Foule Sentimentale : La leçon du client au « happy ending »

Quand la honte empêche de parler.

Foule sentimentale: une série de témoignages portant sur ce qu’il y a de beau (ou non) dans les relations humaines. Aujourd’hui, notre collaborateur nous raconte une leçon apprise à la dure au sujet de l’abus sexuel.

*

Il y a quelques années, durant une soirée nachos/Bridesmaids/bière cheap avec une amie, celle-ci m’a confié quelque chose de vraiment hardcore; elle a été abusée sexuellement… toute son enfance… par sa mère. La meilleure chose que j’ai trouvé à lui répondre à ce moment-là? «Ben voyons, pourquoi tu ne m’en as pas parlé avant!?!»

Oui, une réaction digne d’une marde.

J’le vois, lentement, contracter ses fesses… Et les relâcher. Relever son bassin… Et le redescendre. J’le regarde répéter ce mouvement pendant un instant pi là j’me dis, ben voyons câlisse, y dry hump-tu la table lui-là?

Jadis, j’travaillais dans un spa en tant que massothérapeute. Un beau jour de printemps, j’accueille mon prochain client dans la salle. Un beau monsieur d’la construction pas pire sexy. C’est mon sixième client de la journée, donc j’ai mal dans l’dos pi j’ai le front qui m’shine. Le client s’installe et je commence mon massage (tout en chantant du Beyoncé dans ma tête parce que j’suis pu capable d’entendre l’osti de musique « relaxante » qui joue dans le spa non-stop). Tout s’passe bien jusqu’à ce que je termine son dos et commence ses jambes. Là, ça se gâte. J’suis en train de lui masser la cuisse gauche quand j’le vois, lentement, contracter ses fesses… Et les relâcher. Relever son bassin… Et le redescendre. J’le regarde répéter ce mouvement pendant un instant pi là j’me dis, ben voyons câlisse, y dry hump-tu la table lui-là? J’continue mon massage comme si de rien n’était, j’me dis qu’il est probablement tombé endormi et qu’il rêve. Quand j’finis l’arrière de ses jambes, j’lui indique qu’il est temps de se tourner sur le dos. Il se tourne et… of course, y’a le junior plus dur que la vie. Ça semble être sul’bord d’exploser, son affaire. Le pauvre drap.

J’dis rien. Ça arrive qu’un homme bande pendant un massage. No big deal. Lui, par contre, y vient de passer une demi-heure à zigner ma table pis son érection, elle semble assumée en criss. Glorieuse, même. J’commence à lui masser le devant des cuisses, pis j’me sens presque agace malgré moi. En même temps, ça fait partie du massage, les jambes. Alors que j’suis en train de lui pétrir nerveusement la cuisse, il soulève lentement sa main droite, la glisse sous la couverture et empoigne son wiwi fièrement redressé. Il descend alors sa main… la remonte… la redescend… Y S’CROSSE.

Là, pour vrai, j’suis pu ben. Y’a les yeux fermés. Est-ce qu’il dort? On peut-tu s’crosser en dormant? Fuck that, j’masse pu ses jambes. Je monte à son bras gauche, (parce que son bras droit est ben dans l’jus) pis j’commence à masser son épaule. Sa main gauche se tend alors et lentement, il commence à caresser mon avant-bras. Je lève alors les yeux. Il me fixe, osti. Il a les yeux grands ouverts. Il ne dort pas pentoute. Il me sourit. J’sais pas quoi faire. Pendant qu’il me flatte le bras d’une main et tient son wiwi de l’autre, moi, j’suis en dilemme. Est-ce que j’arrête le massage ou j’le finis? Il me reste juste un bras à faire pis j’ai pas envie de faire une scène. J’vais l’finir, l’osti d’massage. Je me dirige de l’autre côté de la table et sors son bras droit d’en dessous du drap en prenant bien soin de ne pas toucher à sa main (j’ai peur qu’elle soit pleine de pre-juice). Je masse son bras à contrecœur en évitant tout eye contact parce qu’il me regarde et me sourit comme un esti de psycho. Le massage se termine et je le raccompagne à la réception en silence. Il me donne mon tip et quitte. 50 $. Bout d’criss, j’suis presque un travailleur du sexe.

La réceptionniste du spa me regarde. Est-ce que je lui dis? Est-ce que je me plains?

Bof, il ne m’a pas défoncé le fond de l’âme, il m’a juste caressé l’bras en s’tâtant l’wiwi. Ça m’tente pas d’en faire un big deal. J’laisse ça d’même. J’dis rien.

Quelques jours plus tard, j’suis dans la salle d’employés du spa et j’regarde mon horaire de la journée. Un de mes clients est une « request » (il a demandé pour moi spécifiquement) et son nom me dit quelque chose. Lorsque vient l’heure de son massage, je me dirige à la réception. C’EST LUI. C’est le perv d’la construction auparavant sexy mais pu sexy depuis qu’il m’a frotté en se frottant. Il me sourit et on se dirige vers la salle de massage. J’me dis qu’il vient peut-être pour s’excuser. Nanon. La même affaire se produit. Y zigne la table, se joue après l’wiwi en me regardant drette dans les yeux pis en me caressant l’bras. Qu’est-ce que j’fais? ARIEN. Pourquoi? Parce que j’suis gêné osti. GÊNÉ. J’sais pas quoi dire ni comment le dire. On dirait que si j’lui en parle, j’confirme que y’a d’quoi d’wrong. J’finis l’massage comme d’habitude et en quittant, il me tip encore une fois. Seulement 20 $ cette fois-ci. Une partie de moi est insultée et s’demande si c’est parce que j’étais moins bon que la dernière fois. J’suis pathétique.

Encore une fois, je n’en parle pas à la réceptionniste. Cette fois parce que j’ai honte. Honte de ne pas savoir comment le confronter. Honte de n’avoir rien dit la première fois.

J’me dis qu’il vient peut-être pour s’excuser. Nanon. La même affaire se produit. Y zigne la table, se joue après l’wiwi en me regardant drette dans les yeux pis en me caressant l’bras. Qu’est-ce que j’fais? ARIEN. Pourquoi? Parce que j’suis gêné osti.

Il revient pour une troisième fois pas plus tard que le lendemain. Là, j’suis déterminé. J’vais le confronter. J’essaye très fort d’avoir l’air bête en allant le chercher à la réception. On entre dans la pièce. Normalement, les clients attendent que je sorte avant de se déshabiller pour s’installer sur la table. Pas lui. Il se criss à poil devant moi. J’dis rien. J’le confronte pas. J’suis pas capable. J’suis vraiment une marde. Je ne fais que soupirer ben fort pour qu’il comprenne mon inconfort. J’commence mon massage tandis que lui commence encore une sainte fois à dry humper ma pauvre table. Fuck that. Je botche. Je replace la couverture sur son dos et je me dirige au bout de la table, hors de sa portée, et passe l’heure au complet à lui masser seulement les pieds. Il n’ose pas poser de questions. Tant mieux.

Cette fois, il ne m’a pas laissé de pourboire, mais plutôt une belle p’tite leçon d’humilité. J’ai toujours eu de la difficulté à concevoir qu’on pouvait subir de l’abus sans en parler. Ce client n’était pas un membre de ma famille ou de mon cercle social ni un collègue de travail. Je n’avais absolument rien à perdre à lui dire d’arrêter. Je n’en ai pourtant pas eu le courage. J’ai préféré saboter son dernier massage comme un lâche pour qu’il ne revienne plus.

Hey thanks, le perv de la construction auparavant sexy mais pu sexy depuis que tu m’as frotté en te frottant. Grâce à toi, j’suis un meilleur être humain. Si un/une ami/amie vient se confier à moi, je lui épargnerai désormais l’horrible question « pourquoi tu n’en as pas parlé? » et je me contenterai de le/la soutenir, à la place.

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