Kevin Millet

Julianne Côté se prête au défi « 10 films marquants » avec nous

« J'aurais pu devenir la meilleure cinéaste au monde, mais j'ai pas le temps, parce qu'il faut que je réécoute Batman Returns ».

URBANIA et le Festival Plein(s) Écran(s) s’unissent pour vous faire découvrir le cinéma autrement.

Julianne Côté est porte-parole du festival Plein(s) Écran(s), un concept vraiment original où des courts-métrages d’ici et d’ailleurs seront diffusés directement sur Facebook. C’est le tout premier festival dans le genre.

On a donc eu l’idée de soumettre Julianne au dernier trend sur Facebook, en lui demandant de décliner les 10 films qui l’ont le plus marquée.

Concept, hein?

Julianne Côté nous a donc proposé 10 films qui partagent une trame commune: des histoires de femmes… et Michelle Pfeiffer.

Oui, oui, Michelle Pfeiffer.

Interiors (Woody Allen, 1978)

«C’est un film qui m’a surprise. Il n’y a aucune musique. Tout ce qui est l’image, la direction artistique, c’est très froid, en tons de beige, gris, bleu pâle. C’est un film de famille, sur la compétition entre femmes dans les familles, entre sœurs, mais aussi mère/fille.

C’est l’histoire d’une femme qui se fait laisser après un long mariage par son mari qui décide de prendre son bonheur en main et de s’en aller, même si c’est elle un peu qui l’a fait vivre, qui l’a poussé à se surpasser.

Après ça, c’est un peu la descente aux enfers de cette femme-là qui se sent délaissée et abandonnée, mais qui va également faire souffrir une de ses filles qui est très proche d’elle et qui veut juste l’aider, mais elle préfère la plus vieille qui lui accorde plus d’importance.

C’est un film sur l’injustice qu’on peut ressentir parfois dans une famille».

Safe (Todd Haynes, 1995)

«C’est une femme qui cherche un peu sa destinée, dans son mariage et dans une vie de femme au foyer, et qui est entourée de familles et de maisons parfaites. Elle a un peu de difficulté à trouver sa place là-dedans, et elle s’oublie et s’anéantit un peu en voulant que tout soit parfait. Elle veut que son environnement soit parfait, jusqu’à s’en rendre malade.

On assiste aussi à l’impuissance de son mari, et à la difficulté de ces couples [dans les années 70 durant lesquelles se déroule le film] à communiquer et à dire ce qu’ils ressentaient. C’est toute l’impuissance dans le non-dit.

C’est une direction artistique encore une fois incroyable, très colorée, on est à l’opposé de Interiors.

Il y a une scène plan-séquence où Julianne Moore fait une crise de panique dans sa voiture, et ça m’a subjuguée, cette scène-là vaut le film».

Carrie (Brian de Palma, 1976)

«C’est le genre de film qui me fait ultra-peur, plus que du gore. C’est beaucoup d’angoisse, la religion catholique qui est exploitée de façon épeurante.

C’est une fille élevée par sa mère monoparentale illuminée, et qui est mise à part par les gens de sa classe un peu à cause de ça. Elle a le pouvoir de télékinésie, mais elle ne le sait pas, et elle s’en rend compte quand elle vit une émotion vive.

Ça m’a marquée pour la musique, pour le rapport au catholicisme. Moi, j’ai été élevée par ma grand-mère. C’était beaucoup plus soft que ça, mais j’allais à la messe tous les dimanches, j’ai quand même ce rapport-là à l’Église. Ça m’a un petit peu happée de voir qu’il y a ce côté horreur associé à la religion catholique.

C’est vraiment juste un film sur l’adolescence, sur le désir d’appartenir aux autres, d’aimer et de se faire aimer tout simplement».

Birth (Jonathan Glazer, 2004)

«[Jonathan Glazer], c’est un cinéaste que j’admire énormément, parce que les trois films de lui que j’ai vus sont complètement différents, dans des univers complètement opposés.

C’est Nicole Kidman qui tient la vedette et qui est incroyable. C’est une de ses plus grandes performances à mon sens. Elle joue une femme qui a perdu son mari quelques années plus tôt. C’est le grand amour de sa vie qu’elle a perdu, mais elle se remarie, un peu par dépit. On la sent effacée, comme s’il lui manquait une partie d’elle-même.

Un moment donné, un petit garçon fait irruption dans sa vie et lui dit être la réincarnation de son ancien mari. Sur le coup, évidemment que c’est farfelu et impossible, mais de fil en aiguille, le petit garçon détient des informations assez troublantes et véridiques sur son ancien mari et leurs petits secrets entre eux. Elle va sombrer dans cette espèce de folie de retrouver son mari à travers ce petit garçon-là.

Je pense entre autre à une scène en plan-séquence à l’opéra. C’est impossible à jouer, mais elle le rend d’une façon… Toute la gamme des émotions passe par ses yeux, et ressort de façon super juste et raffinée. Elle passe de la tristesse à la colère à l’acceptation, et tout se passe par son regard, c’est vraiment juste un close-up de son visage pendant 2-3 minutes. C’est superbe».

Dangerous liaisons (Stephen Frears, 1988)

«J’ai un gros laminé de ce film-là dans mon salon, c’est dégueulasse, et il ne s’en ira jamais de là. C’est le film qui a marqué mon adolescence.

C’est un film sur la trahison, l’orgueil, l’amour, la richesse, la peur du ridicule, de perdre l’autre, la peur des grands sentiments. C’est une fresque historique et merveilleuse.

Mon père m’a dit un moment donné : « Là, t’as pu le droit de l’écouter » parce que je me réveillais le matin les yeux bouffis pour aller à l’école parce que j’avais trop pleuré.

C’est un film sur la grandeur des sentiments et sur la peur d’être rejeté».

Ponette (Jacques Doillon, 1996)

«C’est vraiment important pour moi ce film-là parce que j’ai vécu quelque chose de très similaire, ça rendait ça un peu troublant à écouter.

Moi j’ai perdu ma maman aussi quand j’avais trois ans. C’est l’histoire de cette jeune fille-là qui n’est pas laissée à elle-même parce qu’il y a plein de gens autour, mais qui est laissée à elle-même à quelque part dans sa tristesse et dans son deuil, mais aussi dans l’incompréhension. À cet âge-là, c’est pas tangible la mort.

On assiste à ça, ce deuil de cette petite fille-là qui ne comprend pas trop, qui essaie de survivre dans le monde sans sa maman.

Il y a une scène à la fin où la mère, incarnée par Marie Trintignant, apparaît à sa fille. Une scène tout à fait poétique et magnifique où elle dit à sa fille de ne pas s’en faire. C’est admirablement joué et je trouve que cette image-là est magnifique et forte».

Scarface (Brian de Palma, 1983)

«J’ai trois films avec Michelle Pfeiffer dans ma liste! [note: Dangerous Liaisons était le premier.]

Un film à grand déploiement, les États-Unis à leur pire et meilleur, la montée d’un jeune immigrant qui essaie de faire sa place dans la vie, mais qui tombe dans le crime organisé, un casse-cou débrouillard mais en même temps loyal, qui fait son chemin de façon grandiose mais qui va en payer le prix.

Les films de mafia, ça m’impressionne. Cette vie-là, où tu sais jamais. Tu peux aller faire ton épicerie, et recevoir une balle dans la tête, ou retrouver ta femme morte chez vous. Tu es tout le temps sur le qui-vive. Il y a quelque chose de courageux en même temps, tu vis à 110% à chaque seconde de ta vie.

Michelle Pfeiffer qui est tellement belle! Elle incarne la perfection américaine, l’idée qu’on se fait d’une belle fille dans ces années-là, mais qui en même temps souffre énormément.

C’est des rôles de femmes très très aimantes, maternelles, naïves. Elle meurt à la fin, il se fait attaquer et elle se fait cribler de balles. C’est des femmes qui subissent les mauvais coups des hommes qui ont la soif de pouvoir et de gloire, qui sont orgueilleux et qui ne voient juste ça, et qui finissent par en oublier les personnes qui les aiment le plus».

Blue Jasmine (Woody Allen, 2013)

«Je trouve que c’est son meilleur film contemporain [à Woody Allen],  c’est un chef-d’oeuvre. C’est très Woody, très sax, très jazz, le générique d’ouverture, comme tous ses grands classiques. Une performance de Cate Blanchett qui est hallucinante. Elle joue une femme qui a tout perdu, son mari travaillait dans la bourse, mais il a commis des délits d’initié et de la fraude.

Elle retrouve donc sa sœur après plusieurs années, mais elle l’avait complètement ignorée et délaissée pendant qu’elle vivait une vie de riche. Elle va vivre chez elle pour se remettre sur pied, et sa sœur l’accueille à bras ouvert même si elle s’est fait rabrouer pendant des années.

C’est un jeu tellement raffiné et parfait. Je sais que Woody Allen souvent ne répète pas avec ses acteurs, alors je me dis que Cate Blanchett a composé elle-même ce personnage. Ça m’étonne à quel point elle a pu arriver avec un personnage aussi juste, aussi sensible, aussi démuni mais en même temps orgueilleuse».

The Squid and the Whale (Noah Baumbach, 2005)

«J’ai pas mal aimé tous les films de Noah Baumbach, c’est vraiment un cinéaste qui m’inspire énormément. Il fait des films cru, naturels, vrais, justes, sans fioritures. Son humour me fait rire, dans des petits détails, dans des zooms de caméra ou dans une fraction de seconde, dans le rictus d’un personnage. On sent que c’est son intelligence qui fait que c’est si bon.

Mais particulièrement dans ce film-là, on suit une famille qui vit un divorce, c’est dans les années 70, et la femme décide de partir, même si c’était moins coutume à l’époque. C’est l’éclatement de la famille, le poids que la femme a sur les épaules.

C’est un film avec beaucoup d’humour, beaucoup d’affection. Même si c’est l’éclatement d’une famille, il y a quelque chose de beau aussi, tout le monde s’aime».

Batman Returns (Tim Burton, 1992)

«Mes amis et ma famille ne sont plus capables de m’entendre parler de ce film-là. C’est à cause de ce film-là que je suis comédienne. Quand je vais pas bien, quand je suis triste, c’est ce film-là que je mets, y’a pas de mauvaise raison pour l’écouter.

J’aime tout de ce film-là. Tout d’abord, c’est Tim Burton. J’aime que le Batman soit traité de façon plus cartoonesque.

On ne sait pas à quelle époque on est. Les gens sont habillés en années 50, mais il y a la batmobile et de la technologie à ne plus finir. J’aime cette dichotomie.

La musique de Danny Elfman…oh my god. Je l’écoute souvent dans le métro! C’est des orchestres grandioses, c’est magnifique.

Michelle Pfeiffer, c’est la meilleure Catwoman ever. C’est une montée un peu féministe d’une femme qui subit sa petite job, qui subit le harcèlement de son patron, qui subit le fait qu’elle n’est pas capable d’entrer en relation, que sa mère ne la trouve pas assez bonne, et elle renverse la vapeur en devenant Catwoman.

J’avais 3 ans quand je l’ai écouté. Je me sentais submergée d’une émotion quand j’écoutais ça qui me faisais vibrer, c’était tellement grandiose le jeu des acteurs, la musique, les costumes, les décors… tout cet univers-là me faisait vibrer. J’avais plus le droit de l’écouter un moment donné, parce que quand on allait au club vidéo et que c’était mon tour de choisir le film, je voulais toujours choisir ce film-là, et mon père a fini par dire : «non, là, force-toi».

J’aurais pu devenir la meilleure cinéaste au monde, mais j’ai pas le temps, parce qu’il faut que je réécoute Batman Returns».

Si cette liste de films alléchante vous a donné le goût d’explorer davantage le 7e art, le festival Plein(s) Écran(s) est l’occasion rêvée. Du 5 au 15 décembre, des films seront diffusés gratuitement sur la page du festival. Mais attention, ils ne seront disponibles que pour 24 heures: «il y a une urgence à écouter les films!»

Et Julianne vous en propose deux qu’ils l’ont particulièrement marquée. Le premier, c’est Paupière mauve, réalisé par Gabrielle Demers: « C’est un film merveilleux, sur les premiers balbutiements d’une jeune adolescente. Les plans sont super léchés, c’est un petit poème. Un 10 minutes qui passe tellement rapidement!»

Elle vous suggère également Charles de Dominic Étienne Simard, «un film d’animation que j’ai trouvé super sensible et magnifique».

Pour tout savoir sur le festival et sa programmation, cliquez ici!

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