Je veux qu’ils soient forts

Nous arpentons les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires

« Tous les soirs, dès que le soleil se couchait, j’appelais une de mes amies tellement je devenais full angoissée. J’ai tout le temps été de même, angoissée le soir, j’avais de la misère à dormir, et je me demandais ‘Peut-on bien me dire pourquoi je suis comme ça ?!’ Et un jour, en en parlant avec mon amie, ça m’a fait allumer ‘Ayoye, quand j’étais petite j’ai toujours vécu mes abus la nuit.’ Et après en avoir parlé j’ai commencé à distancer mes appels. Prendre conscience de ça, ça a fait que je dors mieux. Et à c’t’heure, quand le soleil se couche, je ne suis plus angoissée pantoute. »

« Avoir des enfants c’est déjà un gros défi ; se retrouver monoparentale c’est pas vraiment évident, et avoir en plus un diagnostic de problèmes de communications pour mes deux enfants… Le bégaiement ça va, elle est quand même capable de s’exprimer. Mais la dyspraxie, c’est plus difficile ; dans la formulation et la prononciation on dirait qu’il y a une petite connexion qui ne se fait pas, des fois il baragouine, les mots ne sortent pas. Ça m’inquiète vraiment beaucoup pour l’avenir, quand on a de la misère à communiquer, les gens ont tendance à prendre ça pour une faiblesse. J’essaie de faire en sorte qu’il soit capable de se défendre, de construire son estime de soi : il n’y a pas une journée où je ne lui dis pas qu’il est beau, souvent quand il parle je le félicite ‘Hey, bravo ! Tu parles bien !’ Vraiment du renforcement positif chaque jour, pour qu’il comprenne que même s’il a un problème, ce n’est pas un problème en soi : on est capable de vivre avec et ça ne lui enlève rien en tant que personne. Et ma fille c’est la même chose. C’est comme ça que j’essaie d’élever mes enfants, parce que je sais dans quel monde on vit, et je veux qu’ils soient forts. »

« Il n’y a rien qu’elle ait peur d’essayer. Tout ce qu’elle veut faire, elle est comme ‘Je peux faire ça’ et elle se lance. Elle fait tout le temps ça avec l’artisanat, elle voit quelqu’un faire quelque chose, comme des sacs ou des poupées ou quoi que ce soit, et elle est comme ‘Oh, je peux faire ça.’ Ensuite elle se lance, elle fait ses propres patrons, fabrique son affaire et elle ressort avec quelque chose de génial. Elle est super créative comme ça. »

Pour découvrir un autre Portraits de Montréal: «C’est ça l’image que je garderai d’eux».

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Portraits de Montréal est l’adaptation Montréalaise du blogue Humans of New York. Inspirés par le travail du photographe new-yorkais Brandon Stanton, nous arpentons aujourd’hui les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires. Plus encore que la photo, c’est la conversation qui nous intéresse : nous souhaitons établir une relation humaine entre des inconnus – que notre société nous a formé à appeler « étrangers » - en écoutant leurs histoires, et en permettant aux autres de les découvrir.

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