Pourquoi les jeux vidéo rétro sont aussi populaires ?

Êtes-vous emportés par la vague d'engouement de la SNES Classic de Nintendo ?

La semaine dernière, vous l’avez sans doute constaté partout sur vos médias sociaux : c’était le retour de la Super Nintendo de notre enfance avec le dévoilement de la SNES Classic Edition de Nintendo.

Pour la deuxième année consécutive, Nintendo frappe un coup de circuit auprès des nostalgiques avec la sortie d’une console rétro et de jeux vieux d’une trentaine d’années. Comme quoi il n’y a pas que la télé, avec le retour de Passe-Partout, qui peut faire du neuf avec du vieux en nous créant un besoin qu’on s’ignorait jusque-là.

Ceci étant dit, le phénomène des jeux vidéos rétro prend de plus en plus d’ampleur au cours des dernières années.

La nostalgie expliquée

Le tout s’opère souvent en parallèle des nouvelles sorties sur la PS4 et la Xbox One, par exemple, les collectionneurs de jeux rétro vont débourser des centaines de dollars afin de faire l’acquisition de vieilles cassettes pour des consoles qui ne sont plus commercialisées depuis des dizaines d’années comme la Nintendo, la Super Nintendo, la Sega Genesis et même les générations précédentes comme la Atari 2600 ou la ColecoVision.

On prend la cassette, on souffle dedans et puis voilà.

Pour les non-initiés, le retour de ces jeux plus rudimentaires est inexplicable. Les alternatives contemporaines incluent pourtant de la réalité virtuelle et des graphiques à couper le souffle, ça devrait suffire à éclipser l’offre d’antan. Mais pour les accros du rétro, il y a une magie qui ne s’opère pas de la même façon lorsqu’ils choisissent de ressortir une vieille télévision cathodique afin de jouer à des jeux en 8 ou 16 bits.

D’ailleurs, le phénomène se matérialise à l’extérieur des salons de ces collectionneurs qui, maintenant, se regroupent dans des lieux pour jouer ensemble ou, mieux encore, ouvrent des bars dédiés au retrogaming comme Arcade MTL qui a pignon sur rue à Montréal, en plein cœur du Quartier latin.

C’est bien beau être conscient du phénomène, mais ça ne nous aide pas à savoir pourquoi le tout revient à la mode. Après tout, les POG, eux, ne sont pas de retour en force. Alors, pourquoi les jeux vidéo sur cassette?

Les adultes veulent revivre leur enfance

Ma théorie va comme suit. Les jeunes des années 80-90 sont maintenant des adultes avec des emplois, du stress, des familles et des responsabilités. Ils veulent reconnecter avec ce temps de leur vie où leurs seules préoccupations étaient de jouer à la Nintendo et manger des sucreries en cachette. Ils veulent aussi, maintenant qu’ils peuvent, s’acheter toutes ces choses qu’ils voyaient dans des catalogues et des pubs télévisées et que leurs parents ne leur offraient pas sur demande.

La simplicité matérielle d’antan est très attirante.

Je suis moi-même de cette génération qui, dans la trentaine, trouve un malin plaisir à m’enfoncer dans mon divan, manette à la main, afin de rejouer aux jeux qui ont bercé mon enfance. Cette satisfaction de redevenir un gamin un peu en cachette, quand les enfants dorment, est difficile à expliquer. Ça fait vibrer une certaine liberté qu’on ne se permet plus entre deux visites à l’épicerie ou avec les activités parascolaires qui débordent sur notre temps libre les fins de semaine. S’acheter une cassette de Zelda, par exemple, c’est se donner un cadeau de Noël vingt ans en retard.

Ce n’est pas un désaveu de l’industrie du jeu vidéo d’aujourd’hui, pas du tout même. Les amateurs de jeux rétro ne boudent pas forcément les nouveautés. Ils ne recherchent juste pas la même chose et l’amour de l’un n’exclut pas systématiquement l’autre.

Ceci dit, la simplicité matérielle d’antan est très attirante.

Le bonheur est dans les choses simples

Pas de connexion internet requise, pas besoin de se créer un compte pour recevoir des offres exclusives. Pas de jeux en ligne avec des étrangers des quatre coins de la planète, pas de mises à jour logicielles qui peuvent prendre des heures à installer. Pas d’incitation à partager nos résultats sur les médias sociaux. Non, rien de tout ça.

On prend la cassette, on souffle dedans (par réflexe plus que par utilité), on l’enfonce dans la console et on ouvre le tout. Simple comme bonjour, notre jeu est là et rien de plus.

La simplicité n’est pas un défaut.

Les jeux eux-mêmes sont souvent plus simples aussi, moins denses, sans pour autant négliger d’offrir des défis intéressants aux joueurs. Même que l’inventivité des programmeurs de l’époque est stupéfiante en raison des limitations techniques avec lesquelles ils composaient.

Ainsi, un role-playing game (RPG) peut nous offrir des dizaines d’heures de plaisir et un jeu de plateforme comme Super Metroid, présent sur la SNES Classic, présente un niveau de difficulté qui fera rager ceux tenteront de s’aventurer jusqu’à la fin du jeu.

La simplicité, ici, n’est pas un défaut ou une entrave à la qualité, au contraire. C’est une autre façon d’aborder le tout, un peu comme vos amis hipsters qui ne jurent que par les disques vinyle, même si c’est  vraiment désagréable se lever à tout bout de champ pour changer de chanson.

La nostalgie, c’est pas donné

Si vous épluchez Ebay ou un autre site de revente à la recherche de la console de votre enfance, les prix vous feront peut-être sursauter. En effet, les collectionneurs s’arrachent de plus en plus tout ce qui est associé aux jeux vidéo années 80 et 90 et vous allez devoir débourser quelques bidous pour assouvir votre curiosité. Vous pouvez aussi vous aventurer dans le monde des émulateurs présents sur le web, mais où est le plaisir dans tout ça? Un cinéphile ne vous recommandera pas de pirater vos films, c’est la même chose avec les jeux rétro.

Les établissements comme Arcade MTL, par contre, peuvent vous offrir une petite dose de nostalgie à bas prix, ce qui est très enviable comme proposition.

Les jeux vidéo rétro sont là pour rester, du moins, jusqu’à ce que la génération de jeunes aujourd’hui soit nostalgique de Candy Crush dans 30 ans. Là, les vieux croûtons que nous serons n’auront plus la présence médiatique et le pouvoir d’achat pour mettre de l’avant les prouesses de Super Mario ou de Link.

Profitez-en pendant que ça passe, donc, et amusez-vous. C’est rare qu’on puisse revivre les bons côtés de son primaire sans se taper les mauvais.

Pour lire d’autres textes de Stéphane Morneau : Comment je suis tombé en amour avec une borne d’arcade plus vieille que moi…

Chroniqueur télé - sportif. Trentaine, père, alimentation douteuse et mauvaise humeur.

Du même auteur