La Catalogne, ce pays qui n’en peut plus de ne pas exister (Deuxième partie)

Le dimanche 9 novembre au matin, une fine pluie irriguait la toujours charmante Barcelone. En ce jour du seigneur, la fréquentation des églises faisait piètre figure comparativement aux écoles, transformées pour l’occasion en bureaux de vote. C’est d’ailleurs aux abords de ceux-ci que j’ai passé la majeure partie de ma journée. Regard en trois temps sur le référendum catalan.

Le mystère planait encore à quelques jours du vote symbolique du 9 novembre. Le gouvernement espagnol laissera-t-il les Catalans voter malgré la suspension du référendum par le tribunal constitutionnel? Les craintes auront rapidement été dissipées.

En effet, les rumeurs qui couraient à quelques jours du vote comme quoi les Mossos d’esquadrat (la police catalane) auraient reçu l’ordre de retirer les urnes des bureaux de vote n’auront donc pas eu lieu. En fait, les jours précédents le 9 novembre ont été étrangement (et heureusement) calmes. Contrairement à ce que certains appréhendaient, le gouvernement espagnol n’est donc pas intervenu pour empêcher la tenue du scrutin ou pour perturber son déroulement.

C’est donc le cœur léger et soulagé que plus de 40% des Catalans se sont déplacés pour se prononcer sur l’avenir de leur région, plusieurs portant discrètement des symboles d’appui à l’indépendance, d’autres carrément drapés dans l’estalada. Malgré le caractère symbolique du scrutin, beaucoup de Catalans étaient enfin heureux de pouvoir se prononcer sur l’avenir de leur région, d’autant plus après les obstacles rencontrés dans les semaines précédentes. Par endroit, il y avait plusieurs centaines de personnes qui attendaient en file à l’extérieur et ce, malgré une température plutôt maussade.

******************

Toutefois, il convient de le mentionner, malgré la tenue d’un vote symbolique, un sentiment de démotivation, voire de frustration, était cependant palpable chez plusieurs indépendantistes qui auraient préféré qu’Artur Mas aille de l’avant avec le référendum. Beaucoup ne comprenaient pas, et ne comprennent toujours pas, qu’à l’instar des Québécois et des Écossais, les Catalans ne puissent pas décider eux-aussi de leur avenir. Même certains opposants à l’indépendance sont pour la tenue d’un référendum, tenant à ce qu’on règle la question une bonne fois pour toute.

La déception des Catalans étaient par ailleurs assez palpable à la partie du FC Barcelone à laquelle j’ai assisté, invité par Alexandre Chartrand, réalisateur du film 300 ans et un référendum sur le processus d’émancipation du peuple catalan. Sur des écrans près de chez vous en 2015!

Car s’il y a bien une institution qui symbolise avec ferveur l’identité catalane, c’est bien le FC Barcelone. Club fondée en 1899, le FC Barcelone est, pour reprendre leur devise, Mes que un club (plus qu’un club). Contrairement au Canadien de Montréal chez nous, le club catalan n’a jamais hésité à jouer la carte identitaire, prenant même position dans de nombreux publics. En ce sens, sans prendre ouvertement partie en faveur de l’indépendance de la Catalogne, le club barcelonais s’est toutefois prononcé en faveur de la tenue d’un référendum.

Ceci étant dit, il s’agissait alors de la dernière partie à domicile avant le vote du 9 novembre. Pour l’occasion, les supporters étaient appelés à se vêtir de jaune pour manifester leur appui à l’indépendance, chose à laquelle, somme toute, moins de gens que ce à quoi nous nous attendions ont répondu.

J’étais également curieux de voir la réaction du public à 17 minutes 14 de la partie. Car, depuis quelques années, en référence à 1714, année où les troupes franco-espagnoles ont pris possession de Barcelone, les partisans du FC Barcelone manifestent avec enthousiasme leur appui à l’indépendance en applaudissant et en scandant des slogans pro-indépendantistes. Or, s’il y a bien eu quelques démonstrations au dit-moment, celles-ci se sont cependant avérées plutôt timides.

********************

Certes, l’annulation du référendum a refroidit les ardeurs de bien des indépendantistes en Catalogne. Georgina, indépendantiste de longue date, m’expliquait qu’Artur Mas n’avait cependant pas le choix, question d’éviter une confrontation avec Madrid qui aurait pu avoir des conclusions bien malheureuses.

En fait, selon elle, cette stratégie de recul était prévue dès le départ. En d’autres termes, ça faisait partie de la feuille de route du gouvernement catalan. Et force est d’admettre que cette stratégie n’est pas si bête puisque la position du gouvernement espagnol d’empêcher les Catalans de se prononcer démocratiquement sur leur avenir aura eu pour conséquence de garnir les rangs des indépendantistes.

Ceci n’a toutefois pas empêché plusieurs milliers d’indépendantistes de se réunir une dernière fois le 7 novembre, soit deux jours avant le vote, question de réitérer leur appui à l’indépendance. Sous le thème Un nouveau pays, le rassemblement se voulait l’occasion de montrer au reste de l’Espagne, mais aussi au reste du monde, que quoique qu’en pense Madrid, le processus vers l’indépendance est bien enclenché en Catalogne et que celui-ci est irréversible.

Le lendemain, c’était au tour des opposants à l’indépendance de se réunir devant la mairie de Barcelone de façon, il faut le dire, beaucoup plus modeste. Ils étaient environ 200. Il faut mentionner ici que les opposants à l’indépendance, de façon à ne pas donner de légitimité à la consultation symbolique, ont décidé de ne pas faire campagne et aussi de ne pas aller voter. Ce qui explique en grande partie pourquoi le SI (oui) a obtenu autant d’appui.

Un manifestant sur place m’expliquait d’ailleurs qu’ils s’étaient rassemblés non pas pour convaincre les Catalans de rester au sein de l’Espagne mais davantage pour leur dire que leur démarche était illégale. «  Seul la totalité des Espagnols peuvent décider du sort de la Catalogne. Or, s’il y a un référendum, celui-ci doit être organisé par Madrid et permettre à tous les Espagnols de voter » me disait-il.

Lorsque je lui ai demandé ce qu’il pensait du référendum en Écosse, celui-ci m’a répondu ne pas être très au courant et que de toute façon, la Catalogne n’est pas l’Écosse. Argument qui, pour m’en confesser, ne m’a guère convaincu!

*****************

Bien évidemment, il est plutôt difficile de prédire avec justesse l’issue du résultat advenant un vrai référendum en Catalogne. La totalité des indépendantistes à qui j’ai parlé m’ont affirmé être convaincus qu’une majorité de Catalans choisiraient la voie de l’indépendance si une telle occasion s’offrait à eux.

S’il faut en croire l’attitude de Madrid, les opposants à l’indépendance semble eux-aussi convaincus de la même chose. Force est d’admettre qu’à défaut de pouvoir convaincre les Catalans de rester au sein de l’État espagnol, les empêcher de voter reste donc la dernière option. Mais combien de temps encore l’Espagne pourra-t-elle s’opposer à la volonté populaire des Catalans? Ailleurs dans le monde, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander au gouvernement espagnol de laisser les Catalans trancher démocratiquement de la question.

*****************

En somme, le mouvement semble à ce point avancé en Catalogne que seule l’obtention d’un nouveau statut reconnaissant la Catalogne comme une nation et assorti d’une plus grande autonomie pourrait sauver les meubles. Mais je ne parierais pas ma chemise sur la possibilité que cela puisse survenir!

Alors quelle possibilité reste-t-il pour les Catalans? Dans les prochaines semaines, voire les prochains mois, il est fort probable que le président Artur Mas annonce la tenue d’élection anticipée de type référendaire. Car si Madrid peut interdire un référendum, le gouvernement espagnol ne peut pas grand chose contre des élections. Pour l’occasion, les partis indépendantistes seraient représentés sous la même bannière. Dans l’éventualité d’un résultat de 50%+1 en faveur des indépendantistes, la Catalogne déclarerait unilatéralement son indépendance en chambre.

De nombreuses interrogations se posent toutefois. Certes, se reconnaître soi-même comme un pays est déjà un bon départ. Cependant, si les autres pays ne te reconnaissent pas comme tel, ça ne donne pas grand-chose. Nous n’avons qu’à penser aux cas du Kosovo et de la Palestine. Or, il est peu probable que les pays aux prises avec des mouvements indépendantistes en leur sein (Canada, France, Italie, Royaume-Uni) reconnaissent l’indépendance de la Catalogne tout comme d’autres pays qui ne voudront pas créer de tension avec l’Espagne. À suivre.

***************

Toujours est-il qu’indépendamment de la suite des choses, le mouvement indépendantiste catalan ne s’éteindra pas de sitôt. Mes deux semaines passées en Catalogne m’ont permis de constater que  les Catalans sont plus que jamais déterminés à trancher le débat de façon démocratique et ce, n’en déplaise au gouvernement espagnol.

Pour ma part, je continue ma tournée de régions indépendantistes avec une petite visite au Pays Basque! Ce sera ma dernière destination avant mon retour au Québec et, semble-t-il, à l’austérité, autant individuellement que collectivement!

*******************

En terminant, je tiens à remercier Voyage Globallia qui m’a gracieusement offert une commandite pour rendre ce voyage possible!

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up