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Sponso Nature Québec

La faune, la flore… et la fonge, elle?

Les champignons : nos alliés oubliés de l’environnement et du climat.

2 mars 2026
Présenté par
Nature Québec
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URBANIA et Nature Québec s’unissent afin de sauver les champignons qui vous aiment, même si vous ne les aimez pas.

On pense d’abord à l’assiette. Puis, si la conversation sur le sujet se poursuit, à la mousse bleuâtre sur un vieux yogourt. À The Last of Us. Aux Schtroumpfs. À la vaginite. Rarement évoque-t-on la randonnée en forêt et ses découvertes à chapeau quand il est question de champignons!

Jusqu’à récemment, je croyais faire partie des personnes allumées pour qui l’intérêt pour les champignons comprend la taxonomie : connaître le nom des amanites croisées sur le bord d’un sentier en camping me remplissait de fierté. Je possède même un guide d’identification et l’application iNaturalist : cela ne faisait-il pas de moi une membre de l’élite de la science citoyenne mycologique? Or une conversation avec la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard, m’a forcée à constater que j’en avais encore beaucoup à apprendre!

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Nature Québec, c’est un organisme de protection des milieux naturels et de la biodiversité. Et la biodiversité, ça inclut aussi les champignons.

Les champignons ont formé la terre de la Terre

« Les champignons qu’on peut manger, dans les faits, ne sont qu’une infime partie de l’ensemble des champignons qui constituent les écosystèmes, m’explique Mme Simard d’entrée de jeu. La vaste majorité des champignons qu’on retrouve au Québec sont des champignons souterrains qui font des symbioses avec les plantes, qui captent du carbone, et qui permettent aux plantes de pousser et au sol d’être en santé. »

Les champignons jouent effectivement un rôle fondamental dans les écosystèmes et dans le bien-être de l’être humain, soulignent à grands traits les gouvernements du Chili et du Royaume-Uni dans un engagement formel sur la conservation des champignons signé en 2024. Ce dernier vise à reconnaître le règne de la fonge dans la législation, les politiques et les accords internationaux.

Comme quoi les champignons, c’est vraiment la base de la vie, comme le résume la directrice générale de Nature Québec : « Il n’y aurait pas de vie sur Terre sans les champignons. Ce sont les premiers organismes dans le monde qui ont commencé à extraire les minéraux des roches et à les utiliser pour se reproduire. Ce sont donc les champignons qui ont créé les sols. »

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Les champignons ont formé la terre de la Terre, et n’ont pas arrêté depuis. L’ensemble des services que nous rend la fonge est d’ailleurs étourdissant. En voici quelques-uns :

1- symbiose avec 90 % des plantes pour leur fournir azote et phosphore;

2- régulation de l’érosion des sols;

3- séquestration annuelle du tiers (!) des émissions mondiales de carbone issues des combustibles fossiles;

4- décomposition des polluants environnementaux, comme le pétrole, les métaux lourds et les pesticides;

5- renforcement des défenses des arbres contre les parasites et les maladies;

6- base de nombreux médicaments essentiels, dont la pénicilline;

7- et sans champignons, pas de vin, pas de bière, pas de pain, pas de fromage – et pas de chocolat!

En plus, les champignons contribuent à atténuer le problème de l’accès mondial à l’énergie durable en produisant de l’électricité à partir de biomasse végétale.

Le champignon, au fond, c’est un superhéros.

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Québec en sait presque autant que moi sur les champignons

Il serait dans l’intérêt économique de notre gouvernement d’agir pour protéger la fonge, qui est aussi sensible que la faune et la flore à la dégradation des sols, à l’étalement urbain, aux coupes forestières et aux changements climatiques.

Comme le dit si bien Alice-Anne Simard, « on ne pourrait avoir d’agriculture sans champignons, et on ne pourrait avoir de foresterie sans champignons. Si on veut s’assurer que ces filières restent viables, la biodiversité dans son ensemble – incluant les champignons – doit être mieux protégée ».

D’ailleurs, les retombées économiques mondiales de l’industrie liée aux champignons sont estimées à près de 55 milliards de dollars américains.

Sachant tout ça, on est surpris d’apprendre que le Plan nature 2030 du gouvernement du Québec ne fait nulle part mention des champignons, et encore moins de leur protection. Le plan a pourtant comme objectif premier de « conserver la biodiversité ».

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« En même temps, c’est normal, parce que ces politiques-là découlent du Cadre mondial de la diversité de Kunming, qui a été adopté à Montréal en 2022 lors de la COP15, et que dans ce cadre mondial, il n’y a pas de référence non plus aux champignons ou à la fonge », déplore Alice-Anne Simard.

Un jour, peut-être que le Québec s’inspirera du Chili, premier pays à avoir mis en place une politique visant spécifiquement à protéger les champignons en dressant une liste des espèces fongiques menacées. « Ça oblige les entreprises et les organismes gouvernementaux à inclure les champignons dans les évaluations gouvernementales des projets », indique Mme Simard. Comme on le fait déjà ici pour les milieux humides, d’ailleurs.

Montrer la richesse pour la protéger

La directrice générale de Nature Québec souhaite rectifier la situation avec le projet Nature alliée, qui vise à créer des aires protégées à partir des milieux naturels riches en carbone. « Veut, veut pas, les écosystèmes riches en carbone, ce sont aussi des écosystèmes riches en champignons », fait-elle valoir.

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Nature Québec s’est allié à Mycosphaera, première organisation à but non lucratif au Canada entièrement vouée à la conservation et à la protection des champignons, afin de dresser l’inventaire de certains milieux naturels pour ensuite démontrer leur richesse au gouvernement.

La Forêt de la seigneurie de Lotbinière, un vieux massif qui date d’avant la colonisation, est la première que Nature Québec voudrait protéger. Mycosphaera y fait présentement l’inventaire de la fonge et élabore en même temps « une approche standardisée qui pourra être appliquée partout au Québec sur l’échantillonnage de champignons », explique Mme Simard.

« Le but, c’est que le Québec reconnaisse que les champignons, c’est primordial, aussi bien pour lutter contre les changements climatiques que pour conserver la biodiversité et atténuer la pollution – et même pour notre économie, notre santé et notre bien-être », conclut la directrice générale.

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Êtes-vous un mycologue amateur? Avant que les champignons ne soient plus qu’un fonge (la pognez-vous?), informez-vous à leur sujet et impliquez-vous dans leur sauvegarde et dans celle de la biodiversité grâce au projet Nature alliée.

Nature alliée est un projet mené conjointement par Nature Québec et la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec (SNAP), avec l’appui financier d’Environnement et Changement climatique Canada. Nous remercions également Mycosphaera pour son apport à cet article.

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