La fois où je me suis prise pour Kate Winslet su’l Titanic… en Gaspésie

Tourisme Gaspésie, le Festival Musique du Bout du Monde et URBANIA s’associent pour vous faire vivre un road trip qui nous rapproche de la nature.

En tant que Québécoise, née à Montréal, de parents tuniso-berbères, j’ai toujours été une grande addict au voyage. Partir pour voir l’ailleurs. Le grand comme le petit. Partir pour mieux voir et comprendre. Aller à la rencontre de l’autre. Tomber amoureuse de la neige, du sable, du vert et du bleu. Grandir dans d’autres langues et ouvrir mon esprit. Enfant, mes parents m’envoyaient en Tunisie pour ne pas que j’oublie que le désert coule dans mes veines. Depuis l’adolescence, je suis souvent partie loin pour me couper le souffle de beauté. Comme-ci je doutais de l’ampleur de ma maison. Des fois, faut aller voir ailleurs pour mieux apprécier son cocon. Peut-être. 

Je me considère un peu comme une citoyenne du monde. Je sais, ça sonne comme une vieille phrase dite à 4h du matin par une hippie sur la MDMA. Mais, reste que c’est ça. Je l’assume.

Claudine Roy, la reine du bout du monde (si Gaspé avait une maman, ça serait elle).

Mon rêve, c’était d’aller au bout du monde. Donc, quand un festival ose se donner ça comme nom, il n’en fut pas plus pour que La Talbi aille manger de la route pour voir ça… Et tant qu’à y être, trouver le moyen d’aller chiller avec les phoques. C’était un rêve et je pensais que la route serait ardue et longue.

Faut croire que j’avais oublié que j’étais en Gaspésie et que j’avais rencontré Claudine Roy. La reine du bout du monde (si Gaspé avait une maman, ça serait elle). Sa phrase fétiche: «À l’impossible nous sommes tenus».

Cette phrase dans sa bouche ne sonne pas comme une vieille phrase de 4h du mat. Elle sonne comme un clocher qui annonce les heures. C’est tout le temps. À tous les jours. Pour toujours.

Donc, en petite candide, je prévoyais faire une grasse matinée dans mon lit de motel. La veille, j’avais pris la peine d’éteindre mon téléphone et mettre «ne pas déranger» sur ma poignée. Je n’avais pas pensé au fait que j’avais semi parlé de mon envie de bateau et de bout du monde. Il est 8h du matin. Je suis en grosse date avec Morphée depuis 5 h. Ça se passe à merveille. Et puis, sans avertissement, ma porte de motel retentit de cognements presque musicaux. Longtemps. Je me lève. J’ai les cheveux en forme de sapin le 10 janvier. Un petit coulis de bave rêveuse su’l bord des lèvres. J’ouvre ma porte en plissant mes yeux pas encore réveillés. Derrière la porte et devant mes yeux collés: pimpantes comme des cheerleaders du bonheur:  Claudine Roy et La Sophie (mes partenaires/muses de voyages qui par contre me gossent un peu à matin).

Claudine a un Zodiac qu’elle appelle le Zozo à Cloclo.

– Enweille la grosse. On s’en va au bout du monde.

Ma première réaction fut de m’affaler sur le sol comme un phoque sur sa roche. Ensuite, la petite voix de «t’es capable maudite gâtée, tu dormiras quand tu seras une vieille plate» m’a ressaisie. Je me suis répété d’enweiller la grosse et ça m’a fait prendre conscience qu’il fallait que je brosse mes dents en premier.

Le problème avec la Gaspésie c’est que les gens considèrent le sommeil comme overrated.

Claudine m’amène à l’Auberge sous les arbres pour me donner du café. Et c’est parti.

Claudine a un Zodiac qu’elle appelle le Zozo à Cloclo. Ça me fait beaucoup rire. Je dis en blague que j’aimerais ça le conduire. Je le regrette aussitôt parce que je viens de me rappeler à qui j’avais dit ça.

On quitte la marina emmitouflées comme des ours. Le grand large en zodiac, ça peut être frette. On m’explique l’histoire à travers le sentier Les Graves du parc Forillon et les falaises. Le littoral est tatoué d’anecdotes, de guerres et de grands froids. C’est tellement beau que je me dis que ça peut pas être plus magistral. Claudine me dit que c’est le temps. Je ne sais pas comment réagir. Elle me pointe le volant du Zozo. C’est à mon tour. Je suis excitée et j’ai peur de tuer tout le monde. À part moi, personne a l’air de paniquer. Moi, je pense juste à cette vidéo qui m’a hanté longtemps.

L’endroit est vertigineux. Les cormorans dansent sur nos têtes.

Je prends le volant en essayant de ne pas crier. Je crie. Je souris. Je conduis. C’est vraiment pas si difficile finalement. J’ai le temps de regarder tout et de faire sécher mes dents.

Alors que j’étais à ma première expérience au bout de cedit Berceau du Canada, les yeux de Claudine me scrutaient pour être certains qu’on était en extase. L’endroit est vertigineux. Les cormorans dansent sur nos têtes. J’ai réussi. En 24 h, j’ai réussi à me rentre au bout du bout. J’ai l’Hymne à la beauté du monde et Diane Dufresne dans le cœur. 

Dans le chemin du retour, on s’arrête devant tellement de phoques que mes yeux deviennent un fleuve. J’AIME BEAUCOUP ÇA LES PHOQUES.

La Sophie ouvre du champagne et du jus d’orange. Les phoques commencent à nous encercler pendant qu’on crie «Santé, Fuck!». Jamais, je ne pensais boire des mimosas avec des phoques. Jamais. Je pense le rajouter dans mon CV.

Après, l’extase incroyable. On retourne sur terre. Mais ce n’est pas parce qu’on remet les pieds sur terre que ça devient plate.

L’aventure n’est pas finie. Oh non. 

J’aurai la chance d’assister au concert du bout du monde de Chloé Sainte-Marie pendant le lever du soleil. Je vous en reparle.  

Bonne nuit. Moi, je vais marcher jusqu’à la belle Chloé et commencer à regarder s’il y a des terrains à vendre dans le coin.
X
Ines

Ps: Il est supposé pleuvoir pendant le lever du soleil… Je vous demanderais de sortir vos cierges et de dire à Éole d’être gentil avec la Gaspésie. Merci la gang. Amour et perséides.

Faire un carnet de bord de L’Expérience Montréal-Gaspé. Pendant une semaine. Moi, la Gaspésie, une Tesla et le Festival du bout du monde comme personnages principaux. Écrire, vivre, manger, danser et peu dormir. En gros, le genre de mandat tellement idyllique que ma première réaction fût de vérifier si la date était le 1er avril. À travers mes rencontres, mes récits et la Gaspésie, je vous écris mon histoire d’amour avec ce paradis. Cinq textes. Cinq jours. Mais dans mon coeur, c’est pour la vie.

Et, pour le voir vous-même, c’est par ICI!

Pour lire un autre texte d’Ines Talbi: «Carnet de bord d’une lourdaude sur la 132».

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up