiatsu, une technique japonaise de massage relativement récente qui s’inspire de la médecine traditionnelle chinoise. Elle ne pensait pas en vivre, mais plus elle pratiquait plus elle s’épanouissait. Il y a certaines choses comme ça, qui nous collent à la peau.
Avec le shiatsu, on reste habillé, un avantage lorsqu’on a des enjeux avec l’image corporelle (poids, cicatrices, etc.), ou que l’on souffre de traumatismes liés à des abus ou des agressions. Le massage se fait au sol sur un futon, ce qui place la massothérapeute sur un pied d’égalité avec le ou la cliente, explique Catherine Lebel.
Elle s’est d’ailleurs questionnée sur les façons de pousser l’inclusivité encore plus loin. D’après elle, il faut commencer par reconnaitre qu’en tant que thérapeute, elle a une position d’autorité. Lors des soins, elle demande toujours l’autorisation avant de toucher une partie du corps et elle se met d’accord sur un safe word avant les massages. «À tout moment, si la personne ne se sent pas bien pendant le massage ça peut être verbalisé», explique Catherine.
C’est une manière d’être cohérente avec elle-même. «Ces enjeux composent ma vie, mon entourage puis ma communauté. Ça n’aurait pas fait de sens d’exercer ma profession sans y avoir réfléchi en amont.»
Ce penchant pour les médecines alternatives ne date pas d’hier. «Tout jeune déjà, ma mère m’amenait consulter en ostéopathie et en acupuncture pour certains enjeux de santé, donc ça a toujours fait partie de ma vie.»
Mais avec le shiatsu, quelque chose s’est débloqué pour Catherine. Elle a initié une forme de contact avec elle-même. «J’ai appris à gérer des enjeux physiques, d’anxiété, de troubles du sommeil ou de mon cycle menstruel. Ça a changé ma qualité de vie, ma santé et le rapport à mon corps», raconte-t-elle.
Catherine souhaite tellement être accessible que ça peut devenir problématique, plus particulièrement sur le plan financier.
En tant que travailleuse autonome, son plus gros défi est de trouver un équilibre entre l’accessibilité de ses services et la reconnaissance de sa propre valeur. «C’est important, parce que je veux en vivre et reconnaître toutes mes formations, mes heures de comptabilité, de publicité qui ne sont pas payées, car je suis travailleuse autonome et en même temps je veux rester accessible et abordable», dit-elle.
Installée à la clinique Lajeunesse, elle exerce selon une échelle de prix qui varient de 70$ à 90$. «Quand les gens ont les moyens, ils peuvent donner le plus haut montant, et quand ils ont moins, ils donnent le plus bas». Pour l’instant, ils sont plutôt généreux, selon Catherine.
Elle travaille là-bas depuis juin dernier. Vu la période et le malaise lié à la proximité et au toucher, on pourrait se dire que c’est le wrong type of business en ce moment, mais apparemment non. «J’avais peur que les gens ne viennent pas, mais finalement mes bookings sont pleins et ils reviennent.»
Elle constate que les clients expriment un vrai sentiment de délivrance lors des sessions. «Ils ont enfin accès au toucher et comme le shiatsu travaille avec des points spécifiques, ça adresse des enjeux d’insomnies, d’anxiété, de problèmes digestifs.»
Comme tout bon entrepreneur en temps de crise, elle a adapté ses services aux règles sanitaires en vigueur. Séances espacées, désinfection intégrale, elle change même ses vêtements entre chaque séance et elle porte un masque tout comme le ou la cliente.
Car après les mois difficiles qu’on a endurés, un peu de care et d’attention, ce n’est certainement pas de trop.