Jusqu’à ce que la mort vous sépare

Dans cette réalité moderne qui est la nôtre, on se sépare, on divorce, on butine, on rencontre, on fuckfriend, on one-night, on hook up, on demeure célibataire, on s’unit sans vouloir se marier…

On l’entend souvent sous forme de reproche : Les jeunes sont pu capables de s’engager! Gang d’égoïstes, immatures, frivoles, sans repères!

Est-ce qu’on fait partie d’une génération qui choke devant l’engagement?
Peut-être.

Est-ce que c’est mauvais?
Peut-être pas.

Engagement : Acte par lequel on s’engage à accomplir quelque chose; promesse, convention ou contrat par lesquels on se lie.

C’est ce qu’on lit dans le Larousse.
Ok.
Oui.
Ça sonne un peu rigide, mais ça fait du sens.

Par contre, quand on ancre le concept dans la vie conjugale, quel est ce “quelque chose” qu’on “s’engage à accomplir”?
Par quoi “on se lie”, autre que par un contrat de mariage si la tradition ne nous branche point?
Quelle “promesse” se faire et saurons-nous l’honorer, dans le meilleur comme dans le pire?

Admettons qu’en terme de coûts et de bénéfices ta relation est désormais constituée à 25% de meilleur et à 75% de pire, est-ce que c’est lâche de briser l’engagement ou c’est lâche de rester parce que tu t’es engagé?

“EH LA LA LA! À quoi ça réfère, finalement, l’engagement au sein d’un couple, en 2016?” scandais-je, au grand désespoir.

Moi aussi j’aurais bien le goût de cracher les termes “relations jetables!”, “perte de sens!”, et “gang de peuuureux!” tout en vous disant que l’amour, le vrai, le grand, le stable, le TOUTE, il existe POUR TOUS. Et que OUI! Si on y croit, il va TRIOMPHER!

Qu’il suffit simplement de compromis, de patience, de ci et de ça!
Mais j’peux pas faire ça…
Parce que je n’ai aucune certitude quant au réalisme de cette affirmation.

C’est donc en tout respect que je ne vous beurrerai pas la face avec un romantisme convenu.

Suite à ce qui peut sembler être un sombre constat, apportons un peu de lumière : j’aimerais ici acheter 3 voyelles et 5 consonnes pour former le mot “investir“. Comme dans “s’investir”. Définition?
Attacher une grande valeur affective à quelque chose.

Tiens donc..!

Peut-être que plusieurs ne s’engagent plus old fashion style à grand coup de contrats longitudinaux, mais il n’en demeure pas moins que la capacité de s’investir peut toujours être présente. C’est peut-être différent, ça flashe possiblement moins qu’une garnotte de chez Birks et qu’un tuxedo fancé, mais ç’a de la valeur quand même!

S’investir affectivement sans s’engager dans des promesses? I get it!
S’engager dans des promesses sans s’investir affectivement? Me paraît moins intéressant…

Je crois qu’il y a moyen de bien se choisir.

J’en conviens, ça peut être difficile quoi que possible de se choisir “pour toujours”. Il y en a qui réussissent et qui sont vraiment heureux. Et beaux.
Beaux parce qu’ils sont heureux.
Pas beaux parce qu’ils sont en couple.
La nuance est importante!

C’est vrai! Avant de pousser un soupir de pâmoison suite à l’affirmation “Ça fait 10 ans qu’on est ensemble!”, on pourrait prendre l’habitude d’enchaîner avec “et pendant cette période, vous avez été fondamentalement satisfaits dans quelle proportion?”.
Ça laisserait peut-être place à certains frettes.
J’dis ça de même.

Le “modèle de référence” aka le couple hétérosexuel stable s’étant marié tôt dans leur vie et évoluant clopin-clopant, soulignant les décennies de conjugalité à grand coup de salle louée et de gâteau blanc s’en vient peut-être désuet… Pas qu’il n’est plus admirable! Seulement, il se présente avec d’autres modèles de relations. Qui ne sont pas moins louables parce que plus récents.

Non, mais qui sait? Peut-être qu’à un certain moment de l’Histoire avec un grand H, on va regarder en arrière et se dire, en gloussant légèrement : “Sapristi! Les gens étaient amenés à être en couple avec UNE personne et à passer leur vie avec elle…!”.

La réalité évolue, on s’adapte au fait que notre vie n’est plus nécessairement encadrée par un cadre religieux ni définie par des histoires de lignée familiale.On a quand même nettement plus d’options qu’en 1920! Peut-être que grand-papa aussi aurait voulu expérimenter davantage si des moyens comme Tinder et Grindr s’étaient offerts à lui…

Dans le fond, l’important, c’est de trouver son bonheur et d’éviter d’idéaliser celui des autres.

Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants n’est pas l’objectif de tous. Formez un “ils” si vous voulez, mariez-vous si ça vous fait du sens, pondez l’enfant si ça vous enchante, mais surtout, surtout, vivez heureux!

Pour lire une autre chronique de Julie Lemay : “Dis-moi qui tu baises, je te dirai qui tu es”

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