La leçon d’la fois où j’ai failli chier dans un ascenseur

L'importance sous-estimée du sphincter et la réalisation que dans la vie, on ne peut pas avoir le contrôle sur tout.

Être occupé, ça permet de garder la p’tite voix intérieure tranquille. Oui oui, la « p’tite voix ». T’sais, celle que tu es le seul à entendre, celle qui est dans ta tête, celle qui ne ferme jamais son esti de yeule. Celle qui t’empêche de dormir, de relaxer, de profiter du moment présent. Celle qui te parle rarement avec des mots doux. Cette p’tite voix-là.

Moi, elle s’appelle Ginette. C’est un psy qui m’a dit de lui donner un nom, à ma p’tite voix intérieure. Comme ça, j’peux lui parler directement, lui dire de se calmer les nerfs quand elle me gosse trop.

Dernièrement, comme à chaque changements de saisons, Ginette s’est mise à s’énerver particulièrement. Elle me donnait mal à la tête, Ginette. Elle était out of control, la maudite.

BON MATIN, ESTI D’LAID! -GINETTE

Lundi, 4 h 00 du matin. Le cadran sonne. J’passe la semaine à faire de la figuration sur un show québécois qui se tourne à l’ancien hôpital Royal Victoria. Ça va être de longues journées. On commence à 6 h 00 et on termine vers 20 h 00 toute la semaine. Ginette n’aime pas ben ben ça.

Okay, tu fais de l’argent mais qu’est-ce qui arrive si ton ordi ou ton cell ou ton four brise pis que toute ta paie d’la semaine va là-dedans? C’est sûrement ça qui va arriver! Ah pis n’oublie pas que tu n’as pas le contrôle sur rien mais continue d’essayer de contrôler toute, c’est vraiment drôle. PS : t’as 28 ans pis t’as même pas de condo encore. Déniaise. Pss : Arrête de manger esti d’cochon. – Ginette le matin.

Ciboire, calme-toé Ginette.

J’arrive à l’heure. L’immeuble est décâlissé sur un moyen temps. Ça sent 122 ans de vieille pisse sèche pis de maladie. L’ascenseur n’a pas l’air trustable. Il fait un vacarme. J’suis même pas sûr que c’est legit d’le prendre. Ça fait des années qu’il n’a pas servi.

Wow, un immeuble plein d’amiante pis de moisissure… Tu choisis l’argent plutôt que ta santé? Hey bravo. Ps : Les gens au Costa Rica vivent dans la pureté, eux! Pss : Je t’ai dit d’arrêter d’manger! C’est important d’avoir un six-packs pour être aimé. -Ginette

Ugh.

Je jette mon muffin et embarque dans l’ascenseur.

TOC TOC TOC. QUI EST LÀ? LA MORT

Sexy Claude tourne maintenant une scène dramatique pleine de longs silences. Of course qu’on m’a crissé directement à côté, moi pis mon ventre qui hurle.

Ça l’air pas pire pentoute pour un show québécois finalement. J’me suis même pas roulé les yeux une fois à date en entendant les dialogues. Bonne affaire! En plus, sexy Claude Legault s’est faite pousser une barbe de silver fox. Allô daddy.

J’profite d’une pause pour enfiler un t-shirt en dessous de ma chemise parce que ça fait des heures que celle-ci m’irrite les nipples quand tout à coup, j’pogne une p’tite faiblesse.

Ben weyons. Bizarre. C’est pas un mal de tête causé par Ginette. Non, c’est comme… Une fièvre? Ouin, j’me sens fiévreux. The fuck? Ça m’a donc ben pogné d’un coup.

Le ventre se met à me grogner. J’ai mal. J’ai mal comme la fois où j’ai mangé des sushis louches qui ont failli me tuer.

Non. J’ai encore plus mal que ça. Holy shit. J’vois brouillé pis j’tremble. Ça y’est, c’est ma fin! C’était ça ma vie pis là, c’est là que ça s’arrête.

La pause est terminée. Sexy Claude tourne maintenant une scène dramatique pleine de longs silences. Of course qu’on m’a crissé directement à côté, moi pis mon ventre qui hurle.

T’as faite la guerre? Okay wow, mais as-tu déjà eu une diarrhée explosive en plein milieu d’une scène longue que l’criss qui finit juste pu?

L’IMPORTANCE SOUS-ESTIMÉE DU SPHINCTER

Une toilette. UNE TOILETTE NOW. J’vais me rendre à celle du 5 ième étage. Comme ça, si c’est violent mon affaire, au moins j’vais être seul. J’essaye d’avoir l’air normal en marchant d’un pas rapide vers l’ascenseur.

J’ai le ring de contracté au maximum de ses capacités.

J’ai pas l’choix, j’peux pas prendre les escaliers, chaque seconde me rapproche d’un coulis imminent.

J’arrive devant l’ascenseur. J’hésite. Esti qu’il a l’air de rusher. Qu’est-ce qui arrive s’il lâche, que je reste pris dedans trop longtemps pis que j’me chie dessus? Quand les beaux pompiers vont venir me secourir, j’vais être souillé d’marde??? MON ÉGO.

J’ai pas l’choix, j’peux pas prendre les escaliers, chaque seconde me rapproche d’un coulis imminent. J’embarque. l’ascenseur commence à descendre en faisant des grincements pas possibles. LÂCHE-MOÉ PAS MON SALE!

Il s’arrête au 5ième… Les portes ne s’ouvrent pas. J’appuie frénétiquement sur le piton à peu près 97 fois par seconde. C’est pas vrai que j’vais m’chier dessus icitte. Les portent finissent par s’ouvrir. Elles ont probablement compris en voyant ma face.

Je sors de l’ascenseur du démon et me dirige vers la salle de bain. FUCK, le costumier repasse tranquillement des chemises à littéralement 3 pieds de la porte de la toilette. WHY GOD WHY.

SORRY NOT SORRY

Je fais de mon mieux pour sourire au costumier d’un air relax comme si j’avais seulement une p’tite envie de pipi cute et j’entre dans la salle de bain. Y’a une criss de grille d’aération sur la porte de la toilette. J’peux voir très clairement le costumier à travers celle-ci. REALLY? L’architecte de cet immeuble était un esti d’asshole.

C’est tellement écho. J’vais faire couler l’eau du robinet pour essayer de camoufler le bruit que la furieuse performance de mes foufounes risque de livrer.

Great, un robinet automatisé. J’dois me crisser les mains en dessous pour que l’eau coule.

Le pauvre costumier va probablement faire des cauchemars pour le reste de sa vie.

Je m’installe sur le bol et passe frénétiquement ma main gauche en dessous du robinet. L’eau sort. Avec prudence et hésitation, j’essaye alors de relâcher seulement un tout p’tit peu mon, heum, sphincter.

Mais mon sphincter a un autre plan, lui. Il en a plein le cul, mon sphincter (littéralement). Il décide donc de faire à sa tête et de se relâcher d’un coup… Et l’esti de robinet choisit bien sûr ce moment pour arrêter de couler.

Le pauvre costumier va probablement faire des cauchemars pour le reste de sa vie.

MON GOÛT DE VIVRE: DISPARU

Mercredi. Le temps n’est maintenant plus qu’un concept flou. Mon corps est un concentré d’un mélange de Tylenol-Advil-Pepto-Zantac-THC (pis de quelques vitamines C, pour le principe).

J’ai pu la force d’avoir un égo. Au pire, j’me chierai dessus. J’me vomirai dessus. Je gâcherai la scène, la série, la télé québécoise au grand complet. J’men tabarnak.

J’ai pu la force d’avoir un égo. Au pire, j’me chierai dessus.

Des gens sont restés pris dans l’ascenseur hier. J’savais qu’il n’était pas trustable, l’esti d’ascenseur. J’prends maintenant l’escalier pour aller aux toilettes. Une course contre la montre à chaque fucking 15 minutes. 

J’ai l’cul irrité. J’suis pu capable du criss de papier de toilette commercial cheap. J’utilise maintenant des Kleenex, au yâble le budget.

J’fais même pu couler l’eau du robinet en allant à la toilette. J’men criss. Ça sort tellement en jet mon affaire que le monde doit penser que je pisse anyway. C’est littéralement ça que je fais, je pisse du cul. J’suis probablement le seul gai su’à terre qui se fait un lavement sans même avoir besoin d’un fleet! Weeerk.

QUAND LE RING SAIGNE, LA TÊTE SE REPOSE

Vendredi, 21 heures. La semaine infernale est terminée. J’sors de la douche et me regarde dans le miroir. Damn, j’suis cut! J’devrais frôler la mort plus souvent.

J’réalise alors quelque chose… j’ai pas entendu Ginette de la semaine.

Elle a sacré son camp dès le premier caca violent pis elle n’est même pas revenue. Pendant que mon corps rushait, je n’avais pas le temps d’écouter Ginette. Pendant que mon corps rushait, ma tête se reposait.

On passe notre temps à se faire bombarder de citations wanna be inspirantes sur le fait qu’on a le contrôle sur notre vie et qu’on est maître de notre succès pis bla bla bla… Mais j’pense que des fois, ça fait du bien de réaliser qu’on ne peut pas avoir le contrôle sur tout. Que parfois, le plus bel accomplissement qu’on peut avoir, c’est juste… de ne pas se chier dessus.

Je m’effondre dans mon lit. Enfin. Je n’ai rien de planifié demain. Yeah! J’vais pouvoir me lever tard… Pis relaxer… Pis…

Tu voulais faire ton p’tit toff au lieu de juste demander congé? T’aurais pu rendre tout le monde malade avec ton virus.

…Ginette?

Méchant cave. J’espère que ton four pète. Ça t’apprendra. Ps : Que j’te vois surtout pas te la couler douce demain. Chaque jour compte, dans la vie. Soit productif!

HELP.

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