Je suis la muse d’un auteur à succès

Pas facile, la vie d'artiste.

«Auteur à succès», cette partie du titre fera certainement jubiler mon collègue, journaliste et auteur Hugo Meunier qui fait paraître aujourd’hui son premier roman, «Le patron». Une shameless plug, parce que chez URBANIA on est pas mal fiers quand nos pairs ont du succès.

S’il n’est aujourd’hui qu’un humble « chasseur d’histoires » chez URBANIA, il était autrefois patron dans la salle de rédaction numérique de l’un des grands empires médiatiques (il y en a juste trois, donc percer le mystère ne devrait pas être trop difficile).

En apparence confiant, Hugo m’a harcelé pendant une semaine pour avoir mon feedback sur son premier roman. Je l’angoissais, selon ses dires. C’est que voyez-vous, outre son éditrice et ses habituelles premières lectrices, j’ai reçu son ouvrage à l’avance, même si je ne m’y connais pas tant que ça en littérature. Une «vraie» première lectrice, mais pas la moindre : j’ai inspiré son personnage, Gabrielle. «C’est pas toi à 100%, m’a-t-il dit pour ne pas que je m’enfle la tête, mais j’imaginais ton visage quand je rédigeais.»

Clash des générations

Son roman juxtapose donc la vision d’un patron d’une salle de rédaction de la fin des années 80 à celle d’un patron dans un média numérique à notre époque. Deux réalités bien différentes entre lesquelles Hugo/Le Patron se voit obligé de faire certains deuils. Un changement de paradigmes ponctué de termes clés de notre génération comme «YOLO», «polyamour» et «YAS!».

Notre relation professionnelle, qui s’est transformée en amitié entre un vieux sage trash et une millénariale indomptable, remonte à il y a deux ans et demi, alors que j’amorçais ma carrière dans le monde médiatique. 

Assise derrière mon ordinateur dès 6h30 le matin dans un grand bureau vide, je voyais entrer avant tout le monde le matin ce «grand journaliste» (je vais gonfler son égo) que je connaissais déjà grâce à son récit d’infiltration chez Walmart. Lui, ne savait probablement même pas mon nom.

Une «vraie» première lectrice, mais pas la moindre : j’ai inspiré son personnage, Gabrielle. «C’est pas toi à 100%, m’a-t-il dit pour ne pas que je m’enfle la tête, mais j’imaginais ton visage quand je rédigeais.»

Jusqu’au jour où je suis débarquée dans son bureau en lui tétant une place dans son équipe de contenu. J’avais des idées, j’étais game et je voulais aller sur le terrain. C’est là que le personnage de Gabrielle a commencé à prendre forme, personnage qu’il, *spoiler alert*, fait tragiquement mourir à la fin de son roman. Je ne t’en tiens pas rigueur Hugo… ok peut-être un peu.

Je vous dis dans le titre que je suis la muse d’un auteur à succès, c’est peut-être un peu exagéré. Peut-être devrait-on plutôt parler «d’inspiration». On semble souvent évoluer dans deux mondes parallèles, lui abusant des filtres saturation sur Instagram et des gags Facebook qui trahissent son obsolescence numérique; moi qui carbure à IGTV, aux likes et qui suis à la recherche d’une constante approbation. Malgré tout, j’ose croire qu’on s’influence positivement dans nos cheminements respectifs. Quand je m’assoyais (et m’assois toujours) dans son bureau (le divan dans l’entrée), j’ai la nette impression que ce clash rend nos idées meilleures.

De cette amitié improbable est née une idée de roman où «mon personnage caricaturé» partage les feux de la rampe avec d’autres, qui sont inspirés de mes amis millénariaux. Un groupe un peu réel, un peu fictif, qui a transformé la conception qu’il avait de sa profession. L’ancien journaliste de la Voix de l’Est sait maintenant que l’information ne passe plus seulement par de l’imprimé distribué par un camelot à vélo, mais aussi par de titres accrocheurs (parfois clickbait, si on est parfaitement honnêtes) et des vidéos à l’infographie colorée.

De mon côté, me lire à travers sa plume m’aide à rire de moi-même. Ce regard,  souvent poussé à l’extrême, m’incite à me remettre en question, à vouloir rester pertinente et authentique pour un jour peut-être renaître de mes cendres (parce que je disparais en poussière dans ce premier roman) et prouver qu’on vieillit bien, nous les millénariaux.

J’espère être ta muse une deuxième fois, boss. 

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