La bibliothèque idéale: 5 livres d’humour qu’il faut posséder

Pas besoin de livres de blagues de mononcs pour avoir des fou-rires tout seul dans le metro

URBANIA veut vous aider à créer la plus parfaite des bibliothèques. Une bibliothèque variée, renouvelée, qui impressionne les dates, qui donne envie de passer sa vie à lire enroulé dans une grosse couverte. Pour ce faire, on fait appel à différents experts et aujourd’hui, le critique Boris Nonveiller nous fait découvrir la littérature humoristique.

Pas besoin de livres de blagues (qui sont de toute façon souvent des reprises de jokes de mononcs vieilles de 150 ans) pour avoir des fou-rires tout seul dans le métro. En fait cette liste contient même quelques classiques littéraires, catégorie de livre réputée, souvent à tort, d’être constituée de récits lourds et rébarbatifs. Si je me retrouve sur la proverbiale île déserte, ce serait clairement ces sommets de l’humour littéraire que j’amènerais avec moi que ce soit pour tromper l’ennui, ou pour me faire oublier la faim et la solitude qui me tenaillerait.

Des explosions, Mathieu Poulin

Et si Michael Bay n’était pas qu’un réalisateur juvénile de films d’action écervelés tel qu’on se l’imagine, mais plutôt l’un des plus grands penseurs de notre temps? C’est la position que tente de défendre cette fausse autobiographie du cinéaste derrière Armageddon, The Rock et la série des Transformers. On y apprend que Michael Bay a été adopté, et qu’il a été témoin à un très jeune âge d’un carambolage explosif. Recréer la détonation de son enfance devient donc pour lui une quête de sens proustienne, un retour à ses origines inaccessibles. Pendant son temps libre, Michael assiste à des conférences philosophiques, peint des toiles « à mi-chemin entre Kadinsky et Gauvreau » et parle de post-colonialisme avec Martin Lawrence et Will Smith sur le tournage du film Bad Boys. Si Mathieu Poulin réussit à faire vivre le gag de surinterprétation pendant plus de trois cents pages, c’est bien parce qu’on n’est pas simplement dans la complaisance et que cet exercice de style absurde, mais mené d’une main de chef, cache aussi un amour et un hommage au cinéma d’action.

La belle Hortense, Jacques Roubaud

Le quartier Sainte-Gudule, de La Ville, est habité de toutes sortes de personnages déconcertants. Il y a Eusèbe, l’épicier qui a philosophe régulièrement au sujet de sa clientèle, un narrateur qui disputera parfois avec l’auteur le contrôle du récit, un prince Poldève, Hortense, le personnage titre, un mystérieux criminel connu sous le nom de La Terreur des Quincailliers, sans oublier Alexandre Vladimirovitch, le chat le plus sympathique de la littérature depuis Maître et Marguerite. Cette intrigue, qui bascule entre le roman d’aventures et l’enquête policière, va également déconstruire le processus narratif d’une manière très légère et ludique. Roubaud va, par exemple, introduire le concept d’entre-deux-chapitres, sorte d’« espace vert du roman », un lieu de repos où le lecteur peut faire le point de ses réflexions et constater que ses questionnements sont partagés avec l’auteur. On va faire une digression similaire pour nous expliquer pourquoi il n’y a pas de chapitre 13. Mais les canulars et blagues formelles ne ralentissent pas la lecture. Véritables armes du romancier, elles encadrent le récit, le polissent, s’assurant qu’il dérape, mais juste assez pour que le lecteur ait autant de plaisir à le lire que l’auteur en a visiblement eu à l’écrire.

Bouvard et Pécuchet, Gustave Flaubert

Bien qu’il ait écrit des chefs-d’œuvre d’ironie, Flaubert n’est pas le premier qui vient en tête quand on pense aux auteurs comiques. C’est une terrible injustice qu’il faut rectifier dès maintenant, car Bouvard et Pécuchet est sans doute le livre le plus drôle du dix-neuvième siècle. Les deux personnages du titre se rencontrent sur un banc et découvrent qu’ils ont tous les deux eu la brillante idée d’écrire leur nom dans leurs chapeaux. Cette constatation devient le premier pas d’une amitié. Les joyeux copains vont déménager ensemble dans une maison de campagne pour consacrer tout leur temps libre à s’éduquer sur des sujets variés : la politique, la science, la littérature, l’amour, la philosophie. Et ils le feront en consultant de nombreux livres d’éminents spécialistes, la plupart du temps sans en comprendre la moitié, ou en les interprétant au pied de la lettre. Sorte de roman de « désapprentissage », Bouvart et Péuchet est à la fois un hommage à la connaissance et un livre sur l’imbécilité. Cerise sur le gâteau, le récit est suivi par un dictionnaire des idées reçues, une sorte de glossaire satirique sur la vie mondaine de l’époque, où on apprend entre autres que le spiritualisme est le meilleur système philosophique et qu’il ne faut mentionner l’érection qu’en parlant de bâtiments.

Exercices de style, Raymond Queneau

Une histoire simple : sur un autobus, le narrateur voit un type drôlement vêtu qui se dispute avec un autre voyageur, puis qui va s’asseoir sur une place libre. Un peu plus tard, le narrateur croise le même homme qui parle de mode avec un ami. Cette histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes : en n’utilisant que des métaphores, que des phrases exclamatives, que des syncopes, que des italianismes, que des interjections, en alexandrins, en forme de sonnet, de récit, de mémoire, de pièce de théâtre, en essai philosophique, etc. Ici, comme dans La belle Hortense, l’humour vient parce que l’auteur s’amuse comme un fou et que ça devient rapidement contagieux. En plus d’être un tour de force, c’est une preuve que la seule limite posée par la littérature, c’est notre propre langage : une fois qu’on le maitrise, tout est possible.

L’Attente infinie, Julia Wertz

La bande dessinée autobiographique de Julia Wertz parle de beaucoup de choses, de son combat contre l’alcoolisme, de tous les boulots de bar qu’elle a eu, de ses problèmes de santé, de son anti-sociabilité quasi maladive, et tout ça est à mourir de rire. L’Attente infinie est une belle preuve qu’on peut rire de tout et surtout de ses propres malheurs. L’humour noir de Wertz atteint une démesure plutôt rare, et malgré tout, il reste sincère. S’il y a cynisme, c’est un cynisme plein d’espoir, moqueur, direct, tranchant, mais jamais complaisant. Et surtout, même si la jeune auteure examine son quotidien d’autrefois avec une autodérision vitriolée, elle garde une certaine lucidité et une volonté de s’en sortir malgré tout.

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