Depuis que j’en veux toujours plus

La complainte de l’enfant-roi devenu adulte

Je ne comprends pas toujours ce qui m’arrive. Je comprends rarement ce que je ressens. Je rush, je cours. J’essaie de m’étourdir, des fois. De me raisonner, souvent. Mais ça revient tout le temps : pourquoi je ne peux pas tout avoir?

La routine et l’imprévu.
La sagesse et l’insouciance.
Les pieds enracinés et la liberté de bouger.
Nous et les autres aussi.

Je veux toujours plus de tout : plus de fun, de feelings, d’intensité. Conséquemment, je veux aussi moins : moins de contraintes, de comptes à rendre et probablement de jugement. C’est mélangeant, je vous dis pas…

En général, je ne comprends pas pourquoi on ne pourrait pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Je ne vois pas les limites. Et si j’arrive à les cerner, je veux les dépasser.

Je ne pense pas être la seule.
(Comprendre : j’espère ne pas être la seule.)

Ça se peut-tu que le cadre nous écoeure? Me semble qu’il faut perpétuellement le remettre en question. Intellectualiser le quotidien pour s’en échapper. Ou juste partager des articles du New York Times pour se convaincre qu’on pourrait toujours avoir un mari et trois amants dans une même maison, tomber en amour grâce à la science ou partir avec chum et chat pour faire le tour du monde en voilier.

Le problème, c’est que dans la vraie vie, il n’y a personne qui ose faire des trucs aussi extraordinaires. Sauf, peut-être, Tamy Emma Pepin… Ça fait qu’on choisit une option plus simple : on se dit fuck toutte. On se réfugie dans le rassurant too much, dans l’excès qu’on se plait tant à embrasser. Ce n’est pas une mauvaise chose. Même qu’à la gang, je trouve qu’on forme un esti de beau band semi-punk.

On aime fort, on baise dehors, pis on brunche.
On se fait tatouer nos blessures comme nos amours.
Quand on se sépare, on transforme notre profil Facebook en catalogue de selfies cochonnes.
On est bon pour se remonter les manches.

On n’a rien qu’une vie à vivre et on le sait en crisse. Foncer, c’est notre seule option.

Il vient d’où, ce gros appétit? C’tu parce qu’on nous a dit qu’on pourrait tout accomplir? C’tu parce qu’on y a cru – qu’on y croit encore? Je vais mettre mon insatiable envie d’exister furieusement sur le dos de mes parents, ok? Les mautadines se sont assurés de me léguer une multitude d’options pour mon futur et une trop grande confiance en moi.

C’est aussi votre cas? Vous en pensez quoi? Est-ce qu’on va finalement être à la hauteur des possibilités offertes ou si tout ce qu’on peut faire, c’est se décevoir?

Tsé, je chiale pour chialer. Au final, ce que j’écris là, c’est du bougonnage de personne privilégiée. C’est la complainte de l’enfant-roi devenu adulte. C’est, on s’entend, bien peu de choses…

On prend-tu des vacances de nous-mêmes?

P.S Tout va bien! La semaine prochaine, retour au programme habituel – probablement une chronique comique sur l’épais qui m’a droguée à Barcelone.

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