Kijiji et l’abominable recherche d’appartements

Quitter ma colocation douteuse pour me dénicher un chez moi potable a été comme m’aventurer sur la route de briques jaunes : je sentais l’excitation d’un nouveau chapitre qui commençait sans me douter que la Dorothée en moi se pognerait le talon dans les craques de briques et trébucherait quelques fois en chemin.

Je croyais dur comme fer trouver un 3 ½ de luxe dans Outremont pour 600$ tout inclus avec un balcon en fleurs, un bain sur pattes et un majordome qui me réveillerait le matin avec du thé chaud et des croissants frais. Hélas, j’ai rapidement dû me faire à l’idée que les chances que cela se produise seraient aussi probables que de trouver un nain dansant la macarena dans une boîte de Lucky Charms. Après avoir passé une partie de mon été sur Kijiji, j’ai remarqué un certain pattern chez beaucoup d’annonceurs. Tous semblaient avoir un logement à louer de style Taj Mahal dans un quartier bien branché pour aussi peu que 12 paiements faciles de 450$ par mois.

Suite à plusieurs semaines de mésaventures, voici le genre d’annonces desquelles il faut férocement se méfier.

Les mensongères

Super beau 2 ½ aspect loft, Plateau, très éclairé, 500$ tout inclus

Attention ici : ne jamais, jamais truster une annonce qui mentionne l’aspect loft. C’est le plus gros mensonge de l’histoire de l’humanité. Le seul point commun entre un appartement d’aspect loft et un vrai loft est le fait que les deux sont à aire ouverte. En effet, le logement à louer est en réalité un misérable studio pas de portes qui se situe aux extrêmes limites du Plateau. Je suis quand même allée en visiter un dans ce genre-là, pour ma bonne conscience. Tout était inclus, c’était vrai : un four portatif à 2 ronds, un frigo miniature et une grosse coquerelle qui faisait sa marche quotidienne dans la seule pièce du logement. Micro conseil : fuyez les appartements d’aspect loft, à moins que vous n’ayez rien de mieux à faire. Et encore là, ce serait peut-être le temps d’apprendre à réciter l’alphabet à l’envers.

Les pas de photos

Magnifique 3 1/2, illuminé, rénové, fraîchement peint, mur de briques, grande chambre fermée avec foyer, 400$

Et pourtant, ces annonces sont souvent très alléchantes. Je suis de nature méfiante, mais, fouillez-moi, j’ai quand même été prise à ce malheureux piège. Le pattern était le même : l’excitation s’emparait de tout mon être, je suais des paupières, je devenais un brin psycho et j’appelais 18 fois au numéro laissé dans l’annonce parce que, évidemment, jamais personne ne répondait du premier coup. Je laissais un message sur la boîte vocale avec un trémolo dans la voix, le tout agrémenté d’un soupçon de menace pour m’assurer que le proprio sentirait mon intérêt. On me rappelait pour visiter, mais c’était du pareil au même. «Rénové» voulait dire «on a enlevé la moitié du tapis» et «foyer» signifiait 3-4 chandelles sur le bord de la fenêtre crottée. C’est ainsi que les annonces pas de photos ont pris l’bord.

Les bourrées de fautes de français en caps lock

SUPER APARTEMNTN !!!!!! DANS ROZEMONT PRÈS DU MÉTRO,, PREMIÉ MOI GRATUIT, SVP APPELER MOI URJENT !!!!!!

Là, après 1 mois de recherche j’en avais plein mon ti cass’. Je devais quitter asap l’endroit où je me trouvais. J’étais presque prête à apprendre la harpe et à déménager dans une colocation de 34 personnes où le partage de tout-e et le composte sont à l’honneur. Alors, j’ai donné une chance à la joie de vivre du malheureux qui avait rédigé l’annonce. D’abord, parce que les 56 points d’exclamation stimulaient mon manque d’enthousiasme. Et ensuite, parce que je refusais de croire que l’appartement serait aussi dégueux que l’orthographe de ce pauvre humain. Je me suis donc rendue à destination à reculons, et je fus bien surprise. L’appartement était charmant et le concierge non familier avec le Bescherelle était bien sympathique. Jusqu’à temps qu’il me dise que je devais payer d’avance le premier mois en cash et que si jamais je ne passais pas l’enquête de crédit, je ne récupérerais pas mon argent. Nice try, bro.

Là, j’en pouvais pu de Kij’. J’avais visité je ne sais plus combien de trous à rats et j’étais rendue au stade où je connaissais par cœur toutes les annonces de tous les apparts de toute la métropole. Je désespérais en écoutant Donne-moi ma chance des B.B. quand, tout à coup, une intéressante annonce que je n’avais jamais vue a poppé en première page. Surprise : mes critères étaient en majorité répondus et les photos m’apparaissaient correctes. Bon. C’était quoi la passe ? Le proprio serait-il du genre à débarquer sans prévenir ? À débarrer la porte lui-même si ça ne répondait pas ? Serait-il un fervent adepte de Mi casa es tu casa? Tant de questions fusaient dans mon esprit. Mais puisque j’étais désespérée, j’ai appelé pour visiter.

Guess what : tout était parfait, incluant les proprios. Ce n’était pas la Cité d’Émeraude, mais je savais que je pouvais pimper l’endroit et l’arranger à mon goût. Maintenant, je suis enfin installée dans mon chez moi et comme dirait James Brown, I feel good. À tous les matins, quand j’enfile mes pantoufles de rubis (not, ce sont des faces de cochon en moumoutte rose) pour aller me faire un café, je me répète toujours: there’s no place like home.

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