La bataille des régimes de retraite

Je m’amuse beaucoup, depuis l’étranger, à lire les textes catastrophistes des alarmistes québécois. Il faut protéger les générations futures. La fin du monde est proche.

Le Québec est au bord du précipice. Il faut régler rapidement les problèmes des régimes de retraite dans la fonction publique, sans quoi nos enfants vont y goûter. Et ne mentionnez même pas que les municipalités, les premières visées par la loi 3 du gouvernement, pourraient payer plus que les employés. Ce serait dire que l’ensemble de la population paierait pour les retraites dorées des fonctionnaires.

On sait déjà ce qu’on pense des fonctionnaires. Des gloutons.

Pourtant, avec un peu de recherche et de bonne foi, on constate que depuis l’arrivée du néo-libéralisme dans le discours des politiciens au pouvoir (Lucien Bouchard, quelqu’un?), la saignée des fonds de retraite avait bel et bien commencé. Par exemple, les chauffeurs de la STM avaient dû retourner au travail en 1999, forcés par une loi spéciale, et accepter une entente qui prévoyait le recul drastique des cotisations de l’employeur aux régimes de retraite de leurs employés.

À l’époque, la même urgence économique avait été évoquée, ces générations futures qui ont le dos large, pour exiger ces mesures draconiennes.

La situation s’est répétée dans plusieurs municipalités du Québec où les cotisations patronales ont cessé ou diminué drastiquement depuis 20 ans.

Certains syndicats sont tout-puissants et se sont prévus des retraites dorées, voire abusives. On peut citer les policiers ou les pompiers montréalais en exemple. Chaque moyen de pression qu’ils posent a un impact majeur sur la société et forcent souvent les élus à répondre à leurs revendications. On pourrait en dire autant des médecins spécialistes et de leurs hausses éhontées de salaire depuis quelques années.

Par contre, la majorité des fonctionnaires sont des humbles gens. Les syndicats qui les représentent n’ont pas l’image frappante que possèdent les pompiers ou les policiers pour appuyer leurs revendications. Ils ont donc perdu plusieurs acquis au fil des ans, et de nombreuses cotisations de la partie patronale à leurs fonds de pension.

Doit-on s’étonner aujourd’hui que ces fonds soient déficitaires?

Ainsi, dans plusieurs cas, pour que justice soit rendue, ce sont les anciens élus qu’il faudrait tenir responsable de la mauvaise gestion des fonds de retraite qu’on remet en question aujourd’hui. Malheureusement, ce sont les contribuables qui devraient aujourd’hui payer pour ces politiciens gâtés par une vision à court-terme des dépenses publiques. Malheureusement encore, c’est cette même vision à court terme de l’économie qui a mené à la mise en place de la loi 3 du gouvernement québécois. Celle-ci, rappelons-le, exige un ajout d’argent à part égale entre syndicats et patrons, peu importe à qui va la faute du manque à gagner.

Je n’ai aucun régime de retraite. Travailleur autonome, je dois tout faire moi-même. Par contre, contrairement à plusieurs collègues blogueurs, je ne tombe pas dans la jalousie malsaine pour autant.

Si quelqu’un possède un régime de retraite décent, on devrait célébrer et tenter de répéter l’expérience plutôt que d’agir comme des enfants gâtés en critiquant ceux qui, collectivement, ont su préparer leurs vieux jours avec beaucoup plus de prévoyance que nous.

Twitter: etiennecp

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up