Jean-François Mercier et l’humour sans tabous

Rencontre avec l'humoriste qui n'a pas la langue dans sa poche.

URBANIA et Z Télé s’unissent pour vous faire découvrir une toute nouvelle façon de rire.

La question à la mode en ce moment c’est «Peut-on rire de tout?» Pour plusieurs, la réponse est oui, mais pas n’importe comment.

Pour ce faire, c’est toujours mieux de bien connaître le sujet de sa blague, non? Eh bien il s’avère que l’humoriste et animateur Jean-François Mercier animera une nouvelle émission, Rire sans tabous, dans laquelle il passe un week-end dans un chalet à échanger avec des gens concernés par un sujet « tabou » pour ensuite en faire un numéro d’humour.

On lui a demandé de nous expliquer sa démarche et ses motivations par rapport à ce projet.

Est-ce qu’on peut rire de tout?

Oui. Pierre Desproges (un célèbre humoriste français) a dit : « On peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui. »

Quand tu fais des blagues un peu déplacées avec tes amis, ça passe bien, parce que tes amis ne te prêtent pas de mauvaises intentions, tes amis savent que tu ne penses pas vraiment ce que tu dis, que t’es pas vraiment raciste ou sexiste ou peu importe. Quoique même entre amis des fois on va trop loin…

On peut rire de n’importe quoi, mais ça ne veut pas dire que l’autre personne va rire.

Les fois où je vais m’empêcher de faire des blagues sur un sujet, c’est si je fais quelque chose pour me venger, ou quand je suis trop concerné personnellement par une situation sur laquelle je pourrais faire des blagues. Dans ce temps-là, ça se sent que l’intention est de blesser, et ce n’est plus drôle.

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le concept de Rire sans tabous?

Mon agente m’a appelé, elle m’a expliqué le concept et elle m’a demandé si je voulais visionner un exemple du format (Rire sans tabous est une adaptation de l’émission belge Taboe). J’ai tout de suite catché ce que c’était et je lui ai dit : « Non, pas besoin, dis-leur que je vais le faire! »

Quand tu passes trois jours avec quelqu’un, il y a une complicité qui se crée. Et c’est cette complicité-là qui te permet de surmonter des tabous, mais aussi des malaises personnels.

Y’a un épisode où on parle de la mort, et j’étais avec des gens qui vont mourir sous peu. Même pour moi, personnellement, ce n’était pas un sujet facile.

Quand tu passes du temps avec ces gens-là, que tu discutes, ça devient des personnes à qui tu t’attaches, pour qui tu te mets à éprouver de la compassion.

Ça devient des personnes pour vrai.

Est-ce que les humoristes ont plus ou moins de liberté qu’avant?

On est dans une période d’inquisition! (Rires.)

Mais non, c’est sûr qu’on a moins de liberté qu’avant. Tsé, Pier-Luc, tu parles au gars qui a écrit Les Bougons : c’est sûr que ça ne passerait pas aujourd’hui!

Ce que j’aime de Rire sans tabous, c’est que c’est un projet qui tire la couverte de l’autre bord, qui dit : « Regardez, on peut aller dans ces zones-là quand c’est bien fait! »

Les gens peuvent me voir agir avec des personnes qui ont une maladie mentale, qui font partie d’une minorité, etc. Tu me vois agir avec eux, avoir du fun, on trouve des points communs pour se rejoindre.

Quand je fais le monologue, tu vois [les gens avec qui j’ai passé la fin de semaine] rire de bon cœur, y’a rien de stagé, on ne les a pas forcés à rire! Je pense que ça coupe l’herbe sous le pied aux critiques.

Est-ce qu’il y a un épisode où ça a été plus difficile d’écrire le numéro?

Oui… mais je ne te dirai pas lequel!

Ce n’était pas nécessairement le sujet qui rendait ça plus difficile, c’était une question de personnalités. Il y a des personnes dont tu sens que la sensibilité est variable. Il y a des matchs qui sont moins naturels avec certaines personnes. C’était plus ça qui rendait difficile d’écrire certains numéros.

Est-ce que tu penses que l’expérience t’a changé comme humoriste?

Je ne pense pas. Mais je pense que ça va changer la perception que les gens ont de moi comme humoriste.

Ça va peut-être sortir pompeux, mais ça ne l’est pas : j’écris toujours au deuxième degré, mais on rit souvent de mes blagues au premier degré. C’est correct, c’est comme ça, mais je pense que maintenant les gens vont mieux me comprendre.

Quand j’étais jeune et que j’ai vu Yvon Deschamps pour la première fois, j’ai tout de suite compris ce qu’il faisait. Il disait des choses qu’il ne pensait pas nécessairement pour faire rire. Quand je fais de l’humour, ce n’est pas « Jean-François Mercier pense ça », c’est « Jean-François Mercier pense que dire ça, c’est drôle ».

Je me sens extrêmement privilégié d’avoir pu faire Rire sans tabous. C’est rare de pouvoir toucher à du rire et pleurer dans le même épisode.

C’est rare de pouvoir être humain et drôle en même temps; y’a pas de place pour ça.

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L’émission Rire sans tabous sera diffusée les mercredis à 21h dès le 4 septembre sur les ondes de Z. 

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