Journée des travailleurs et fête du Travail : repérez les différences

Comment la peur des communistes nous a enlevé une journée de congé

Vous ne le savez peut-être pas, mais aujourd’hui, c’est la Journée internationale des travailleuses et travailleurs. 

Si vous nous lisez en ce moment au travail en regardant par-dessus votre épaule pour ne pas vous faire pogner par votre boss, bonne fête!

Mais ça se peut très bien que vous ne sachiez pas que ce soit la Journée des travailleurs, parce que ça fait pas grand-chose de spécial comme journée. C’est pas comme si vous étiez en congé pour ça. 

C’est pas comme si vous étiez en congé pour ça. 

Et là, si vous vous dites «Ouin, mais me semble qu’on a congé à la fête du Travail», ouin, c’est ça, c’est pas la même fête.

Au Québec, on a deux fêtes qui célèbrent le travail: la Journée des travailleurs, en mai, et la fête du travail, en septembre. 

Regard sur la petite histoire de ces deux fêtes. 

La faute des États-Unis

En fait, le fait qu’on célèbre deux fêtes différentes, c’est pas une particularité du Québec; c’est une particularité nord-américaine. 

Partout dans le monde ou presque, LA fête pour les travailleurs, c’est la Journée des travailleurs, qu’on appelle souvent May Day. 

La tradition est européenne, et là-bas, c’est le gros party.

La tradition est européenne, et là-bas, c’est le gros party: parades, barbecues, mais surtout, journées de congé. 

Et cette tradition remonte à la fin des années 1800. Sauf que les États-Unis, et leur président de l’époque, Grover Cleveland (je sais, quel nom), tripaient pas pantoute sur l’idée de la journée des travailleurs. Ils ont donc créé une deuxième journée du travail, en septembre. 

Pis nous, comme d’habitude, on a suivi les États-Unis. 

Mais pourquoi la journée en mai les faisait suer de même? À cause des maudits communisssss.

Le massacre de Haymarket

Curieusement, même si la tradition de la Journée des travailleurs est née en Europe, c’était pour souligner un événement aux États-Unis. 

Le 1er mai 1886 à Chicago, des travailleurs décident de quitter leur job en même temps pour aller manifester pour la journée de travail de 8 heures. C’était le printemps, il faisait beau, on les comprend. Ça part un mouvement. 

Le 4 mai, des travailleurs manifestent pacifiquement à Haymarket Square, assez pour que le maire de Chicago appelle le chef de police pour lui dire: «C’est beau, c’est tranquille, tu peux renvoyer tes hommes à la maison». 

Le chef de police, John Bonfield, devait avoir des problèmes d’audition assez graves, parce qu’il comprend «FONCE DANS LE TAS!». Quelque 180 policiers foncent dans la foule restante, le monde panique, quelqu’un lance une bombe. Sept policiers meurent, et les agents ripostent en tirant dans le tas. 

On se retrouve avec, en plus des policiers abattus, 4 à 8 victimes civiles et une trentaine de blessés. 

On organise un procès truqué, on condamne 8 anarchistes pour la bombe (dont certains qui n’étaient même pas présents à la manifestation) et on pend quatre d’entre eux (un autre se suicide, et les trois autres finissent par obtenir leur pardon).

La faute des communistes

Évidemment, l’événement fait réagir la gauche de l’époque, et les mouvements anarchistes et communistes d’Europe choisissent le 1er mai comme Journée du travailleur, pour souligner l’événement tragique.

La journée se veut aussi une occasion de revendiquer la journée de 8 heures et, plus tard, de souligner l’importance des syndicats et des droits des travailleurs. 

Vous comprendrez qu’y a rien de tout ça qui fait triper les États-Unis.

Vous comprendrez qu’y a rien de tout ça qui fait triper les États-Unis. S’il y a tant de manifestations pour la journée de 8 heures, c’est parce que les dirigeants américains sont pas chauds chauds à l’idée. 

Surtout, les États-Unis n’aiment vraiment, vraiment pas les communistes. Genre presque autant qu’Éric Duhaime. Fait que l’idée de donner congé à tout le monde pour une fête de communistes, c’est vraiment pas le party pour le président américain. 

Grover Cleveland choisit donc le 1er septembre, une journée célébrée par des syndicalistes pas mal plus modérés que les anarchistes d’Europe. Comme si ce n’était pas assez, les dirigeants américains vont changer, au fil des années, la signification du 1er mai comme une journée pour souligner la lutte… contre la gauche et le communisme. Dwight Eisenhower, en 1955, fait du 1er mai la Journée de la loyauté et plus tard, la Journée de la loi. 

Ouin.

Bref, si le reste du monde est en congé aujourd’hui sauf nous, c’est parce que les Américains ont vraiment vraiment peur des carrés rouges. 

Bonne journée là!

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