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La grève s’invite au Salon du Livre de Montréal

Le mouvement historique des enseignants a donné des sueurs froides au monde du livre jeunesse

Par
Anaïs Bouitcha
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« C’est exceptionnel ! » Quand je rencontre Olivier Gougeon dans les allées du Salon du Livre de Montréal en ce premier jour d’ouverture, ni lui ni moi ne nous attendions à une telle affluence. « On attendait 18 000 jeunes sur les cinq jours du salon cette année. À l’annonce de la grève, on a ouvert des places scolaires et fait un appel aux écoles privées, qui ont répondu présentes », explique-t-il. C’est vrai qu’autour de nous, il y a pas mal de jeunes en uniforme. Ça donne une petite ambiance école des sorciers. Les écoles privées, qui représentent habituellement 30 % des effectifs parmi les jeunes visiteurs, devraient donc passer la barre des 35 % pour cette édition exceptionnelle.

« Pour les autres écoles, nous avons proposé aux enseignants de remettre les billets directement à leurs élèves, et nous avons mis en place la gratuité pour les parents et accompagnateurs. On dirait que ça a plutôt bien fonctionné, le Palais des congrès bourdonne ! »

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Au total, 7 000 élèves devraient courir entre les allées, de mercredi à vendredi.

Depuis son annonce, la grève historique de la fonction publique au Québec, dont celle des enseignants, donne des sueurs froides aux organisateurs, mais aussi aux maisons d’édition et aux auteur.ice.s jeunesse, pour qui le Salon est une vraie opportunité de rencontrer leur public, de se faire connaître et d’intéresser les enfants à la lecture, surtout pendant les matinées-école réservées aux classes.

Donner un accès aux livres aux enfants

C’est ce que m’a confirmé Marie-Ève Talbot, directrice générale des éditions jeunesse La courte échelle : « [Le Salon du livre] C’est une occasion unique d’observer les réactions des enfants, d’entendre ce qu’ils recherchent, ce qui les interpelle. C’est très intense et ça procure des grands moments de satisfaction, de sentir leur plaisir de lire, de découvrir nos livres », note-t-elle.

Sa maison d’édition présente une quarantaine d’auteur.ice.s-illustrateur.ice.s cette année, et le Salon leur offre une formidable vitrine médiatique.

« C’est un moment où tous les médias sont tournés vers le livre, ce qui est malheureusement trop rare au Québec. On n’a pas des tonnes d’opportunités où le livre est mis de l’avant. »

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Et qui dit moins d’affluence, dit moins de ventes de livres… et donc un dur coup financier pour les maisons d’édition. Pourtant, la seconde et principale inquiétude des gens du secteur, ce sont plutôt les répercussions du mouvement sur certains enfants plus défavorisés, privés d’un accès privilégié au Salon, et, ainsi, à la lecture.

Certaines activités avaient justement pour objectif de permettre à ces élèves d’accéder à la lecture et à la culture, comme le programme “Une école montréalaise pour tous”.

En passant dans les allées du Salon, je rencontre l’auteure jeunesse Laurie Jean-Louis, qui a justement participé à ce programme en se rendant à plusieurs reprises dans des classes montréalaises qui auraient dû, à leur tour, venir la rencontrer au Salon. Un peu déçue de ne pas pouvoir mener ce projet à son terme, elle est tout de même présente pour accueillir d’autres jeunes.

« Il n’y a jamais de bon moment pour faire la grève. »

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Malgré la déception, personne ne remet en cause la légitimité des revendications des enseignants, surtout pas Marie-Ève Talbot. «C’est plus grand que l’édition jeunesse. Ils ne font pas ça contre nous», souligne-t-elle.

C’est aussi ce que m’a assuré Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignements, qui représente 95 000 enseignants membres du Front commun. « Les enseignants sont de grands passeurs de culture. Malheureusement, nous savons qu’il n’y a jamais de bon moment pour faire la grève. Espérons que le gouvernement bouge enfin et donne des mandats clairs pour négocier, car nous avons besoin d’un véritable coup de barre pour aider les profs qui croulent sous la tâche au quotidien. »

« Améliorer les conditions de travail des enseignants, c’est améliorer les conditions d’apprentissage des élèves. »

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En attendant de savoir si les enseignants vont remporter leur bras de fer contre le gouvernement, Olivier Gougeon, lui, semble avoir gagné son pari : «Cette première journée est une excellente surprise. Il y a des familles avec 3, 4 enfants, des poussettes, du jamais vu pour un mercredi ! On est déçus que les écoles ne puissent pas venir, mais on a été capables de rebondir et de faire découvrir le Salon à des familles et des enfants qui n’y seraient pas venus autrement. Il y a toujours quelque chose qui se passe, et un événement doit savoir s’adapter. L’année dernière, c’était la COP 15. Cette année, c’est la grève », martèle-t-il.

Côté optimisme, c’est Marie-Ève Talbot qui remporte la palme : « Il faut le voir comme une opportunité. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’impact, mais on a fait tout ce qu’on a pu pour apporter des solutions, et continuer à passer le message que c’est un bel événement », conclut-elle.

« Les jeunes, c’est l’avenir. Les lecteurs d’aujourd’hui sont ceux de demain, ils contribuent à la culture, à l’éducation, à l’ouverture. Et, surtout, ça les éloigne des écrans. »

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Le directeur du Salon est quand même assez inquiet pour la journée de samedi, qu’il prévoit très, très chargée. Mieux vaut donc venir en visite avant ce weekend, si vous pouvez !

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